Le projet minier de Simandou pourrait devenir, à terme, l’une des principales sources de recettes publiques pour la Guinée. Les simulations réalisées par l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE), à l’aide du modèle d’analyse fiscale des industries extractives (FARI) du FMI, montrent que l’exploitation du gisement pourrait générer entre 700 millions et 1,1 milliard de dollars par an durant la première phase d’exploitation, soit environ 420 milliards à 660 milliards de FCFA, avant d’atteindre entre 1,6 et 2,7 milliards de dollars annuels (environ 960 milliards à 1 620 milliards de FCFA) après 2035, selon l’évolution des prix du minerai de fer.
Les projections reposent sur plusieurs scénarios de prix. Avec un cours de 80 dollars par tonne sèche (48 000 FCFA), les recettes publiques issues de Simandou seraient estimées à environ 850 millions de dollars par an entre 2026 et 2034, soit près de 510 milliards de FCFA. Une fois le projet pleinement opérationnel et le régime fiscal normal appliqué, ces recettes pourraient atteindre environ 2 milliards de dollars par an (près de 1 200 milliards de FCFA) à partir de 2035. Dans un scénario plus favorable, avec un prix du minerai de 100 dollars par tonne sèche, les revenus annuels pourraient s’établir autour de 1,1 milliard de dollars (environ 660 milliards de FCFA) dans la première phase, avant de grimper jusqu’à 2,7 milliards de dollars par an (près de 1 620 milliards de FCFA).
À l’inverse, un scénario plus prudent, basé sur un prix moyen de 70 dollars par tonne sèche (42 000 FCFA), conduirait à des recettes d’environ 700 millions de dollars par an entre 2026 et 2034, soit environ 420 milliards de FCFA, puis à près de 1,6 milliard de dollars par an après 2035 (environ 960 milliards de FCFA). Dans tous les cas, les projections indiquent une forte progression des revenus publics à long terme.
Cette dynamique s’explique en grande partie par l’évolution du régime fiscal appliqué au projet. Durant les premières années d’exploitation, les entreprises bénéficient d’un cadre fiscal incitatif destiné à compenser l’ampleur des investissements initiaux. Rio Tinto Simfer est soumis à un taux d’impôt sur les sociétés réduit à 15 % jusqu’en 2034, tandis que Winning Consortium Simandou bénéficie d’une exonération jusqu’en 2037. Le retour progressif au taux normal de 30 % à partir de ces échéances entraîne une augmentation significative des recettes fiscales pour l’État.
Les flux financiers du projet devraient ainsi évoluer en deux phases distinctes. Dans un premier temps, entre 2026 et 2034, l’essentiel des ressources générées par l’exploitation sera absorbé par les investissements et les coûts d’exploitation. Le projet nécessite en effet des dépenses très importantes pour développer la mine, construire un chemin de fer de plusieurs centaines de kilomètres et aménager des infrastructures portuaires.
À mesure que ces investissements seront amortis et que la production atteindra son rythme de croisière, la part des revenus captée par l’État devrait augmenter nettement. Les recettes publiques proviendront principalement de l’impôt sur les sociétés, des redevances minières et des dividendes liés à la participation de l’État dans les sociétés exploitantes.
Les simulations indiquent également que les projets miniers associés à Simandou présentent une rentabilité solide. Avec un prix du minerai de fer de 70 dollars par tonne sèche, les mines opérées par Rio Tinto Simfer et Winning Consortium Simandou afficheraient un taux de rentabilité interne d’environ 20 %. Les infrastructures logistiques, notamment le chemin de fer et le port développés par CTG, présenteraient un taux de rentabilité d’environ 12 %, reflétant un profil d’investissement plus capitalistique.
Sur l’ensemble du cycle de vie du projet, le taux effectif moyen d’imposition appliqué aux activités minières est estimé à environ 54 %, ce qui montre que l’État guinéen perçoit une part importante des revenus tirés de l’exploitation minière.
Le potentiel économique du projet s’explique par l’ampleur exceptionnelle du gisement de Simandou. Situé dans le sud-est du pays, il renfermerait environ 4 milliards de tonnes de minerai de fer à haute teneur. À pleine capacité, la production pourrait atteindre environ 120 millions de tonnes par an, un volume susceptible de doubler la valeur actuelle des exportations minières de la Guinée.
Les perspectives de recettes dépendront toutefois fortement de l’évolution des marchés internationaux. Selon les projections de S&P Global, le prix du minerai de fer pourrait reculer progressivement pour atteindre environ 80 dollars la tonne métrique sèche (48 000 FCFA) d’ici 2029 en raison d’un excédent d’offre mondiale, avant de remonter autour de 95 dollars (57 000 FCFA) par tonne à l’horizon 2035.
Dans ce contexte, les projections issues du modèle FARI constituent un outil stratégique pour les autorités guinéennes. Elles permettent d’anticiper les revenus futurs liés à Simandou et d’intégrer ces ressources potentielles dans la planification budgétaire à long terme, tout en mettant en évidence l’importance du contenu local et de la gestion durable de la rente minière.
Par Bernadette W. Gansonré


