Ghana : Tema accueille une usine d’argile calcinée de 400 000 tonnes par an pour réduire l’importation de clinker

Le Ghana dépense chaque année près de 500 millions de dollars, environ 300 milliards de FCFA, pour importer du clinker, principalement d’Asie et du Moyen-Orient, exposant le secteur cimentier aux fluctuations des prix mondiaux et aux coûts de transport. Pour répondre à ce besoin crucial et réduire cette dépendance, une usine d’argile calcinée calcaire LC3 a été récemment ouverte à Tema.

Construite par Continental Blue Investment Ghana (CBI Ghana Ltd) pour un montant de 110 millions de dollars, soit 66 milliards de FCFA, l’usine dispose d’une capacité de production annuelle de 400 000 tonnes. Elle permettra de produire localement un matériau capable de remplacer une partie du clinker importé, offrant au pays l’opportunité de maîtriser ses coûts, de renforcer son autonomie industrielle et de s’engager dans une production de ciment plus durable et innovante.

L’usine de Tema se distingue par son approche innovante et sa capacité logistique. Les systèmes d’emballage automatisés permettent de remplir simultanément dix sacs et de charger un camion de 40 tonnes en environ 25 minutes, accélérant la distribution vers les chantiers et les producteurs de béton prêt à l’emploi. Avec ce niveau de technologie, CBI Ghana peut approvisionner de manière plus efficace plusieurs segments du marché, des promoteurs immobiliers aux infrastructures publiques, tout en améliorant la compétitivité locale.

La technologie LC3 utilisée dans la nouvelle usine offre également un avantage environnemental significatif. Le procédé permet de remplacer une part importante du clinker par de l’argile calcinée et du calcaire, ce qui peut réduire jusqu’à 40 % les émissions de carbone par rapport au ciment traditionnel. Elle permettrait non seulement d’économiser plusieurs dizaines de millions de dollars chaque année, mais aussi de stabiliser la demande en devises étrangères et de limiter l’impact de la dépréciation du cedi sur le coût de production du ciment.

La structure du marché ghanéen a longtemps limité la création de valeur locale. La plupart des cimenteries fonctionnent comme des installations de broyage, importent du clinker et le transforment en ciment fini. Cette dépendance a rendu le secteur vulnérable aux variations monétaires et aux hausses des coûts logistiques, entraînant des augmentations de prix pour les consommateurs. Entre 2022 et 2024, le sac de ciment de 50 kg est ainsi passé à 110-135 cedis (5 745,76 à 7 051,62 FCFA) selon les marques et la résistance, un chiffre reflétant la pression sur les prix imposée par le marché international.

Le président John Dramani Mahama a souligné lors de l’inauguration que l’investissement reflète un modèle d’industrialisation responsable, visant à renforcer la valeur ajoutée locale plutôt qu’à se contenter d’exporter des matières premières et d’importer des produits finis. La formation et la mobilisation des ingénieurs, techniciens et spécialistes de laboratoire qui travaillent dans l’usine participent à la construction d’un capital humain industriel capable de soutenir la croissance future du pays.

La demande nationale de ciment continue de croître avec l’urbanisation rapide, la hausse des besoins en logement et le développement des infrastructures. La consommation annuelle est estimée entre 7 et 9 millions de tonnes, tandis que la capacité de production installée dépasse les 10 millions. L’intégration de l’argile calcinée produite localement offre donc une solution durable pour répondre à cette demande tout en réduisant la dépendance aux importations.

La plus grande usine de ce type au monde, selon Frédéric Albrecht, directeur général de CBI Ghana, constitue une réponse directe à un problème structurel de l’industrie ghanéenne. Chaque tonne de clinker importée remplacée par de l’argile calcinée permet de réduire les coûts, de stabiliser la monnaie locale et de diminuer l’empreinte carbone. Le projet ouvre ainsi la voie à une industrialisation plus autonome et respectueuse de l’environnement, tout en renforçant la résilience économique du secteur.

En combinant ces éléments, le pays se positionne comme un exemple de modernisation industrielle en Afrique, capable de concilier croissance, durabilité et autonomie économique. Cette initiative pourrait également inspirer d’autres pays du continent à repenser leur dépendance aux importations de matières premières pour le ciment et à investir dans des solutions locales plus durables.

Par Leila Toé

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