La République démocratique du Congo ambitionne de porter à 15 tonnes les ventes officielles d’or artisanal en 2026. Cet objectif repose en grande partie sur l’action de la société publique de négoce DRC Gold Trading, créée pour centraliser l’achat et la commercialisation de l’or issu de l’exploitation artisanale.
L’entreprise a déjà collecté près de 10 tonnes d’or au cours des trois dernières années, mais le gouvernement souhaite désormais accélérer le rythme afin d’augmenter la part de la production qui transite par les circuits officiels.
Dans un pays considéré comme l’un des plus riches au monde en ressources minières, l’or artisanal représente une part importante de l’activité extractive. La production nationale est estimée à environ 40 tonnes par an, dont une large majorité provient des exploitations artisanales. Pourtant, seule une fraction de ces volumes est aujourd’hui enregistrée dans les statistiques officielles, une grande partie de l’or quittant le pays par des circuits informels.
Ce phénomène de contrebande constitue l’un des principaux défis pour les autorités congolaises. Dans plusieurs régions minières, l’or extrait par les creuseurs artisanaux est souvent vendu à des négociants indépendants qui l’acheminent ensuite vers des pays voisins ou vers des centres internationaux de négoce. Ces flux échappent largement aux mécanismes fiscaux et privent l’État de recettes importantes.
Pour tenter d’inverser cette tendance, le gouvernement a mis en place un dispositif visant à canaliser la production artisanale vers des circuits de commercialisation encadrés. DRC Gold Trading joue un rôle central dans cette stratégie en achetant directement l’or auprès des producteurs et en organisant son écoulement sur les marchés officiels.
L’objectif d’atteindre 15 tonnes de ventes officielles en 2026 représente ainsi un changement d’échelle pour la filière. Une telle progression permettrait d’accroître sensiblement les volumes d’or captés par les circuits formels et de renforcer la contribution du secteur aurifère aux finances publiques.
La Banque centrale du Congo est également appelée à jouer un rôle clé dans ce dispositif. Un mécanisme a été mis en place pour permettre à l’institution monétaire d’acquérir en priorité une partie de l’or collecté. Cette orientation répond à la volonté du pays de consolider ses réserves nationales et de diversifier ses actifs financiers.
Dans un contexte international marqué par les tensions économiques et la volatilité des marchés, l’or reste un actif stratégique pour de nombreuses banques centrales. Plusieurs institutions monétaires à travers le monde renforcent leurs stocks de métal précieux afin de sécuriser leurs réserves et de réduire leur dépendance à certaines devises.
En République démocratique du Congo, cette stratégie s’accompagne d’un déploiement progressif des activités de collecte dans les principales zones aurifères du pays. DRC Gold Trading a étendu son réseau d’approvisionnement dans plusieurs provinces riches en ressources minières, notamment dans l’est et le centre du territoire.
La présence de la société publique dans ces régions permet de se rapprocher des sites d’extraction artisanale et de faciliter l’achat direct auprès des creuseurs et des coopératives minières. Cette approche vise à réduire l’influence des réseaux informels et à encourager les producteurs à intégrer les circuits officiels.
La hausse des cours de l’or sur les marchés internationaux renforce également l’intérêt stratégique de cette politique. L’augmentation des prix stimule l’activité dans les zones d’exploitation artisanale et accroît les volumes extraits, ce qui offre aux autorités l’opportunité de capter davantage de production si les mécanismes de collecte sont efficaces.
Toutefois, la mise en œuvre de cette stratégie reste confrontée à plusieurs défis. L’insécurité persistante dans certaines régions minières complique la logistique et le transport des minerais. La concurrence des réseaux de contrebande, souvent bien organisés, continue également d’attirer une partie des producteurs vers des circuits alternatifs.
Par Leila Toé


