Selon le rapport Performance et perspectives macroéconomiques de l’Afrique de la Banque africaine de développement, paru en janvier 2026, le continent africain démontre une résilience notable face aux turbulences économiques mondiales. Les flux d’investissements directs étrangers (IDE), les envois de fonds et les investissements de portefeuille ont enregistré des hausses significatives en 2024, compensant en partie la baisse attendue de l’aide extérieure. Ces flux jouent un rôle crucial pour soutenir la croissance et financer le développement sur le continent.
Les IDE vers l’Afrique ont grimpé de plus de 75 % pour atteindre 97 milliards d’USD en 2024, après une hausse modeste de 1,5 % en 2023. Ce rebond traduit un regain de confiance des investisseurs dans le potentiel du continent, alors que la croissance mondiale des IDE n’a été que de 4 %.
L’Égypte a été le principal moteur de cette hausse, avec des flux passant de 9,8 milliards d’USD à 46,6 milliards d’USD pour financer notamment le projet de développement Ras El-Hekma. Hors Égypte, les IDE ont tout de même progressé de 10 %, confirmant une tendance de fond positive pour le continent.
Parmi les autres pays, la Zambie, l’Eswatini, le Botswana et la Guinée ont enregistré une augmentation de plus de 100 % de leurs IDE, reflétant un intérêt croissant pour des projets diversifiés dans les secteurs minier, énergétique et industriel.
Les envois de fonds vers l’Afrique connaissent un rebond significatif.
Les flux d’envois de fonds ont également rebondi en 2024, atteignant 104,6 milliards d’USD, soit une hausse de 14 % après une baisse de 6 % en 2023. Ces transferts constituent une source stable de financement extérieur, dépassant désormais les IDE en volume total.
L’Égypte et le Nigeria ont vu leurs envois croître respectivement de 51,3 % et 8,9 %. Dans certains pays comme la Gambie, le Lesotho et le Soudan du Sud, ces flux représentent plus de 20 % du PIB, soulignant leur importance pour l’économie locale et le bien-être des ménages.
Le rapport souligne que la diaspora africaine pourrait jouer un rôle encore plus stratégique à travers des instruments financiers innovants, tels que les obligations de la diaspora et les titres adossés aux envois de fonds, pour mobiliser une partie des 30 milliards d’USD non exploités de transferts formels. Toutefois, le coût moyen élevé des envois, soit 7,9 % en 2023, reste un obstacle majeur, près du double des 4,3 % observés en Asie du Sud et largement au-dessus de l’objectif de 3 % des ODD.
Retour des flux positifs.
Les flux de portefeuille vers l’Afrique ont connu un revirement majeur en 2024, passant de sorties nettes de 1,6 milliard d’USD en 2023 à des entrées nettes de 22,9 milliards d’USD l’année suivante. Ce changement marque la fin d’une période prolongée de désinvestissements liés à la pandémie et à l’incertitude mondiale.
Le regain de confiance a été soutenu par l’assouplissement des conditions financières mondiales, la réduction des taux directeurs des banques centrales et l’appréciation de plusieurs monnaies africaines par rapport au dollar. La Côte d’Ivoire et l’Égypte ont illustré ce mouvement, passant respectivement de sorties nettes de 896,1 millions d’USD à des entrées de 3,9 milliards d’USD, et de 4,1 milliards d’USD de sorties à 14,3 milliards d’USD d’entrées nettes.
Ces flux pourraient se stabiliser à 10,3 milliards d’USD en 2025 et 7,5 milliards d’USD en 2026, selon les projections. Ils montrent que l’Afrique redevient attractive pour les investisseurs de portefeuille, mais que la dynamique future dépendra de la stabilité macroéconomique et de l’amélioration du climat des affaires.
Les flux d’aide publique au développement ont connu une nette progression en 2024.
Les flux d’aide publique au développement (APD) ont également progressé en 2024, atteignant 65,9 milliards d’USD, soit une hausse de 6,9 %. Cette amélioration provient surtout des institutions multilatérales, dont les décaissements ont bondi de 15,3 % pour atteindre 34,6 milliards d’USD, compensant la légère baisse de l’aide bilatérale.
Cependant, des pressions sur les budgets des bailleurs de fonds et des réductions possibles dans les contributions aux organisations internationales pourraient réduire l’APD, notamment en Afrique subsaharienne, où une baisse de 16 % à 28 % est envisagée. Une telle contraction aurait des conséquences sévères sur le financement des secteurs sociaux clés comme la santé et l’éducation.
Le rebond observé en 2024 montre que l’Afrique peut rester attractive pour les investisseurs mondiaux, même dans un contexte de volatilité. Exploiter pleinement ce potentiel pourrait accélérer le développement du continent, créer des emplois et diversifier les sources de revenus, tout en renforçant sa résilience face aux chocs économiques et financiers.
Par Bernadette W. Gansonré


