Ouagadougou a accueilli, ce mardi 14 avril 2026, le Symposium national sur la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), réunissant administrations publiques, monde académique, société civile et partenaires au développement autour d’un enjeu désormais jugé stratégique : doter le pays d’un cadre national de RSE ancré dans ses réalités et ses ambitions souveraines.
Réunis pour le Symposium national sur la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), placé sous le thème « Institutionnalisation de la RSE au Burkina Faso : enjeux, défis et perspectives », acteurs publics et privés mènent la réflexion sur l’institutionnalisation de la RSE au Burkina Faso. Pour les acteurs, la RSE ne peut plus rester une démarche volontaire et sporadique ; elle doit plutôt devenir une norme, adossée à un cadre légal et incitatif construit en commun.
Prenant la parole au nom du secteur privé organisé, Idrissa Nassa, président de la Confédération générale des entreprises du Faso (COGEF), a d’emblée posé le cadre conceptuel. « Trop longtemps perçue comme une contrainte, la RSE doit aujourd’hui être un levier de performance, de réduction des risques et un outil stratégique au service de la souveraineté économique », a-t-il affirmé, rappelant que son organisation avait déjà balisé ce terrain à travers la conférence RSE de février 2024, les états généraux du secteur privé de septembre 2024 et le Forum sur l’investissement souverain du 6 février dernier.

Selon le président de la COGEF, quatre orientations opérationnelles doivent structurer l’action des entreprises : le renforcement du contenu local à travers des chaînes de valeur solidaires des petites et moyennes entreprises, la contribution à la cohésion sociale par des relations de confiance avec les communautés et des conditions de travail dignes, l’intégration des impératifs environnementaux dans un contexte de vulnérabilité climatique et l’accélération de la transformation économique par la promotion de la production et de la transformation locales.
Sur la question de l’institutionnalisation, Idrissa Nassa a exprimé une position favorable, à condition : que le cadre soit « clair, stable et co-construit avec les entreprises ». Il a plaidé pour un dispositif incitatif plutôt que contraignant, évitant toute « transposition mécanique de modèles extérieurs », et appelé à instaurer un dialogue permanent entre l’État, le secteur privé, le monde académique et la société civile.
Une industrialisation responsable comme impératif d’État
Le discours officiel d’ouverture du Premier ministre, prononcé par le ministre d’État chargé de l’Administration territoriale et de la Mobilité, Émile Zerbo, a donné à la rencontre sa pleine dimension politique. Inscrivant la RSE dans la trajectoire de reconquête de la souveraineté nationale portée par le gouvernement, le ministre a décliné cette souveraineté en trois volets indissociables : territoriale, politico-diplomatique et économique. La dimension économique, dit-il, constitue « le corollaire indispensable des dimensions territoriale et politico-diplomatique ».
À l’en croire, l’ambition économique est articulée autour du Plan relance 2026-2030 visant à faire du Burkina Faso une nation qui produit ce qu’elle consomme et transforme ce qu’elle produit. Mais cette ambition industrielle, a insisté le ministre, ne saurait se faire « à n’importe quel prix » ni « au détriment de la cohésion sociale, du patrimoine environnemental ou du bien-être des populations ». C’est précisément à ce niveau que la RSE prend, à ses dires, tout son sens.

Dans son discours, Émile Zerbo a indiqué que faire de la RSE, c’est s’approvisionner auprès des producteurs locaux pour créer des chaînes de valeur nationales ; investir dans la formation des jeunes afin que les emplois de l’industrialisation soient occupés par des compétences burkinabè ; adopter des pratiques environnementales respectueuses des ressources en eau et de la gestion des déchets ; garantir enfin des conditions de travail dignes et contribuer à la paix sociale dans les communautés d’implantation. « Une entreprise responsable est une entreprise qui participe activement à la consolidation de la souveraineté nationale », a-t-il souligné.
Vers un cadre national : quatre questions structurantes
Sur l’institutionnalisation elle-même, le ministre a tenu à dissiper toute ambiguïté : il ne s’agit pas d’entraver la liberté d’entreprendre ni de remettre en cause les avantages fiscaux existants. Institutionnaliser la RSE, a-t-il précisé, c’est créer « un cadre de références claires et partagées », définir des normes minimales, mettre en place des mécanismes de reconnaissance des entreprises vertueuses et mobiliser des incitations (fiscales, accès aux marchés publics) pour encourager les pratiques responsables. « Faire en sorte que la RSE devienne la norme, et non plus l’exception », a insisté M. Zerbo.

Pour y parvenir, il a appelé le symposium à répondre à quatre questions structurantes : quels sont les piliers d’une RSE adaptée au contexte culturel, social et aux priorités de développement du Burkina Faso ? Comment articuler la RSE avec les objectifs de souveraineté et d’industrialisation ? Quel cadre légal, réglementaire et incitatif construire dans un dialogue État-secteur privé ? Et quels rôles respectifs assigner à l’État, aux entreprises, à la société civile, aux universités et aux partenaires techniques ?
Le ministre Zerbo, en conclusion, a rappelé la posture de l’État en matière de RSE. « L’État ne fera pas la RSE à la place des entreprises. En revanche, il est prêt à jouer pleinement son rôle de régulateur, de facilitateur et de catalyseur », a-t-il relevé, faisant savoir que ce symposium « n’est pas une fin en soi, mais le commencement d’un dialogue et d’une reconstruction ».
Par Léon Yougbaré


