Les flux de capitaux vers les startups africaines ont nettement ralenti en mars 2026, tout en confirmant une tendance de fond : une concentration accrue des financements sur un nombre très limité d’acteurs. Selon les données compilées sur le mois, 150,5 millions de dollars soit ont été levés à travers 27 opérations, un niveau en forte baisse par rapport aux 335,4 millions de dollars mobilisés en février.
Derrière cette contraction se dessine un marché de plus en plus sélectif. Les dix principales startups ont capté à elles seules 143,9 millions de dollars, soit plus de 95 % des montants divulgués. À l’inverse, les 17 autres entreprises ayant communiqué leurs levées n’ont réuni que 6,6 millions de dollars, montrant les difficultés persistantes des jeunes pousses en phase d’amorçage à accéder au capital.
La comparaison avec février confirme cette polarisation. Bien que les dix premières opérations représentaient déjà plus de 92 % des montants levés, leur domination s’est encore renforcée en mars. Les investisseurs semblent désormais privilégier des modèles éprouvés, capables de générer des revenus clairs ou de répondre à des enjeux stratégiques, au détriment des projets plus précoces.
Dans ce paysage, la fintech conserve son statut de locomotive. Le secteur a drainé 60,3 millions de dollars, soit un peu plus de 40 % des financements mensuels, répartis sur sept startups. Mais la surprise vient du segment de la gestion des déchets, qui s’impose comme le deuxième pôle d’attraction avec 53 millions de dollars levés en une seule opération. L’énergie et l’eau confirment également leur montée en puissance, avec 26,5 millions de dollars mobilisés, traduisant l’intérêt croissant pour les infrastructures liées à la transition énergétique. Les autres secteurs se partagent un volume plus marginal de 10,7 millions de dollars.
Au sommet du classement, la startup Sistema.bio, spécialisée dans les solutions de biogaz, s’impose comme le principal bénéficiaire du mois avec un financement par dette de 53 millions de dollars destiné à soutenir un mécanisme innovant de financement climatique. Elle devance MNT-Halan en Égypte, qui a mobilisé 41,3 millions de dollars via une opération de titrisation, confirmant la sophistication croissante des instruments financiers utilisés sur le continent. En troisième position, la société kényane Zeno a levé 25 millions de dollars pour développer ses infrastructures de mobilité électrique.
Derrière ce trio de tête, les montants chutent rapidement. Littlefish (9,5 millions de dollars) et Happy Pay (5 millions) montrent toutefois l’intérêt maintenu pour les solutions financières dédiées aux PME et aux consommateurs. Dans les segments technologiques, Cybervergent au Nigeria (3 millions) témoigne d’un intérêt croissant pour la cybersécurité, tandis que la startup sud-africaine Orca (2,4 millions) confirme l’émergence de solutions de lutte contre la fraude. Plus en aval, NjiaPay (2,1 millions) et Turaco (1,3 million) montrent que les investisseurs continuent de soutenir, de manière ciblée, les innovations dans les paiements et la santé. Enfin, KarmSolar en Égypte ferme le top 10 avec 1,3 million de dollars, dans un financement conforme à la charia pour un projet solaire.
Sur le plan géographique, l’Afrique de l’Est domine largement les levées avec 80,2 millions de dollars, soit plus de la moitié des financements du mois, portée essentiellement par les opérations de Sistema.bio et Zeno. L’Afrique du Nord suit avec 45,4 millions de dollars, tirée par la performance de l’Égypte, tandis que l’Afrique australe totalise 20,9 millions. L’Afrique de l’Ouest reste en retrait avec seulement 4 millions de dollars mobilisés.
Cette hiérarchie se retrouve au niveau des pays. Le Kenya arrive en tête avec 79,3 millions de dollars, devant l’Égypte (43,3 millions) et l’Afrique du Sud (19,7 millions), ce dernier pays se distinguant néanmoins par le plus grand nombre d’opérations.
Par Drissa Ouattara


