Le Groupe Bank of Africa (BOA) a tenu, le jeudi 16 avril 2026 à Abidjan, la dixième édition de la présentation des résultats de ses six filiales cotées à la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) : Côte d’Ivoire, Sénégal, Burkina Faso, Mali, Bénin et Niger.
Ces entités, toutes détenues majoritairement par BOA West Africa, la holding qui supervise les activités bancaires dans la zone UEMOA, ont dégagé un bénéfice net cumulé de 108,3 milliards FCFA au 31 décembre 2025, en légère progression de 0,1 % sur un an. Une stabilité d’ensemble qui dissimule, en réalité, des trajectoires très contrastées.
La présentation des résultats de l’exercice 2025 a été assurée par la directrice des Participations du Groupe BOA, Laura Tran Duc Minh. En guise d’introduction, elle a rappelé que l’année a été marquée par la résilience des économies de la zone d’implantation du groupe, avec une croissance du PIB estimée entre 6,5 % et 7,5 % et une inflation en net recul, ramenée à un niveau moyen de 1,2 %.
Sur le plan boursier, les six filiales représentent 8 % de la capitalisation globale de la BRVM et 20 % de celle du seul secteur financier, une proportion stable depuis plusieurs exercices. « La capitalisation boursière cumulée des six BOA cotées franchit pour la première fois le seuil symbolique des 1 000 milliards FCFA, en hausse de 48,5 % sur un an, surperformant le secteur », a-t-elle relevé.
Dans sa présentation, il ressort également que depuis 2022, les BOA cotées affichent une surperformance continue par rapport au marché, même si les évolutions restent hétérogènes. « Ces évolutions restent disparates : +1,4 % pour BOA Niger, tandis que BOA Mali grimpe de 111,6 % », a nuancé la directrice des Participations.
Au plan des dividendes, cinq des six filiales vont distribuer un dividende cumulé de 99 milliards FCFA, en hausse de 12,5 %, avec un rendement moyen de 10 %, nettement supérieur à la moyenne du marché estimée à 7,6 %. BOA Niger, seule exception, ne versera pas de dividende au titre de l’exercice 2025, après un effondrement de son résultat net. En termes de rendement du dividende, BOA Burkina se positionne en tête avec 12,1 %, devant BOA Bénin (10,5 %), BOA Sénégal (9,5 %), BOA Côte d’Ivoire (9,4 %) et BOA Mali (8,2 %).
Le groupe amorce par ailleurs un nouveau plan triennal articulé autour de trois axes : la montée en puissance du financement des PME, dont la part doit passer de 12,2 % à 16,1 % au niveau du groupe, le renforcement de l’intégration technologique via les fintechs, et le développement du trade finance.
BOA Côte d’Ivoire : locomotive incontestée du groupe
Avec un résultat net de 35,54 milliards FCFA, en hausse de 10,9 %, BOA Côte d’Ivoire s’impose comme la première contributrice au bénéfice consolidé du groupe. Le produit net bancaire (PNB) progresse de 1,1 % à 73,55 milliards FCFA, tandis que le total bilan atteint 1 103,31 milliards FCFA, en augmentation de 2,6 %.
Les fonds propres croissent, pour leur part, de 13 % à 127,34 milliards FCFA. La filiale ivoirienne affiche les meilleurs ratios de rentabilité du groupe, avec un ROE de 29,9 % et un ROA de 3,3 %.
BOA Sénégal et Bénin : la remontée dans le classement
En 2025, BOA Sénégal et BOA Bénin ont chacune gagné une place dans le classement selon le résultat net. D’abord, BOA Sénégal enregistre un résultat net de 21,9 milliards FCFA, en progression de 9,6 %, s’adjugeant la deuxième place du classement, occupée en 2024 par BOA Burkina.
Le PNB ressort à 51,93 milliards FCFA (+4,6 %), le total bilan à 836,16 milliards FCFA (+6,8 %) et les fonds propres à 96,53 milliards FCFA (+8,9 %). Avec un ROE de 23,7 % et un ROA de 2,7 %, la filiale sénégalaise affiche l’un des meilleurs couples rendement-rentabilité des six banques.
Quant à BOA Bénin, elle passe de la quatrième place en 2024 à la troisième avec un résultat net de 20,11 milliards FCFA, en hausse de 2,3 %. Son PNB s’est amélioré de 10,2 %, atteignant 51,27 milliards FCFA. Le total bilan approche le seuil symbolique de 1 000 milliards FCFA, à 964,66 milliards (+2,6 %), tandis que les fonds propres se maintiennent à 117,51 milliards FCFA, en légère progression de 0,1 % par rapport à l’année précédente.
Le ROE s’établit à 17,1 % pour un ROA de 2,1 %. L’exercice 2025 de la banque est également marqué par un changement notable dans sa base actionnariale : la Banque Ouest-Africaine de Développement a cédé ses parts dans le capital au profit du groupe industriel béninois Sonimex.
BOA Burkina : résultat en recul, mais stabilisation amorcée
BOA Burkina, troisième banque de la place en termes de dépôts et deuxième en termes de crédits, a clôturé l’exercice avec un résultat net de 19,25 milliards FCFA, en repli de 14,1 %. Elle perd de ce fait son rang de deuxième filiale du groupe en termes de rentabilité.
Le PNB progresse légèrement de 0,6 % à 57,82 milliards FCFA, le total bilan de 6,5 % à 1 148,67 milliards FCFA, tandis que les fonds propres reculent de 2,1 % à 126,52 milliards FCFA. Le ROE ressort à 15,1 % pour un ROA de 1,7 %.
Commentant ces résultats, le directeur général Farid Bouri a qualifié 2025 d’année de stabilisation après un exercice 2024 difficile. Il a attribué le recul du résultat net à une hausse conjoncturelle du coût du risque, qui a quasiment doublé sur l’exercice. « 2026 est une année où l’on doit renouer avec la dynamique de croissance en lien avec les principales orientations stratégiques du groupe, notamment aller vers les PME », a-t-il souligné.
BOA Mali tire, BOA Niger décroche
Les résultats de l’exercice 2025 des deux banques montrent une dynamique contrastée : BOA Mali affiche la plus forte croissance du groupe, tandis que BOA Niger s’enlise. En effet, le résultat net de BOA Mali s’est établi à 11,1 milliards FCFA, en hausse de 21,5 %.
Le PNB ressort à 37,99 milliards FCFA (+5,1 %), le total bilan à 593,46 milliards FCFA (+9,6 %) et les fonds propres à 49,82 milliards FCFA (+7,8 %). Avec un ROE de 23,1 % et un ROA de 2 %, la filiale malienne présente des indicateurs solides.
À l’inverse, BOA Niger clôture l’exercice sur un résultat net de 409 millions FCFA, contre 5 milliards un an plus tôt, soit un effondrement de 91,8 %. Le PNB recule de 1,2 % à 21,13 milliards FCFA, le total bilan se contracte de 9,5 % à 291,75 milliards FCFA, et les fonds propres s’érodent de 14,4 % à 36,1 milliards FCFA.
Le ROE de la banque ressort à 1 % pour un ROA de 0,1 %. Malgré cette performance en berne, la banque demeure la troisième du pays en termes de crédits et de dépôts. Le directeur général Mactar Diack a situé ces résultats dans un contexte de tensions macroéconomiques et de dégradation de certains indicateurs du secteur bancaire nigérien.
Il a néanmoins insisté sur la nécessité d’anticiper les risques par le provisionnement, un choix pénalisant à court terme mais structurant pour la solidité de l’établissement. « Face à cette situation, il faut que nous prenions nos responsabilités », a-t-il indiqué, appelant à la prudence, à la vigilance et à la discipline.
Le directeur général adjoint de BOA Group, Othmane Alaoui, a par ailleurs précisé que la banque a fait l’objet d’un redressement fiscal de 2,6 milliards FCFA, intégralement provisionné et payé, en plus du provisionnement volontaire de créances problématiques. Malgré ce tableau difficile, les ratios de liquidité et de solvabilité de BOA Niger restent conformes aux exigences réglementaires.
Par Léon Yougbaré


