À l’occasion du Festival africain de l’immobilier (AREF) 2026, organisé le dimanche 19 avril à Accra, le ministre ghanéen des Travaux publics, du Logement et des Ressources en eau, Kenneth Gilbert Adjei, a dévoilé un ambitieux programme de réformes visant à restructurer en profondeur le secteur du logement. Objectif : faire du Ghana un modèle africain en matière d’habitat abordable, durable et inclusif.
Face à un marché où près de 90 % de l’offre de logements est assurée par le secteur privé, le gouvernement assume ses limites et change de posture. Plutôt que de se positionner comme principal constructeur, l’État entend désormais jouer un rôle de facilitateur, en créant un environnement plus attractif pour les investisseurs. Le ministre a ainsi appelé les promoteurs à intensifier leurs engagements, tout en adoptant des modèles innovants alignés sur les priorités nationales. « L’immobilier, ce sont les espaces où les gens vivent, travaillent et interagissent », a-t-il rappelé, soulignant la dimension sociale et identitaire du secteur.
Parmi les mesures phares, le repositionnement du Programme national de logements abordables marque un tournant. Celui-ci sera désormais axé sur des projets de grande envergure, à revenus mixtes, réalisés via des partenariats public-privé. En parallèle, un Programme de logements de district sera mis en place pour décentraliser la production de logements. Chaque district sera ainsi appelé à contribuer activement à la réduction du déficit national, une approche qui vise à mieux répartir l’effort de construction sur l’ensemble du territoire.
La révision en cours de la législation sur les loyers vise à mieux protéger les locataires tout en instaurant un cadre plus stable et prévisible pour les propriétaires, dans un marché encore marqué par des déséquilibres et un manque de régulation. Sur le plan foncier, la modernisation de l’administration via des outils numériques, menée avec la Commission foncière, vise à sécuriser les titres de propriété et à réduire les délais d’acquisition, dans un contexte où l’accès au foncier reste un frein majeur à l’investissement.
Le gouvernement mise également sur la promotion des matériaux locaux et des techniques de construction écologiques, afin de réduire à la fois les coûts et l’empreinte carbone du secteur. En parallèle, de nouvelles solutions de financement sont en préparation avec les institutions financières pour faciliter l’accès aux crédits immobiliers et aux prêts à long terme, un levier essentiel pour démocratiser l’accès à la propriété.
Lors de l’événement, Desmond Kwesi Oteng, fondateur de l’AREF, a appelé à une réappropriation africaine du récit urbain, dénonçant le fait que les grandes décisions en matière immobilière soient longtemps restées influencées par des centres extérieurs comme Londres ou Dubaï. Dans cette dynamique, des acteurs comme Nilex Properties et Goldkey Properties illustrent l’émergence d’une expertise locale capable de porter cette transformation.
Avec cet ensemble de mesures, le Ghana amorce une réforme systémique de son secteur du logement. Entre régulation accrue, incitations à l’investissement et transition vers un modèle durable, le pays pose les bases d’une transformation profonde qui pourrait inspirer d’autres économies africaines confrontées à des défis similaires.
Par Bernadette W. Gansonré


