Le Nigeria reste confronté à un déficit énergétique structurel majeur. En effet, plus de 85 millions de personnes sont encore privées d’électricité. Cette situation continue de peser lourdement sur la productivité nationale, de freiner l’expansion du secteur privé et de limiter la création d’emplois, en particulier dans les zones rurales et les communautés les plus vulnérables. Même pour les abonnés connectés au réseau, la fourniture d’électricité demeure instable, contraignant ménages et entreprises à recourir à des générateurs diesel coûteux et fortement émetteurs.
Pour répondre à cet enjeu, la Société financière internationale (IFC), branche du Groupe de la Banque mondiale dédiée au secteur privé, s’associe à Norfund pour déployer une initiative ambitieuse visant à étendre l’accès à une électricité fiable, propre et abordable. Le programme cible directement près de 500 000 foyers et entreprises situés dans des zones mal desservies ou hors réseau.
Le financement conjoint mobilisé par les deux institutions peut atteindre 83,2 millions de dollars, soit environ 49,9 milliards de FCFA. Il comprend notamment 35,3 millions de dollars de dette concessionnelle issue de mécanismes de financement mixte, combinant le guichet du secteur privé de l’IDA et le guichet de capitaux concessionnels de l’IFC. Cette approche vise à réduire les risques pour les investisseurs et à attirer des capitaux supplémentaires.
Au total, l’initiative devrait générer un effet de levier significatif, avec un volume d’investissement global estimé à 271 millions de dollars, soit près de 162,6 milliards de FCFA. Ce financement permettra le déploiement de 315 mini-réseaux hybrides solaires à travers le pays et le raccordement d’environ 2,9 millions de personnes à une source d’électricité fiable.
Le choix se porte sur des solutions décentralisées, plus adaptées aux limites du réseau électrique national, encore insuffisamment étendu. En favorisant les mini-réseaux solaires, l’initiative entend non seulement améliorer l’accès à l’électricité, mais aussi réduire la dépendance aux énergies fossiles, notamment au diesel.
L’impact attendu est également économique et social. L’accès à une électricité stable constitue un levier essentiel pour dynamiser les activités productives, soutenir les petites et moyennes entreprises, développer les chaînes de valeur locales et favoriser la création d’emplois. Il devrait également permettre de réduire les coûts énergétiques pour les entreprises, améliorant ainsi leur compétitivité.
La mise en œuvre opérationnelle reposera sur cinq sociétés de services d’énergie renouvelable (RESCO), à savoir Darway Coast Nigeria Limited, GVE Projects Limited, Prado Power Limited, PriVida Power Limited et StarTimes Energy. Ces entreprises joueront un rôle clé dans l’extension de l’accès à l’électricité « jusqu’au dernier kilomètre », en intervenant dans des zones où le réseau national reste absent ou insuffisant.
Pour la SFI et les autres partenaires, ce type de montage financier illustre une nouvelle approche du développement énergétique en Afrique, combinant capitaux publics et privés pour accélérer les investissements. À travers cette initiative, le Groupe de la Banque mondiale renforce son offensive pour élargir l’accès à l’énergie en Afrique et soutenir une croissance plus inclusive.
Du côté du Nigeria, ce projet est perçu comme un levier stratégique pour réduire le déficit énergétique tout en stimulant l’économie. En facilitant l’accès à une électricité fiable pour des usages productifs, il contribue à créer de nouvelles opportunités économiques, notamment pour les jeunes entrepreneurs et les entreprises locales, y compris celles dirigées par des femmes.
Dans un pays où l’énergie reste un facteur déterminant de développement, cette initiative pourrait également contribuer à renforcer la résilience du système énergétique nigérian, en diversifiant les sources d’approvisionnement et en accélérant la transition vers des solutions plus durables.
Par Bernadette W. Gansonré


