L’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) a procédé, ce mercredi 6 mai 2026, à la dissémination officielle des résultats du Recensement général des entreprises (RGE), une opération inédite dans l’histoire statistique du pays. Au total, 389 172 unités économiques ont été dénombrées sur l’ensemble du territoire national, offrant pour la première fois une cartographie exhaustive du tissu productif burkinabè.
Lancé en août 2024, le RGE a mobilisé un budget de 2 milliards FCFA, financé conjointement par l’État burkinabè et la Banque mondiale dans le cadre du Projet d’harmonisation et d’amélioration des statistiques en Afrique de l’Ouest (PHASAO). L’opération a bénéficié du soutien technique d’AFRISTAT, l’Observatoire économique et statistique d’Afrique subsaharienne.
L’exercice revêt une portée stratégique particulière dans un contexte où les entreprises représentent 51,1 % du PIB national et concentrent environ 20 % des emplois au Burkina Faso. Disposer d’une base de données fiable sur ces acteurs constitue dès lors un préalable à toute politique économique crédible.
Prononçant le discours officiel d’ouverture, Vieux Rachid Soulama, secrétaire général du ministère de l’Économie et des Finances, a souligné la dimension transformatrice de l’initiative. « Ce recensement nous offre, pour la première fois, une photographie complète, fidèle et actualisée de notre tissu économique. Il nous permet de mieux comprendre qui produit, qui investit, qui innove, qui crée de la valeur dans notre pays », a-t-il salué.
M. Soulama a insisté sur la vocation opérationnelle des données ainsi produites, appelées à « affiner les politiques publiques, améliorer l’environnement des affaires et accompagner avec plus d’efficacité le secteur privé ».
Une concentration géographique et sectorielle marquée
La répartition géographique des unités économiques présente une forte concentration dans les grands centres urbains. La région du Kadiogo accapare à elle seule 46,8 % des entreprises recensées, devant le Guiriko (18 %) et le Nando (6,4 %). Ces trois régions regroupent ainsi 71,2 % de l’ensemble des unités dénombrées. À l’échelle urbaine, Ouagadougou concentre 41,3 % des entreprises et Bobo-Dioulasso 14,4 %, soit 55,7 % du total pour les deux principales métropoles du pays.
Sur le plan sectoriel, le tertiaire s’impose comme le pilier du tissu entrepreneurial, avec 80,4 % des unités recensées. Le commerce en constitue le segment dominant (52,7 %), suivi des activités de fabrication (17,9 %) et de l’hébergement-restauration (13,4 %). Le secteur secondaire capte 19,3 % des unités, tandis que le primaire ne représente que 0,3 % une proportion qui reflète uniquement les structures agricoles dotées d’un minimum de modernisation formelle.
Sur le plan de la formalisation du tissu productif, jusqu’à 96,5 % des unités économiques opèrent dans le secteur informel. Seules 3,5 % d’entre elles sont formellement constituées. La structure juridique des entreprises reflète cette prédominance de l’informel : 97,9 % des unités sont des entreprises individuelles, les sociétés à responsabilité limitée (SARL) ne représentent que 1,8 % du total, et les sociétés anonymes (SA) 0,2 %.
Pour le directeur général de l’INSD, Toubou Ripama, ces résultats constituent un levier d’action. « Les données montrent qu’il y a beaucoup d’entreprises informelles. L’objectif est justement de permettre à l’État d’accompagner ces structures à se formaliser et à bénéficier d’un accompagnement conséquent », a-t-il précisé.
Un capital majoritairement national, une gouvernance à dominance masculine
Sur le plan de la propriété du capital, les nationaux détiennent 90,9 % du capital social des unités économiques, contre 9,1 % pour les étrangers. La part étrangère est plus significative dans les services, où elle atteint 14,3 %. Parmi les nationalités étrangères représentées, les Togolais arrivent en tête avec 0,3 %, devant les Nigérians (0,2 %), puis les ressortissants du Bénin, de Côte d’Ivoire, du Niger et du Mali avec 0,1 % chacun.
En matière de gouvernance, les hommes dirigent 69,7 % des unités recensées. Toutefois, certains secteurs font figure d’exception notable : les femmes dirigent 49,8 % des établissements d’hébergement-restauration et 26,3 % des unités de production de glace.
Un outil au service de la décision publique et privée
La Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso (CCI-BF), qui a activement contribué à la mobilisation des opérateurs économiques autour de l’opération, voit dans ces résultats un instrument de pilotage stratégique. Son directeur général adjoint chargé des infrastructures et du développement durable, Fousseni Koné, a relevé que les données permettront désormais d’« identifier les besoins réels des entreprises, orienter les politiques publiques vers des actions plus pertinentes et renforcer l’accompagnement du secteur privé ».
Les données issues de ce recensement constituent un bien public stratégique au service des administrations, des investisseurs, des chercheurs et des organisations professionnelles. De ce fait, l’objectif est de faire de la statistique un pilier de la gouvernance publique, fondée sur des données fiables plutôt que sur l’approximation. Avec ce premier RGE, le Burkina Faso se dote d’un référentiel économique dont l’exploitation conditionnera en grande partie la qualité des réformes structurelles à venir, notamment en matière de formalisation, de décentralisation économique et d’amélioration du climat des affaires.
Par Léon Yougbaré


