Interview « Nous voulons faire de la bourse un véritable levier d’inclusion financière en Afrique », Boukaré Bancé, Expert des marchés financiers et Commissaire général du SIBA

À quelques semaines de la deuxième édition du Salon International de la Bourse Africaine (SIBA), Boukaré Bancé, Expert des marchés financiers et Commissaire général de l’évènement, revient, dans un entretien accordé à Horonya Finance, sur les ambitions de ce rendez-vous dédié aux marchés financiers africains. Entre démocratisation de la BRVM, inclusion financière, éducation boursière et mobilisation de l’épargne locale, il détaille la vision d’un événement qui entend rapprocher durablement la bourse des populations et des entrepreneurs africains.


Horonya Finance (H.F) :  La première édition du Salon International de la Bourse Africaine, avec un accent particulier sur la BRVM, a suscité beaucoup d’intérêt. Quel bilan global en tirez-vous aujourd’hui, tant en termes de participation que d’impact ?

Boukaré BANCE ( B.B) : Le bilan est très encourageant. Nous avons réussi à créer quelque chose de rare : un espace où le marché financier, notamment la BRVM, rencontre directement les populations et les entrepreneurs. Mais au-delà de la participation, le véritable impact est ailleurs : nous avons déclenché une prise de conscience. Beaucoup ont compris que la bourse n’est pas un luxe, mais un outil stratégique pour financer nos économies et valoriser nos entreprises locales.

H.F : Au-delà des chiffres, quels enseignements majeurs avez-vous tirés de cette première édition, notamment en ce qui concerne la perception de la bourse par le grand public ?

B.B : Nous avons compris que le problème n’est pas un manque d’intérêt, mais un manque de compréhension. Lorsqu’on explique simplement comment fonctionne le marché, les entrepreneurs et les jeunes y voient immédiatement une opportunité : lever des fonds, investir, faire fructifier leur épargne. Nous avons constaté cela au SIBA 2025. Cela confirme qu’il existe une demande forte d’éducation financière dans nos pays.

H.F :  Peut-on dire que cette première édition a permis de réduire, même partiellement, le fossé entre le marché financier et les populations ?

B.B : Oui, de manière significative. Le SIBA a servi de pont entre deux univers qui se côtoient peu. Nous avons rapproché les acteurs du marché des populations, en créant un cadre d’échange direct, pédagogique et accessible. Ce n’est qu’un début, mais c’est une avancée importante. Aujourd’hui quant vous allez dans les SGI ou SGO à Ouagadougou vous constaté un réel changement d’affluence dans ces différentes structures.

H.F :  La deuxième édition s’inscrit dans la continuité de cette dynamique. Quelles sont les grandes ambitions que vous portez pour ce nouveau rendez-vous ?

B.B : Nous voulons passer d’un salon de sensibilisation à une plateforme de transformation économique. Notre ambition est de faire du SIBA un catalyseur de mobilisation de l’épargne locale vers le financement des entreprises africaines. Nous voulons toucher un public encore plus large, renforcer les capacités des participants et favoriser des opportunités concrètes d’investissement et de financement.

H.F :  Le thème retenu cette année est : « Marché financier et inclusion financière : comment rapprocher la bourse de la population ? ». Pourquoi ce choix et en quoi est-il particulièrement pertinent aujourd’hui ?

B.B : Ce thème répond à une réalité : en Afrique, une grande partie de la population reste en marge du système financier. La bourse peut être un puissant levier d’inclusion, à condition qu’elle soit accessible, compréhensible et adaptée aux réalités locales. Ce thème est donc au cœur des enjeux de développement économique actuels en Afrique. Par ailleurs, il s’agit d’une problématique que tous les acteurs des marchés financiers Africain cherchent à apporter solutions. Nous avons voulu poser à haute voix la problématique afin que chaque acteur puisse y apporter ses réflexions.

H.F : Concrètement, comment comptez-vous rendre la bourse, notamment la BRVM, plus accessible et compréhensible pour des populations souvent peu familiarisées avec ces concepts ?

B.B : Nous misons sur la pédagogie et la proximité : des panels simplifiés, des ateliers pratiques, des témoignages, et des formats interactifs. L’objectif est de vulgariser sans dénaturer. Nous mettons l’accent sur des cas réels : comment une entreprise peut lever des fonds, comment un particulier peut commencer à investir avec peu de moyens. Notre objectif est que chaque participant comprenne que la bourse peut répondre à ses propres besoins.

H.F : Quelles innovations ou nouveautés les participants peuvent-ils attendre de cette deuxième édition par rapport à la première ?

B.B : Plusieurs innovations sont prévues, notamment des masterclasses dédiées aux chefs d’entreprises portant sur des thématiques en liens avec le financement, la titrisation…etc…, des espaces d’expérimentation pratique, et des rencontres B2B. Nous introduisons également des formats plus immersifs pour favoriser l’apprentissage et l’engagement. Une séance de jeux dédié aux enfants pour qu’ils apprennent les bases de l’investissement en jouant.

H.F : Les jeunes et les entrepreneurs constituent une cible clé pour le développement des marchés financiers. Quelle place leur est accordée dans cette édition ?

B.B : Ils sont au cœur du dispositif. Ce sont eux qui construiront les marchés financiers africains de demain. A cet effet, nous avons conçu des contenus spécifiques pour les jeunes et les entrepreneurs, avec des sessions sur l’investissement, le financement des entreprises et la création de richesse. Ce sont eux les investisseurs et les entreprises de demain. On les prépare donc dès maintenant.

H.F : La question de la confiance reste centrale lorsqu’on parle d’investissement en bourse. Comment le salon entend-il contribuer à renforcer cette confiance auprès du public ?

B.B : La confiance se construit par la compréhension et la transparence. En mettant les régulateurs, les sociétés de gestion et les investisseurs face au public, nous démystifions le fonctionnement du marché. Plus les populations comprennent, plus elles participent. Et plus elles participent, plus le marché se développe.

H.F : Quel rôle les institutions financières, les sociétés de gestion et les autorités de régulation vont-elles jouer durant cette deuxième édition ?

B.B : Elles joueront un rôle central. Elles interviendront dans les panels, animeront des ateliers et présenteront leurs offres. Leur présence est essentielle pour crédibiliser le message et apporter des réponses concrètes aux préoccupations du public. Le SIBA leur offre une tribune pour présenter leurs solutions, mais surtout pour capter une nouvelle génération d’investisseurs et d’entrepreneurs. C’est une opportunité de marché pour elles.

H.F : Peut-on s’attendre à des partenariats stratégiques ou à des annonces majeures, notamment avec les acteurs du marché financier régional ?

B.B : Oui, notre objectif est de créer des alliances fortes pour accélérer le développement du marché financier régional. Le SIBA est une plateforme où se construisent des collaborations structurantes, capables d’avoir un impact réel sur nos économies. Des annonces importantes pourraient effectivement être faites à cette occasion.

H.F : Dans un contexte marqué par un faible taux de bancarisation, la bourse peut-elle réellement devenir un levier d’inclusion financière ?

B.B : Absolument. La bourse peut compléter les dispositifs traditionnels en offrant des solutions d’investissement accessibles. Avec les innovations technologiques et une bonne éducation financière, elle peut toucher une population beaucoup plus large.

H.F : Quels sont aujourd’hui les principaux obstacles qui empêchent encore les populations d’accéder aux marchés financiers ?

B.B : Les principaux obstacles sont le manque d’information, la complexité perçue, la peur du risque, une proximité très faible entre la population et les SGI, etc…mais ce sont des obstacles que l’on peut lever. Avec de l’éducation, des solutions adaptées et des acteurs engagés, ces freins peuvent rapidement se transformer en opportunités.

H.F : À plus long terme, quelle est votre vision pour le Salon International de la Bourse Africaine ?

B.B : Notre vision est de faire du SIBA un événement incontournable en Afrique, capable d’influencer les politiques publiques, de stimuler l’investissement et de contribuer à l’inclusion financière à grande échelle.

H.F : Quel message souhaitez-vous adresser aux partenaires institutionnels et acteurs du marché ?

B.B : Le développement des marchés financiers en Afrique ne peut pas se faire sans un engagement collectif fort et structuré. Le SIBA n’est pas simplement un événement, c’est une plateforme d’impact au service de l’inclusion financière et du développement économique de notre continent.

Nous lançons un appel clair aux partenaires institutionnels, aux acteurs du marché et aux décideurs : accompagnez-nous, à la fois techniquement et financièrement, pour amplifier cette dynamique. Votre expertise, vos ressources et votre engagement sont essentiels pour transformer cette initiative en un véritable levier de transformation.

Rejoindre le SIBA, c’est faire le choix de construire un marché financier plus accessible, plus transparent et plus proche des populations. Ensemble, nous pouvons poser les bases d’un écosystème financier solide, capable de répondre aux défis de financement de nos économies et d’offrir de réelles opportunités à nos populations.

Réalisée par Drissa Ouattara

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