L’agence de notation américaine S&P Global Ratings a relevé, le 15 mai dernier, la note souveraine du Nigeria de « B- » à « B », assortie de perspectives stables. Une décision qui confirme la trajectoire de redressement économique engagée par Abuja depuis 2023.
En effet, ce relèvement fait suite à des décisions similaires prises en 2025 par les deux autres grandes agences de notation mondiales, Fitch Ratings et Moody’s. Pour la première économie africaine en termes de PIB nominal, ce triple signal positif constitue un tournant symbolique fort.
Le ministre des Finances et coordinateur de l’Économie, Taiwo Oyedele, n’a pas manqué de le souligner dans une déclaration publiée sur son compte X, y voyant la preuve que « les réformes difficiles mais nécessaires […] produisent des résultats mesurables ».
S&P identifie plusieurs moteurs à l’origine de cette amélioration. En premier lieu, la hausse combinée des volumes de production pétrolière et des cours mondiaux du brut, qui dopent les recettes en devises du pays. À cela s’ajoute la montée en puissance des capacités de raffinage nationales, notamment grâce à la Dangote Refinery, la plus grande d’Afrique, dont les premières exportations de produits raffinés modifient structurellement la balance commerciale nigériane.
Mais pour S&P, la réforme la plus déterminante reste la libéralisation du taux de change, décidée en 2023. En abandonnant le régime de taux multiples qui distordait l’économie depuis des années, Abuja a rétabli une certaine prévisibilité pour les investisseurs étrangers et amélioré la compétitivité des exportations hors pétrole.
L’un des indicateurs les plus scrutés reste le ratio dette publique sur recettes fiscales. En 2023, ce ratio atteignait un niveau alarmant de 500 % au Nigeria, soit cinq nairas de dette pour chaque naira collecté.
S&P table désormais sur une réduction à 338 % d’ici 2026, portée par les efforts d’élargissement de l’assiette fiscale. Un progrès notable, même si ce niveau reste parmi les plus élevés du continent. L’agence prévoit néanmoins que le déficit public se creusera en moyenne au-delà de 4 % du PIB en 2026 et 2027.
Parmi les engagements structurels salués par S&P, le gouvernement fédéral a maintenu sa décision de ne pas rétablir les subventions aux produits pétroliers raffinés, supprimées en 2023. Ces subventions, qui coûtaient plusieurs milliards de dollars par an à l’État nigérian, avaient longtemps alimenté la contrebande, asséché les réserves de change et privé le budget de marges de manœuvre.
L’agence identifie clairement les scénarios susceptibles d’inverser la tendance, notamment un retour en arrière sur la libéralisation du taux de change, un relâchement de la discipline budgétaire ou un alourdissement du service de la dette.
À l’inverse, une consolidation fiscale plus marquée ou une réduction substantielle des déséquilibres extérieurs ouvrirait la voie à un nouveau relèvement dans les douze à vingt-quatre prochains mois.
Sur le plan social, le ministre Oyedele a reconnu que « le travail à accomplir reste substantiel », citant les pressions inflationnistes, la sécurité alimentaire et la création d’emplois formels comme priorités.
Par Léon Youbaré


