Forum des Mines 2026 : Oumarou Sawadogo, Adama Soro et Souleymane Boly prônent une culture renforcée de la sécurité au travail

La troisième édition du Forum des Mines se tient à Ouagadougou du 7 au 9 juillet 2026, organisée par la Chambre des Mines du Burkina Faso autour du thème : « Environnement, Santé, Sécurité : libérer le plein potentiel minier ». Le panel d’ouverture, consacré à la « Gouvernance stratégique : positionner la HSE comme moteur de performance durable et de compétitivité de l’industrie minière » et modéré par le Pr Alkassoum Maïga, enseignant-chercheur à l’Université Joseph Ki-Zerbo, a réuni des responsables publics et des acteurs du secteur.

Premier à intervenir, le Directeur général de la protection sociale (DGPS) au ministère des Serviteurs du Peuple, Oumarou Sawadogo, a resitué le débat dans le cadre du Plan Relance, référentiel récemment adopté par le gouvernement dans le cadre de la Révolution progressiste populaire.

Le programme 3.4 du Plan Relance, a-t-il poursuivi, met l’accent sur le renforcement de la prévention des risques professionnels. Sur cette base, la loi n°028 a été abrogée et remplacée par la loi n°013-2026 portant Code du travail, dont le titre V est spécifiquement consacré à la sécurité et à la santé au travail.

Concrètement, a expliqué le Directeur général de la protection sociale, le seuil d’effectifs déclenchant l’obligation de mettre en place un comité de sécurité et de santé au travail a été abaissé à 25 salariés, avec la possibilité pour l’inspecteur du travail d’imposer cette mise en place par dérogation, y compris en deçà de ce seuil, selon la taille et la nature de l’activité. « L’objectif visé, c’est de faire en sorte que le maximum de travailleurs soient protégés », a-t-il rappelé.

Le nouveau texte, a-t-il ajouté, responsabilise également le travailleur lui-même, aux côtés de l’employeur, et confie les missions de sensibilisation, de contrôle et de répression à plusieurs corps de contrôle de l’État. « En matière de sécurité et de santé au travail, (…) cette nouvelle disposition du Code invite également le travailleur à s’engager davantage afin de contribuer à préserver sa santé et sa sécurité au travail », a précisé Oumarou Sawadogo.

Pour les entreprises minières, cette évolution législative se traduit par des obligations organisationnelles supplémentaires, mais aussi par un cadre plus prévisible permettant d’anticiper les risques sociaux et juridiques liés aux accidents du travail.

Subventions, fonds de prévention et stratégie nationale : l’architecture incitative se met en place

M. Sawadogo a également indiqué qu’au-delà de la contrainte réglementaire, l’État burkinabè a choisi d’encourager les bonnes pratiques. Depuis la loi n°004-2021/AN portant régime de sécurité sociale applicable aux travailleurs salariés et assimilés, deux prestations inédites ont été instituées. Il s’agit de la subvention destinée aux employeurs respectueux des mesures de sécurité et de santé au travail, ainsi que du fonds spécial de prévention des risques, géré par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). « Ce fonds a pour objectif d’encourager aussi bien les employeurs, les travailleurs que les chercheurs qui interviennent (…) et constitue aussi une façon d’encourager les chercheurs à intervenir sur les questions de sécurité et de santé au travail », a-t-il souligné.

À en croire M. Sawadogo, le Burkina prépare l’élaboration d’un profil national de sécurité et de santé au travail, conformément aux exigences des conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT). Cela, dit-il, permettra d’aboutir à l’élaboration d’une stratégie nationale de sécurité et de santé au travail. « Il y a aussi l’élaboration d’un plan d’intervention de l’inspection du travail, mais orienté spécifiquement sur les questions de sécurité et de santé au travail. Tous ces aspects sont de nature à améliorer la protection de la sécurité et de la santé au travail », a-t-il conclu.

3 à 4 décès pour 100 000 : le paradoxe statistique du secteur minier

Adama Soro, président de la Fédération des chambres des mines de l’Afrique de l’Ouest (EFEDCOM), a rappelé les statistiques annuelles publiées par le Bureau international du travail (BIT). Il en ressort que, pour 100 000 travailleurs, l’agriculture enregistre 20 à 25 décès, le bâtiment et les travaux publics (BTP) 9 à 13, contre seulement 3 à 4 dans le secteur minier.

Pourtant, a-t-il relevé, le secteur minier est perçu par le grand public comme le plus dangereux. Il a, en outre, établi un parallèle avec le transport aérien, statistiquement plus sûr que la route, bien que perçu comme plus risqué. Dans les deux cas, a-t-il noté, ce sont les secteurs les plus exposés qui ont le plus intégré une culture de gestion des risques. « C’est le cas du secteur minier », a-t-il indiqué.

Pour lui, l’objectif est d’amener tous les secteurs d’activité à adopter une culture de gestion des risques. « Parce que la vie, elle appartient à nous tous. Chacun doit préserver sa vie, chacun doit intégrer la dimension de la sécurité et de la santé, aussi bien au travail que partout ailleurs », a-t-il lancé, ajoutant que le Burkina Faso et le Ghana figurent parmi les pays les plus avancés de la sous-région dans ce domaine.

La HSE, chaînon de la compétitivité selon le ministère des Mines

Pour Dr Kadidiatou Coulibaly, Directrice de la réhabilitation des sites et carrières au département en charge des Mines et des Carrières, la négligence des questions HSE génère des coûts directs — accidents, interruptions d’activité, manque à gagner — qui disqualifient toute lecture de la sécurité comme une simple charge réglementaire. « Une gestion maîtrisée des risques sanitaires, sécuritaires et environnementaux garantit la continuité des activités extractives, donc une production soutenue, qui conditionne à son tour la performance du secteur et, in fine, son attractivité auprès des investisseurs », a-t-elle résumé.

À ses dires, l’action du ministère s’articule autour de trois volets, notamment la régulation, le contrôle et l’accompagnement. En matière de régulation, elle a cité la loi n°016 portant Code minier du Burkina Faso, dont le chapitre IV est consacré exclusivement aux questions de santé et de sécurité au travail. Le chapitre V, a laissé entendre Dr Coulibaly, traite de la préservation de l’environnement.

En matière de contrôle, le département en charge des Mines et des Carrières déploie des missions de suivi, menées notamment par l’Inspection de l’énergie et des mines. Enfin, l’accompagnement du ministère se fait à travers des actions de sensibilisation sur le terrain. « Toutes ces actions traduisent une évolution majeure qui décrit le passage d’une simple logique de conformité vers une logique de maîtrise efficace des risques et des impacts liés aux activités extractives », a déclaré Dr Kadidiatou Coulibaly.

Taux de fréquence, taux de gravité : la technologie au service de la vigilance

Prenant la parole à son tour, le président de la Chambre des Mines du Burkina Faso, Souleymane Boly, a détaillé les deux indicateurs de référence utilisés pour mesurer la performance HSE. D’abord, le taux de fréquence permet de mesurer le nombre d’accidents enregistrés sur une période donnée. Ensuite, le taux de gravité mesure le nombre de jours d’arrêt de travail qu’ils occasionnent.

Des indicateurs d’autant plus scrutés que les risques physiques du secteur sont considérables, à en croire Souleymane Boly. « Le secteur minier, c’est un secteur où il y a des risques évidents. Il y a des engins de plusieurs centaines de tonnes qui se déplacent sur des rampes, des fosses qui font 200, 300 ou 400 mètres de profondeur, et d’autres qui atteignent 5 à 6 kilomètres de large. Il y a des galeries souterraines, souvent à 600, 700 ou même 800 mètres sous terre », a-t-il décrit.

Cependant, a-t-il relevé, aucun dispositif technique ne pourrait remplacer le comportement individuel. « Instaurer une culture de sécurité et de santé au travail, c’est le travail le plus long, le plus difficile, mais c’est celui qui porte le plus ses fruits », a rappelé le directeur-pays du Groupe Endeavour Mining.

Par Léon Yougbaré

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