Le cacao rebondit à 6 366 dollars la tonne, porté par les craintes sur la récolte et l’offre en Afrique de l’Ouest

Après plusieurs mois de correction, le marché mondial du cacao renoue avec une forte volatilité. Portés par les craintes liées à la prochaine récolte en Afrique de l’Ouest et par des conditions météorologiques défavorables, les cours internationaux ont rebondi de près de 40 % en seulement un mois, ravivant les inquiétudes sur l’approvisionnement mondial.

Les contrats à terme sur le cacao poursuivent leur remontée sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de New York. Au 10 juillet 2026, le contrat de septembre (CCU26) s’échangeait à 6 366 dollars la tonne métrique, son plus haut niveau depuis près de 24 semaines. Cette progression marque un spectaculaire retournement après la chute enregistrée entre la fin de 2025 et le premier trimestre 2026, lorsque les prix étaient tombés autour de 3 100 à 3 300 dollars la tonne, contre un record historique de plus de 11 000 dollars atteint à la mi-2024.

En l’espace de quatre semaines, les prix ont ainsi bondi de près de 40 %. L’élargissement de l’écart entre les contrats à court terme et ceux à plus longue échéance traduit les anticipations des investisseurs, qui estiment que les tensions sur l’offre pourraient perdurer et empêcher un retour rapide aux niveaux observés avant la correction.

Les intempéries menacent la prochaine récolte

Le regain des prix est largement alimenté par les inquiétudes concernant la campagne 2026/27 dans les principaux pays producteurs d’Afrique de l’Ouest.

En Côte d’Ivoire et au Ghana, des pluies abondantes ont inondé plusieurs zones de production, perturbant les récoltes, ralentissant le transport des cabosses et favorisant la propagation de maladies fongiques, notamment la pourriture brune ou maladie des cabosses noires. Cette maladie est redoutée des producteurs en raison de sa capacité à détruire rapidement une part importante des fruits en formation.

Les premières observations de terrain en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, montrent également une formation des jeunes cabosses inférieure aux niveaux habituels. Les premières estimations évoquent une production comprise entre 1,7 et 1,8 million de tonnes pour la campagne 2026/27, contre environ 2,2 millions de tonnes attendues pour la saison en cours.

La situation est tout aussi préoccupante au Nigeria, cinquième producteur mondial de cacao. Les régions productrices font face à des précipitations exceptionnellement importantes, créant des conditions favorables à la prolifération des maladies des cabosses.

Selon les prévisions de l’Association nigériane du cacao, la production nationale devrait déjà reculer de près de 11 % durant la campagne 2025/26, passant de 344 000 tonnes à environ 305 000 tonnes. Les épisodes d’inondation actuellement observés pourraient toutefois accentuer davantage cette baisse.

Au-delà des fortes pluies actuelles, les marchés surveillent également les perspectives climatiques pour les prochains mois. L’Agence météorologique japonaise et le Climate Prediction Center de la NOAA estiment qu’un épisode de « Super El Niño » pourrait se développer.

Un tel phénomène climatique entraîne généralement des températures élevées et un déficit de précipitations lors des dernières phases de développement des cultures en Afrique de l’Ouest, ce qui pourrait réduire davantage les rendements.

Un marché toujours confronté à un déficit structurel

Si la chute des prix observée au début de 2026 avait été provoquée par une baisse de la demande, des fermetures d’usines de transformation et des arrivages importants dans les ports ouest-africains, les fondamentaux du marché restent fragiles.

Les stocks mondiaux demeurent insuffisants après les mauvaises récoltes de 2024, tandis que le secteur fait toujours face à des problèmes structurels persistants : vieillissement des plantations, sous-investissement chronique des exploitations agricoles et délais de trois à cinq ans nécessaires au renouvellement des vergers.

Même si des volumes physiques restent actuellement disponibles sur le marché au comptant, les opérateurs estiment que ces disponibilités ne suffiront pas à absorber un éventuel nouveau déficit de production.

Des prix élevés attendus au troisième trimestre

Dans ce contexte, les analystes anticipent un maintien des prix du cacao dans une fourchette comprise entre 5 000 et 7 000 dollars la tonne durant la majeure partie du troisième trimestre 2026. Les résultats des inspections de terrain prévues en juillet et août seront particulièrement suivis, car ils permettront de mesurer l’ampleur réelle des dégâts causés par les intempéries dans les principaux bassins de production d’Afrique de l’Ouest.

Par Amhed Coulibaly

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