Retraites en Afrique : 30 milliards de dollars de cotisations de la diaspora échappent chaque année au secteur, selon l’Africa Pension Supervisors Association

Le secteur des retraites africain se prive chaque année de près de 30 milliards de dollars de cotisations provenant de sa diaspora, soit environ 18 000 milliards de FCFA. C’est le constat dressé à l’ouverture, le 31 juillet 2026 à Accra (Ghana), de la 7ᵉ conférence annuelle des superviseurs des régimes de retraite africains, organisée par l’Africa Pension Supervisors Association (APSA).

Ce manque à gagner apparaît d’autant plus significatif qu’il est mis en perspective avec un autre indicateur. En effet, les transferts informels de la diaspora africaine, sous forme de dons et de prêts aux familles, ont atteint 667 milliards de dollars au titre de l’année 2025.

Selon les intervenants à la conférence, ce déficit de cotisations s’explique principalement par l’absence de cadres réglementaires adaptés à la situation des travailleurs africains établis à l’étranger. Deux mécanismes font particulièrement défaut : la possibilité de cotiser en devises fortes et la reconnaissance transfrontalière des droits à pension. Ces dispositifs permettraient aux cotisants de s’installer dans le pays de leur choix au moment de la retraite tout en continuant à percevoir leurs prestations.

La rencontre a été officiellement ouverte par le président ghanéen John Dramani Mahama, autour du thème : « Repenser la sécurité des revenus des personnes âgées en Afrique : faire face aux réalités d’aujourd’hui, bâtir la résilience de demain ». Dans son discours, le chef de l’État a souligné l’enjeu stratégique que représente le secteur des retraites pour la croissance socio-économique du continent.

John Dramani Mahama a également appelé la jeunesse africaine à considérer la retraite non comme une simple échéance de fin de carrière, mais comme un investissement de long terme au service de l’indépendance financière et du développement national.

Le Nigeria cité en exemple

Chris Boadi-Mensah, directeur général de l’Autorité nationale de réglementation des pensions du Ghana, a plaidé pour des réformes plus ambitieuses en faveur de la diaspora et du secteur informel.

Selon lui, ces réformes devront reposer sur des approches mieux adaptées aux cycles de revenus irréguliers des travailleurs occasionnels, tout en favorisant une adoption plus large de la supervision fondée sur les risques et de cadres normalisés de gestion des données.

Il a cité le Nigeria comme exemple d’un cadre juridique autorisant les cotisations en devises fortes, avec des actifs sous gestion ayant atteint 17 000 milliards de nairas, soit environ 12,3 milliards de dollars (plus de 7 300 milliards de FCFA).

Le Dr Shem Ouma, secrétaire général de l’APSA, a, de son côté, insisté sur la nécessité de mettre en place des systèmes de retraite intelligents afin de permettre au continent de tirer pleinement parti de son dividende démographique. Il a rappelé que la population africaine augmente d’environ 2,4 % par an, soit près de 35 millions de personnes supplémentaires chaque année, dans un contexte où l’espérance de vie atteint désormais près de 64 ans.

Un gisement de 700 milliards de dollars sous-exploité

L’agence de financement du développement FSD Africa a mis en avant un autre chiffre clé : les actifs des régimes de retraite africains ont atteint un niveau record de 700 milliards de dollars.

Selon le Dr Evans Osano, directeur des marchés financiers de FSD Africa, ces ressources pourraient jouer un rôle déterminant dans la transformation socio-économique du continent en contribuant à combler les déficits de financement des infrastructures, de l’énergie et des petites et moyennes entreprises, à condition que le secteur diversifie davantage ses investissements et réduise sa dépendance aux titres d’État.

Par David Yaméogo

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