Tanzanie : la centrale hydroélectrique Julius Nyerere de 2 115 MW double la capacité électrique du pays et ouvre la voie aux exportations d’énergie

La Tanzanie a mis en service la centrale hydroélectrique Julius Nyerere, d’une capacité de 2 115 MW, faisant plus que doubler la capacité de production d’électricité du pays. Cette nouvelle infrastructure doit permettre à la Tanzanie de disposer d’un important excédent énergétique, destiné à soutenir l’industrialisation, attirer davantage d’investissements et développer les exportations d’électricité vers les pays voisins.

La présidente Samia Suluhu Hassan a inauguré la centrale samedi. Construite sur la rivière Rufiji, l’infrastructure représente un investissement déclaré d’environ 7,45 billions de shillings tanzaniens, soit près de 2,84 milliards de dollars. Il s’agit de la plus grande centrale de production d’électricité jamais construite en Tanzanie.

Avec l’entrée en service de Julius Nyerere, la capacité totale de production électrique du pays atteint désormais 4 646 MW, contre une demande maximale estimée à 2 271 MW. Selon le ministre de l’Énergie, Deogratius Ndejembi, la Tanzanie dispose ainsi d’un excédent potentiel d’environ 2 375 MW.

Cette nouvelle capacité ouvre notamment des perspectives sur le marché régional de l’électricité. Les autorités tanzaniennes discutent déjà d’éventuelles exportations avec plusieurs pays voisins, dont le Kenya et la Zambie. La Tanzanie pourrait ainsi renforcer son rôle de fournisseur régional d’énergie tout en générant des recettes supplémentaires en devises.

Pour le gouvernement, l’enjeu dépasse toutefois les exportations. La disponibilité d’une énergie plus abondante et plus fiable doit contribuer à réduire les pénuries qui ont longtemps provoqué des coupures d’électricité et limité l’activité de certaines entreprises. La nouvelle capacité devrait notamment soutenir les industries manufacturières et les activités fortement consommatrices d’énergie.

La présidente Samia Suluhu Hassan estime que le projet aura également des retombées sur l’investissement, l’emploi et la croissance économique. « Nous sommes convaincus que ce projet augmentera les opportunités d’affaires, d’investissement et de production, créera des emplois et stimulera le revenu individuel ainsi que le PIB national dans son ensemble », a-t-elle déclaré.

Pour l’économie tanzanienne, l’augmentation de l’offre électrique pourrait ainsi contribuer à lever l’une des contraintes infrastructurelles qui pèsent sur l’expansion industrielle. Le gouvernement espère notamment que l’amélioration de la fiabilité du réseau encouragera de nouveaux investissements dans la transformation et la production industrielle.

La mise en service de Julius Nyerere intervient cependant dans un contexte de fortes préoccupations environnementales. Depuis le début de sa construction en 2019, le projet fait l’objet de critiques de la part de groupes de conservation, qui alertent sur ses conséquences potentielles pour la faune et les écosystèmes situés en aval du barrage.

La rivière Rufiji traverse notamment la réserve de chasse de Selous, l’une des plus grandes zones protégées d’Afrique. Selon l’UNESCO, cette région abrite une importante biodiversité, notamment des populations d’éléphants, de rhinocéros noirs et de guépards, ainsi que de nombreux autres habitats et espèces.

Ces préoccupations environnementales ont fait du barrage Julius Nyerere l’un des projets d’infrastructures les plus suivis du pays. La présidente Samia Suluhu Hassan a reconnu les controverses entourant le projet tout en défendant sa réalisation, estimant que son importance pour l’économie et le développement de la Tanzanie justifiait sa poursuite.

Avec Julius Nyerere désormais opérationnelle, l’hydroélectricité représente environ 60 % de la production d’électricité de la Tanzanie, le gaz naturel constituant une autre source majeure d’approvisionnement. Le pays dispose désormais d’une capacité de production largement supérieure à sa demande actuelle.

Par Drissa Ouattara

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