L’agence de notation Moody’s a relevé les perspectives souveraines du Nigeria de « stable » à « positif », saluant l’amélioration de la position extérieure du pays et une croissance économique plus robuste. Cette décision montre une meilleure capacité de la première puissance démographique d’Afrique à absorber les chocs extérieurs, malgré la persistance de fragilités budgétaires importantes.
Moody’s a toutefois maintenu la note souveraine du Nigeria à « B3 », signalant que les contraintes fiscales continuent de peser fortement sur la qualité de crédit du pays. L’agence estime notamment que la capacité limitée du gouvernement à mobiliser des recettes et les difficultés liées à l’accessibilité de la dette constituent encore des facteurs de vulnérabilité.
La position extérieure du Nigeria s’est néanmoins sensiblement renforcée ces derniers mois. Le pays a bénéficié de la hausse des cours du pétrole brut liée au conflit au Moyen-Orient, mais également de l’augmentation de ses exportations de produits pétroliers raffinés. Ces évolutions ont contribué à soutenir le compte courant et à favoriser l’accumulation de réserves de change, renforçant ainsi les marges de manœuvre du pays face aux éventuels chocs extérieurs.
Moody’s estime que cette amélioration pourrait s’inscrire dans la durée. L’agence prévoit que l’excédent courant du Nigeria devrait rester important, même dans l’hypothèse d’une baisse significative des cours du pétrole. Une telle perspective réduirait la vulnérabilité extérieure du pays à une éventuelle correction durable des prix du brut, qui demeure l’un des principaux déterminants de ses recettes d’exportation et de ses entrées de devises.
La dynamique de croissance constitue également un élément favorable. La Banque mondiale table sur une progression d’environ 4,2 % de l’économie nigériane en 2026. L’amélioration des recettes pétrolières, une plus grande discipline budgétaire et le maintien d’une politique monétaire restrictive devraient contribuer à consolider la stabilité macroéconomique et à contenir les pressions inflationnistes.
Pour autant, le relèvement des perspectives ne signifie pas que le Nigeria a résolu ses difficultés structurelles. Moody’s souligne que la faiblesse persistante de la mobilisation des recettes publiques limite la capacité de l’État à financer ses dépenses et à renforcer durablement ses équilibres budgétaires. L’agence considère également que l’accessibilité de la dette demeure un point de vigilance, même si la charge globale de la dette reste jugée modérée.
La décision de Moody’s intervient dans un contexte de réévaluation progressive du profil de crédit du Nigeria par les principales agences internationales. En mai, S&P Global Ratings avait relevé la note souveraine du pays de « B- » à « B », en mettant en avant la poursuite des réformes structurelles et l’amélioration de la solvabilité. En avril, Fitch Ratings avait pour sa part confirmé la note du Nigeria à « B », avec une perspective maintenue à « stable ».
L’évolution des appréciations des trois grandes agences traduit ainsi une amélioration de certains fondamentaux macroéconomiques du Nigeria, sans effacer les risques liés aux finances publiques. Le renforcement des réserves de change, la progression de l’activité économique et l’amélioration du compte courant offrent au pays de nouveaux amortisseurs face aux chocs extérieurs.
Par Amhed Coulibaly


