L’assureur santé français Alan fait son entrée sur le marché africain avec l’acquisition de Tanel, une start-up sénégalaise spécialisée dans l’assurance santé. L’opération, conclue en juin pour un montant non communiqué, doit servir de plateforme au groupe pour accélérer son développement sur le continent.
Cette acquisition constitue la première implantation d’Alan en Afrique. Pour Tanel, fondée en 2021 par Mouhamed Ndoye et Makhtar Diop, elle ouvre une nouvelle phase de croissance, avec l’ambition de déployer son modèle dans plusieurs marchés africains.
La transaction permet également aux investisseurs historiques de Tanel, notamment Ventures Platform et AAIC Investment, de réaliser une sortie complète. L’opération intervient dans un environnement où les acquisitions de start-up africaines restent concentrées sur quelques grands marchés du continent.
Selon des données de Ventures Platform et Stears, le Nigeria, l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Kenya ont représenté 81 % des 181 sorties de start-up soutenues par du capital-risque et vérifiées entre 2011 et 2026. Environ un tiers de ces opérations concernaient les services financiers. La présence du Sénégal dans cette opération souligne ainsi la montée en puissance de l’écosystème entrepreneurial ouest-africain francophone.
Fondée initialement autour de solutions logicielles destinées à la gestion pharmaceutique, Tanel a progressivement développé ses activités jusqu’à devenir un assureur agréé. La start-up a constitué un réseau de plus de 1 200 prestataires de santé comprenant des pharmacies, des hôpitaux et des cliniques au Sénégal et en Côte d’Ivoire.
Son modèle repose sur une particularité importante : contrairement aux plateformes qui administrent des contrats pour le compte d’assureurs tiers, Tanel assume directement le risque d’assurance. La société couvre aujourd’hui environ 70 000 personnes dans plus de 400 entreprises. Parmi elles, environ 30 000 sont des clients payants, selon son cofondateur Mouhamed Ndoye.
Avant son rachat, Tanel avait levé 2,45 millions de dollars auprès d’investisseurs, dont 350 000 dollars lors d’un tour de pré-amorçage et 2,1 millions de dollars lors d’un financement réalisé en 2024. Alan avait participé à ce dernier tour et maintenu des relations étroites avec la start-up.
Tanel envisageait initialement de lancer une série A en 2026. L’approche d’Alan pour une éventuelle acquisition a toutefois conduit les fondateurs à privilégier le rapprochement avec l’assureur français, considéré comme une meilleure option pour accélérer l’expansion régionale.
L’opération devrait également modifier la structure de gestion des risques de Tanel. En rejoignant Alan, la start-up pourra notamment s’appuyer sur les relations internationales de réassurance du groupe français. Ce dispositif doit lui permettre de transférer une partie de son exposition au risque et de dégager davantage de capacités financières pour soutenir sa croissance.
Cette acquisition intervient quelques semaines après une importante levée de fonds d’Alan. L’assureur français a mobilisé 480 millions d’euros en juin, avec l’objectif notamment de financer des acquisitions, de développer ses activités dans les services de santé, d’investir dans l’intelligence artificielle et de pénétrer de nouveaux marchés.
Alan revendique plus de 1,2 million de membres en France, en Espagne, en Belgique et au Canada. Au premier trimestre 2026, son chiffre d’affaires annuel récurrent avait atteint plus de 927 millions de dollars, en progression de 53 % sur un an.
Après l’acquisition, Mouhamed Ndoye et Makhtar Diop conserveront leurs fonctions de directeurs généraux au sein d’Alan. L’équipe de Tanel devrait également rester en place et poursuivre ses activités.
La stratégie prévoit dans un premier temps de consolider les opérations au Sénégal et en Côte d’Ivoire avant d’attaquer de nouveaux marchés. Le Nigeria et le Kenya sont notamment identifiés parmi les destinations potentielles, parallèlement à d’autres pays francophones du continent.
Par David Yaméogo


