Ethiopian Airlines pourrait commander jusqu’à dix avions cargo long-courriers auprès de Boeing, dans le cadre de sa stratégie d’expansion du fret aérien. Le projet intervient alors que le premier transporteur aérien africain prépare également la montée en puissance d’un nouvel aéroport géant près d’Addis-Abeba, dont l’investissement est estimé à 12,5 milliards de dollars.
Selon des informations rapportées par Reuters, citant deux sources proches des discussions, le projet de commande pourrait porter sur deux Boeing 777F de génération actuelle ainsi que plusieurs 777-8F, le futur appareil cargo de l’avionneur américain. À ce stade, aucun accord définitif n’a toutefois été annoncé par Ethiopian Airlines ou Boeing. Le nombre d’appareils et leur répartition entre les deux modèles pourraient encore évoluer.
La compagnie éthiopienne aurait également étudié l’offre d’Airbus, notamment l’A350F. Cette mise en concurrence montre que Boeing, malgré une relation commerciale ancienne avec Ethiopian Airlines, ne dispose pas encore d’un contrat sécurisé. Pour Airbus, décrocher une commande de la première compagnie aérienne africaine constituerait une opération stratégique pour promouvoir son nouveau cargo long-courrier sur le continent.
Ethiopian Airlines dispose déjà d’une importante activité de fret, avec 12 Boeing 777F dédiés au transport de marchandises. Au cours de son exercice financier 2025/2026, la compagnie aurait transporté environ 897 000 tonnes de fret, en progression de 16 % sur un an. Son activité couvre notamment les fleurs, les produits pharmaceutiques, les fruits et légumes, les équipements industriels ainsi que les marchandises issues du commerce électronique.
Grâce à sa position géographique, Addis-Abeba sert de plateforme de correspondance pour les marchandises en provenance de plusieurs économies africaines. Ces cargaisons sont ensuite acheminées vers l’Asie, l’Europe, le Moyen-Orient et les Amériques. Ethiopian Airlines dispose par ailleurs d’infrastructures spécialisées pour la gestion des produits pharmaceutiques, des marchandises sensibles à la température et du transport d’animaux vivants.
Cette expansion du fret accompagne une croissance du groupe. Son chiffre d’affaires a progressé de 20 % lors de son dernier exercice, pour atteindre environ 9,1 milliards de dollars, tandis que le nombre de passagers transportés s’est établi à 20,7 millions. Le fret apparaît ainsi comme l’un des principaux leviers permettant à la compagnie de consolider sa position de premier groupe aérien du continent.
La perspective d’acquérir de nouveaux cargos est également étroitement liée au projet du nouvel aéroport international de Bishoftu, situé à environ 45 kilomètres au sud-est d’Addis-Abeba. Porté par Ethiopian Airlines, ce projet est évalué à 12,5 milliards de dollars et doit progressivement devenir l’une des plus importantes plateformes aéroportuaires d’Afrique.
La première phase, attendue à l’horizon 2030, devrait permettre d’accueillir jusqu’à 60 millions de passagers par an. À terme, les capacités pourraient atteindre 110 millions de passagers et 3,7 millions de tonnes de fret annuelles. L’objectif est notamment de répondre à la croissance du trafic et de réduire la pression exercée sur l’aéroport international d’Addis-Abeba Bole, dont les possibilités d’extension sont limitées par l’urbanisation environnante.
Ethiopian Airlines devrait prendre en charge environ 30 % du coût de cette nouvelle infrastructure, tandis que le financement restant devrait être mobilisé auprès de prêteurs internationaux. La Banque africaine de développement participe notamment aux efforts visant à réunir les ressources nécessaires à la réalisation du projet.
Dans cette perspective, l’augmentation de la flotte cargo permettrait à Ethiopian Airlines de disposer de capacités supplémentaires au moment où le nouvel aéroport entrera progressivement en service. La compagnie cherche ainsi à renforcer son rôle de plateforme de fret entre l’Afrique et les principaux marchés mondiaux, en se positionnant davantage face à des hubs comme Dubaï, Doha ou Istanbul.
Pour Boeing, une éventuelle commande éthiopienne intervient dans un contexte industriel particulier. Le 777F reste l’un des principaux appareils cargo long-courriers du marché, mais sa production est confrontée à l’évolution des normes internationales en matière d’émissions. L’avionneur américain cherche ainsi à obtenir une autorisation lui permettant de poursuivre la fabrication du modèle actuel au-delà de 2027, alors que le développement du 777-8F connaît des retards liés notamment à sa certification.
Une commande comprenant à la fois des 777F et des 777-8F pourrait donc offrir une solution de transition à Ethiopian Airlines. Les appareils de génération actuelle pourraient être livrés plus rapidement, tandis que les nouveaux 777-8F prendraient progressivement le relais une fois leur certification achevée.
Par Drissa Ouattara


