La 8e édition de la Semaine des activités minières d’Afrique de l’Ouest (SAMAO), couplée pour la première fois à la Semaine de l’énergie, des mines et des hydrocarbures de l’Alliance des États du Sahel (SEMH-AES), se tient du 14 au 19 septembre 2026. À cette occasion, le ministère de l’Énergie, des Mines et des Carrières a organisé, ce lundi 14 septembre 2026, une conférence publique sur le thème « Les ressources énergétiques, minières et les hydrocarbures de l’AES ».
La première communication, portée par le Dr Abdoulaye Compaoré, chercheur à l’Institut de recherche en sciences appliquées et technologies (IRSAT), a porté sur le « Potentiel énergétique de l’AES (solaire, hydroélectricité, biomasse, thermique, éolien, etc.) ».
D’entrée, le Dr Compaoré a situé l’énergie au cœur de toute activité économique, la qualifiant de « moteur de la transformation économique ». Selon les indicateurs qu’il a présentés, la Confédération des États du Sahel est riche en ressources énergétiques, mais l’accès à l’électricité y demeure limité : 34 % pour le Burkina Faso selon les données de 2024, 49,5 % pour le Mali et environ 21 % pour le Niger. « C’est un paradoxe que cela pose », a-t-il relevé, invitant à s’interroger sur la nature du problème avant d’examiner les potentialités de la région.
Un potentiel solaire et éolien considérable, mais intermittent
Le Dr Compaoré a d’abord mis en avant le potentiel solaire du Burkina Faso, qu’il a qualifié d’« exceptionnel », précisant que le Mali dispose également d’un potentiel important. En matière de ressources énergétiques techniquement valorisables, il a évoqué un potentiel solaire d’environ 95,9 GW.
Pour l’éolien, toujours dans le cas du Burkina Faso, le potentiel avancé est d’environ 1,97 GW. M. Compaoré a souligné que le solaire et l’éolien partagent un même caractère : leur intermittence, le soleil se couchant et le vent cessant de souffler, ce qui impose de recourir à d’autres sources. « Que faire ? On va d’abord trouver d’autres alternatives pour se substituer. On va donc faire appel à l’hydroélectricité qui est beaucoup plus flexible et qui permet un pilotage beaucoup plus facile », a-t-il préconisé.
Sur ce plan, a-t-il poursuivi, le Mali dispose du potentiel hydroélectrique le plus important de l’espace, autour de 1 050 MW, contre environ 148 MW pour le Burkina Faso et 130 MW pour le Niger, ce dernier potentiel étant couplé à un système solaire. S’agissant du solaire effectivement valorisé au Burkina Faso, le chercheur a présenté environ 206 MW, soit environ 0,80 % du potentiel technique disponible. « C’est vraiment un chiffre qui est criard et ça mérite notre réflexion et toute notre attention », a-t-il commenté.
Hydrocarbures et biomasse : des ressources à transformer davantage sur place
Concernant les hydrocarbures, le Dr Compaoré a indiqué que le Niger produit environ 110 000 barils par jour, dont 20 000 destinés au marché local, le reste étant exporté. « Là encore, il y a un problème : pourquoi exporter autant alors que nous pouvons donner la capacité donc de les transformer localement ? », s’est-il interrogé.
Sur la biomasse, il a évoqué un potentiel régional de 21,2 GW, réparti entre environ 2 250 MW pour le Burkina Faso, 2 195 MW pour le Mali et 16 698 MW pour le Niger, ce dernier pays se situant, selon lui, « vraiment loin en tête » sur ce plan. « Tous ces éléments réunis font de l’espace AES une puissance en termes de ressources énergétiques », a fait savoir Abdoulaye Compaoré, tout en insistant sur le fait que la possession de ressources abondantes ne garantit pas, en soi, la souveraineté énergétique. « Il va falloir que nous puissions d’abord transformer la ressource énergétique qui est brute en énergie utile. Et cette énergie utile va être transformée pour faire l’industrialisation, et ensuite pour propulser le développement », a-t-il ajouté.
Des défis multiples à surmonter
Le Dr Compaoré a identifié plusieurs défis à relever pour transformer ce potentiel en levier de développement. Il a d’abord cité le financement du secteur énergétique, qui exige des investissements élevés et un accès au crédit souvent long.
Il a ensuite pointé la qualité des réseaux de transport et de distribution, ainsi que la question du stockage, rendue d’autant plus pressante par la montée en puissance du solaire, une ressource qui, dit-il, n’est plus disponible « une fois la nuit tombée ». « Il va falloir que l’on puisse accélérer le développement des systèmes de stockage pour pouvoir répondre à la demande. Nous devons être capables de répondre à la demande des consommateurs à tout moment », a-t-il souligné.
À cela s’ajoutent, selon le chercheur, les enjeux de compétences en ingénierie et en maintenance, ainsi que les questions de gouvernance notamment en matière de politiques de tarification, de réglementation et des données de planification.
Il a en outre appelé à faire évoluer l’usage de l’énergie, de la consommation classique vers une utilisation productive, au bénéfice des industriels et des artisans, ainsi qu’à renforcer l’interconnexion des réseaux afin de permettre une mutualisation des excédents entre pays de l’espace, de réduire les coûts d’exploitation et de gérer les intermittences. « Cela peut permettre de créer un grand marché, un potentiel pour pouvoir donner à l’énergie toute sa valeur ajoutée », a indiqué le chercheur à l’IRSAT.

Énergie et industrialisation : une équation à double sens
Pour le Dr Compaoré, l’énergie et l’industrialisation sont indissociables : « sans énergie, pas d’industrialisation, et sans industrialisation, pas d’énergie ». Il a relevé que les équipements solaires utilisés dans la région sont presque exclusivement importés, à l’exception des cadres, souvent produits localement. « Il va falloir que nous pensions à nous donner les moyens de pouvoir produire, transformer et assurer la maintenance de tout ce qui est équipement énergétique », a suggéré M. Compaoré.
A ses dires, la dynamique doit changer pour se diriger vers la valorisation du potentiel local au bénéfice des secteurs de l’agro-industrie, du froid, de l’irrigation, de la transformation, du stockage ou encore des mines. « Il faut former, mettre des moyens pour pouvoir produire des batteries, des onduleurs, des équipements, etc. (…) Il y a également les différents services qu’on peut fournir, en termes de maintenance et de certification », a-t-il laissé entendre.
Concernant l’hydrogène vert dont la production nécessite elle-même de l’énergie, le Dr Compaoré a estimé que l’abondance de la ressource solaire régionale pourrait permettre, à terme, de rediriger un surplus de production vers ce potentiel émergent, encore « en phase d’expérimentation » dans la région, notamment au Burkina Faso.
Une trajectoire en trois horizons
Pour atteindre l’objectif de souveraineté énergétique, le Dr Compaoré a proposé une approche en trois temps. À court terme, il s’agit d’accélérer le déploiement du solaire photovoltaïque, de fiabiliser les réseaux existants et de déployer les interconnexions.
À moyen terme, l’objectif est de renforcer le marché régional pour permettre à l’espace AES de se positionner comme un hub de production et de vente d’énergie à l’échelle sous-régionale.
À long terme, enfin, il s’agit de faire de l’électricité une ressource disponible pour renforcer le savoir-faire local en matière d’équipements, c’est-à-dire produire et créer de la valeur ajoutée sur place.
Il a par ailleurs évoqué trois étapes pour une souveraineté énergétique à l’échelle de l’espace confédéral. D’abord une planification commune, fondée sur une vision partagée par les trois États et des données harmonisées. Ensuite la construction de réseaux interconnectés et de réseaux de distribution de qualité. Enfin, le développement de capacités de stockage permettant de répondre à la demande. « Nous pouvons retenir qu’une souveraineté durable va se reposer aussi sur les compétences et les standards », a-t-il conclu.
Par Léon Yougbaré


