Le groupe nigérian Dangote prévoit d’investir plus de 3,5 milliards de dollars, dans la construction d’un vaste réseau de pipelines destiné au transport de produits pétroliers raffinés en Afrique australe. L’infrastructure, longue d’environ 2 650 kilomètres, doit relier la Namibie, le Botswana et l’Afrique du Sud, dans le cadre d’une stratégie visant à développer un réseau panafricain de distribution de carburants.
Le projet a été dévoilé par Aliko Dangote, président-directeur général de Dangote Industries, lors d’une interview accordée à Bloomberg à l’occasion de l’édition spéciale du Qatar Economic Forum organisée en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York. Selon le milliardaire nigérian, ce projet constitue l’un des volets d’un programme qui pourrait porter à près de 4 000 kilomètres la longueur totale des pipelines développés par le groupe à travers le continent.
Le corridor sud-africain doit partir de Namibie, avant de traverser le Botswana et de rejoindre l’Afrique du Sud. Une autre branche est envisagée vers le Zimbabwe, puis la Zambie et enfin la République démocratique du Congo (RDC). Le réseau devrait ainsi créer un corridor destiné à acheminer des produits pétroliers vers plusieurs marchés enclavés d’Afrique australe.
Walvis Bay au cœur du dispositif
Le projet s’appuie notamment sur les infrastructures que Dangote envisage de développer à Walvis Bay, en Namibie. Le groupe travaille sur un important terminal de stockage de produits pétroliers dans cette zone portuaire, qui pourrait servir de point d’entrée et de redistribution des carburants vers les marchés intérieurs de la région.
Cette stratégie vise notamment à réduire la dépendance au transport routier pour l’acheminement des produits pétroliers sur de longues distances. Pour les pays enclavés, le recours aux pipelines pourrait contribuer à sécuriser les approvisionnements tout en réduisant certaines contraintes logistiques liées au transport par camions.
Le projet namibien s’inscrit dans des discussions engagées par Dangote avec des partenaires financiers. En avril 2026, The Namibian rapportait notamment une collaboration avec la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) autour d’une infrastructure évaluée à environ 3 milliards de dollars, comprenant notamment des installations de stockage à Walvis Bay.
Le tracé actuellement annoncé constitue une évolution des projets présentés par Dangote depuis 2025. À l’origine, le groupe envisageait notamment une liaison d’environ 2 000 kilomètres entre Walvis Bay, le Botswana et le Zimbabwe. Le projet s’est depuis élargi pour intégrer d’autres marchés, avec des extensions envisagées vers l’Afrique du Sud, la Zambie et la RDC.
Une stratégie panafricaine dans les hydrocarbures
L’ambition de Dangote dépasse toutefois l’Afrique australe. Le groupe prévoit également de développer une liaison par pipeline entre Djibouti et l’Éthiopie, accompagnée d’infrastructures de stockage de carburants. Aliko Dangote a indiqué que les travaux devaient débuter prochainement.
Un autre projet concerne le Kenya, où Dangote prépare la construction d’une raffinerie à Lamu, d’une capacité annoncée de 700 000 barils par jour. Le projet, dont l’investissement est estimé entre 15 et 16 milliards de dollars, doit permettre à terme d’approvisionner le Kenya et d’autres marchés de la région en produits raffinés. Des interrogations subsistent toutefois sur l’approvisionnement en pétrole brut et le financement du projet.
Cette multiplication des projets montre une volonté d’intégrer plusieurs maillons de la chaîne pétrolière : raffinage, stockage, transport et distribution. Au Nigeria, la raffinerie de Dangote dispose actuellement d’une capacité de traitement pouvant atteindre environ 700 000 barils par jour, tandis que le groupe prévoit de porter sa capacité à 1,4 million de barils par jour d’ici 2029.
Par Amhed Coulibaly


