Burkina Faso : Focus sur ces femmes qui occupent des postes de directrice générale au sein des banques et institutions de micro et mésofinance

Pendant longtemps, les postes de direction générale dans les banques burkinabè étaient presque exclusivement occupés par des hommes. Aujourd’hui, la réalité change lentement, mais sûrement. Elles s’appellent Noëllie Cécile Tiendrébéogo, Gisèle Gumedzoe/Ouédraogo, Rasmata Djibo, Kossomi Josiane Kadidiatou, Sondo Azaratou, Charlotte Semdé/Lompo ou encore Audrey Kambiré. Elles dirigent des banques commerciales, des institutions de mésofinance ou de microfinance. Elles pilotent des équipes de centaines de collaborateurs, arbitrent des risques financiers importants et orientent des stratégies qui influencent l’économie nationale. À travers cet article, plongez dans leurs parcours et leurs succès !

Noëllie Cécile Tiendrébéogo, première femme à diriger une banque au Burkina Faso

Lorsqu’elle est nommée en 2019 Directrice générale de United Bank for Africa Burkina Faso, elle entre dans l’histoire avec le titre de la première femme à diriger une banque au Burkina Faso.

Mais rien, dans son parcours, ne relève du hasard. Née en 1972 à Bobo-Dioulasso, elle se distingue très tôt par son sérieux. Elle obtient une maîtrise en gestion des entreprises puis un DESS en finance, comptabilité et contrôle de gestion à l’Université de Ouagadougou. Elle complète ensuite son profil par un International Certificate in Corporate Finance délivré par HEC Paris-First Finance Institute.

En 1998, elle débute à la Société Générale Burkina Faso, au back-office. Un poste discret, technique. Elle y apprend la rigueur bancaire, la gestion des opérations, le respect des procédures. Ce sont ces fondations qui vont structurer toute sa carrière.

Après huit années, elle rejoint Ecobank Burkina en 2007. Elle y gravit tous les échelons, commençant par responsable PME/PMI & particuliers, en passant par chef de division sociétés multinationales, administratrice exécutive, puis Directrice Corporate Bank. Son expertise en développement commercial et en gestion des risques s’affirme.

À UBA Burkina, elle prend la tête d’une équipe de près de 400 collaborateurs. Elle remobilise les troupes, améliore la rentabilité et redonne confiance aux équipes.

En août 2021, elle revient à Ecobank Burkina comme Directrice générale. La banque affichait au 31 décembre 2024 un total bilan de 1 156 milliards de FCFA. Maintenir ce niveau de performance dans un environnement marqué par la concurrence, la pression réglementaire et la transformation digitale demande une gestion fine et constante.

Sous son leadership, la rigueur, la discipline et les résultats sont maîtres mots. Classée dans le top 50 africain 2021 des meilleurs dirigeants de banque, elle incarne une nouvelle ère du management bancaire féminin.

Gisèle Gumedzoe/Ouédraogo, DG de Coris Bank International

Il y a des carrières construites dans la durée. Celle de Gisèle Gumedzoe/Ouédraogo en est l’illustration. Elle rejoint Coris Bank International Burkina Faso en mars 2008 comme responsable de l’exploitation. À l’époque, elle est au cœur des opérations. Elle comprend les contraintes quotidiennes, les attentes des clients, les réalités du terrain.

De 2011 à 2017, elle est Directrice de la clientèle. Elle développe le portefeuille, renforce les relations commerciales et participe activement à la croissance de la banque. Ensuite, comme Directrice générale adjointe en charge de l’exploitation, elle supervise les activités stratégiques.

Aujourd’hui, Gisèle Gumedzoe dirige la plus grande banque du Burkina qui affichait au 31 décembre 2024 un total bilan de 2 526,8 milliards de FCFA, avec un rôle de consolider cette performance, d’assurer la satisfaction des clients et de maintenir la banque dans le peloton de tête. Elle incarne un leadership stable, méthodique, axé sur la continuité et la maîtrise des risques.

Rasmata Djibo, celle qui pilote les activités de UBA Burkina Faso

Titulaire d’une licence et d’un master en administration des affaires, spécialisés en analyse et ingénierie financière de l’Université du Québec, Rasmata Djibo a bâti sa carrière sur des bases techniques solides.

Elle commence sa carrière dans le domaine de la banque en 2001 en tant que gestionnaire de comptes des petites et moyennes entreprises puis gestionnaire des risques opérationnels au sein de la Royal Bank du Canada.

Elle effectue un passage à la Standard Chartered Bank en Côte d’Ivoire, où elle a mis son expertise à profit en tant que responsable principal et gestionnaire de portefeuille, institutions financières.

Depuis 2017, au sein d’United Bank for Africa Burkina Faso, elle occupe des postes clés dans le développement commercial et la gestion des grands comptes. Elle travaille avec des entreprises locales et multinationales, structure des financements complexes et contribue à élargir le portefeuille clients.

Le 19 septembre 2024, elle est officiellement nommée Directrice générale. Dans un environnement compétitif, elle met l’accent sur la satisfaction client, l’innovation et l’amélioration continue. Elle s’implique également dans des initiatives en faveur de l’inclusion financière et de l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes. Son leadership combine vision stratégique et proximité opérationnelle. Ce leadership permet à la banque de se maintenir dans le Top 5 avec un total bilan de 626 milliards de FCFA au 31 décembre 2024.

Kossomi Josiane Kadidiatou, DG de BSIC Burkina

Son parcours traverse plusieurs institutions et plusieurs pays. Elle commence en 1998 comme assistante administrative et financière. Elle rejoint ensuite Ecobank-Niger, où elle occupe des fonctions juridiques et administratives stratégiques.

Elle devient successivement Chef de Service Administration du Crédit, puis Chef de Service Clientèle Privée. En 2004, elle rejoint BSIC-Niger, puis en 2007 Directrice juridique, recouvrement et contentieux. En novembre 2008, elle est nommée Directrice Générale Adjointe de BSIC-Niger. En 2017, elle prend la direction générale de BSIC-Togo. En octobre 2024, elle devient Directrice générale de BSIC Burkina SA. Pour cet exercice, l’établissement a affiché un total bilan de 316,9 milliards de FCFA et a été classé 11e banque du pays. Son expertise juridique et opérationnelle constitue un socle solide pour sécuriser les engagements et renforcer la stabilité de la banque.

Mésofinance et microfinance : Trois femmes au cœur de la transformation

Azaratou Sondo, directrice générale de la Faîtière des Caisses Populaires du Burkina

Azaratou Sondo est la directrice générale de la Faîtière des Caisses Populaires du Burkina, un réseau de coopératives d’épargne et de crédit dont les premières caisses ont été créées en 1972.

Son parcours professionnel a débuté en juillet 1996 au sein du Programme de développement rural de la Sissili, où elle a travaillé à la mise en place des Caisses villageoises d’Épargne et de Crédit autogérées en tant qu’homologue du chef de projet.

En 1999, elle rejoint le RCPB et occupe successivement plusieurs postes à responsabilité. De septembre 1999 à août 2004, elle est coordinatrice du programme d’épargne-crédit avec éducation à l’Union Régionale des Caisses Populaires du Nord. De septembre 2004 à juin 2010, elle devient directrice régionale des Caisses Populaires du Nord, contribuant activement à la consolidation et au développement des caisses de la région. Entre juillet 2010 et juillet 2015, elle est directrice Marketing et Communication à la Faîtière des Caisses Populaires du Burkina, chargée de l’élaboration et de la coordination des business plans ainsi que des politiques et stratégies marketing et communication. Elle occupe ensuite le poste de directrice générale adjointe en charge du Réseau à la Faîtière des Caisses Populaires du Burkina, du 1er août 2015 au 31 mai 2019, avant d’être nommée directrice générale le 1er juin 2019 par le Conseil d’administration du FCPB. En 2024, sous sa direction, la faîtière maintient son classement de première structure de microfinance sur le plan national et 3e dans l’UEMOA avec un total bilan de 151,1 milliards de FCFA.

Parallèlement à ses fonctions au sein de la FCPB, elle a assumé des responsabilités importantes dans le secteur financier et assurantiel. Elle est administratrice de CIF Assurance-Vie Burkina depuis juillet 2014 et en a été élue présidente le 11 décembre 2019. Elle est également administratrice de LAFINAO-SA depuis le 1er octobre 2014.

Sur le plan national et sous-régional, Azaratou Sondo a été présidente de l’Association professionnelle des Systèmes financiers décentralisés du Burkina de mai 2017 à mars 2021 et présidente de la Fédération des Associations professionnelles des systèmes financiers décentralisés de l’UEMOA de mars 2018 à mai 2021. Elle représente ces institutions et la Fédération UEMOA APSFD au sein des conseils d’administration de la Maison de l’entreprise du Burkina et du Fonds de garantie des dépôts et de résolution de l’UEMOA.

Elle est diplômée d’études supérieures de l’Institut technique des banques de Paris et détient également un Master en Sociologie ainsi qu’un Master en Communication d’entreprise et communication pour le développement humain durable.

En reconnaissance de son parcours et de ses réalisations, elle a été distinguée du grade de Chevalier de l’Ordre national par l’État du Burkina Faso le 11 décembre 2015.

Audrey Kambiré, DG de Faso Crédit

À la tête de Faso Crédit, Audrey Kambiré représente une nouvelle génération de dirigeantes en microfinance, capable de conjuguer expertise technique et vision stratégique. Forte de son expérience dans la gestion de portefeuilles d’entreprises et la structuration de financements, elle pose aujourd’hui les bases d’une croissance solide et maîtrisée pour l’institution.

Son parcours professionnel s’étend sur plus de douze années dans le secteur bancaire et la microfinance, au cours desquelles elle a occupé des postes de responsabilité croissante. Chez Witti Finances, elle a d’abord exercé comme Directrice de l’exploitation commerciale avant de devenir Directrice Clientèle Privée et Institutionnelle. À ces postes stratégiques, elle a joué un rôle déterminant dans la mise en place du plan stratégique de l’institution et dans le lancement de ses activités au Burkina Faso.

Audrey Kambiré a également construit une partie de son expertise à Banque Atlantique Burkina Faso, où elle a supervisé le service Grandes Entreprises. Elle y a géré des portefeuilles diversifiés, touchant des secteurs clés de l’économie nationale tels que les télécommunications, l’énergie, le BTP, les hydrocarbures, le transport et le secteur public. Cette expérience lui a permis de développer une compréhension fine des besoins des entreprises et des dynamiques sectorielles, renforçant sa capacité à structurer des financements adaptés et efficaces.

Son parcours académique reflète le même niveau d’exigence et d’excellence. Audrey Kambiré est titulaire d’un International Certificate in Corporate Finance délivré par HEC Paris/First Finance, d’un Diplôme de l’Institut Technique de Banque du CFPB Paris, d’un DESS en finance, comptabilité et contrôle, ainsi que d’une maîtrise en sciences de gestion de l’Université Ouaga II, obtenue en tant que major de promotion. Ces distinctions soulignent sa rigueur et son engagement dès ses premières années d’études, qualités qu’elle transpose aujourd’hui dans sa direction de Faso Crédit.

Charlotte Semdé/Lompo, DG de Champy Meso Finance

Charlotte Semdé/Lompo incarne une nouvelle génération de dirigeantes financières qui allient expertise technique, vision stratégique et connaissance fine du terrain. À la tête de Champy Meso Finance, elle s’appuie sur un parcours construit avec constance, rigueur et ambition.

Son socle académique témoigne déjà d’une orientation vers la performance et l’analyse stratégique. Titulaire d’un Master en marketing et intelligence des affaires, elle a choisi de renforcer son profil par des formations spécialisées en finance d’entreprise, en évaluation de projets et en finance climatique appliquée au secteur bancaire. Ce choix n’est pas anodin. Il traduit une volonté d’anticiper les mutations du secteur financier, d’intégrer les enjeux de durabilité et de maîtriser les mécanismes complexes du financement moderne.

Mais c’est surtout sur le terrain qu’elle a forgé son identité professionnelle. Au fil des années, elle a évolué dans des institutions financières de premier plan au Burkina Faso, où elle a développé une expertise approfondie du financement des particuliers, des PME et des entreprises structurées. Elle a appris à analyser les risques, à structurer des solutions adaptées et à accompagner des porteurs de projets dans des environnements parfois contraints.

Son passage dans la mésofinance a marqué une étape déterminante. En occupant des fonctions opérationnelles puis managériales, elle ne s’est pas contentée de gérer l’existant, elle a contribué au développement des portefeuilles, à l’amélioration des processus et à la consolidation des performances commerciales. Cette immersion dans les réalités du financement intermédiaire lui a permis de comprendre les besoins spécifiques des acteurs économiques locaux, notamment les PME, souvent au cœur de la dynamique nationale.

Son expérience en tant que cadre supérieur lui a ensuite donné une dimension plus stratégique. Elle y a affiné sa capacité à piloter des transformations, à accompagner la croissance d’institutions financières et à articuler vision à long terme et exigences opérationnelles. Cette double lecture, à la fois terrain et stratégique, constitue aujourd’hui l’un de ses principaux atouts.

À Champy Meso Finance, elle arrive avec cette maturité professionnelle et cette capacité à conjuguer performance et structuration. Son parcours, cohérent et progressif, révèle une dirigeante qui a gravi les échelons par le travail, l’expertise et la constance. Elle connaît les réalités du financement, maîtrise les enjeux de gouvernance et comprend les attentes d’un marché en mutation.

Son expérience guidera Champy Meso Finance, anciennement CPB-SA, qui a vu son capital passer de 88 millions à 2,293 milliards de FCFA grâce à une recapitalisation majeure, et dont le total bilan a atteint 8,6 milliards de FCFA en 2024.

Plus que des dirigeantes, elles sont des modèles

Ces femmes ne sont pas de simples exceptions. Leur présence à la tête de banques et d’institutions de micro et mésofinance transforme le paysage financier burkinabè. Elles démontrent chaque jour que la compétence n’a pas de genre et que le leadership se construit sur l’expertise, l’expérience et la vision. Par leurs décisions et leur capacité à piloter des institutions complexes, elles influencent directement la trajectoire économique du pays, tout en ouvrant la voie à d’autres femmes, inspirant de nouvelles ambitions et redéfinissant les standards du management dans un secteur longtemps dominé par les hommes.

Par Bernadette W. Gansonré

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