Le gouvernement a décidé de suspendre temporairement l’exportation de la tomate fraîche afin de sécuriser l’approvisionnement des unités industrielles nationales de transformation. L’annonce a été faite à travers un communiqué conjoint signé le 16 mars 2026 par les ministres en charge de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat et de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources animales et halieutiques.
Selon le communiqué, cette décision s’inscrit dans une stratégie visant à consolider la transformation locale et à renforcer la valeur ajoutée agricole. Dans le même temps, la délivrance des autorisations spéciales d’exportation (ASE) est également suspendue. Toutefois, les opérateurs économiques déjà détenteurs d’autorisations valides disposent d’un délai transitoire de deux semaines pour finaliser leurs procédures d’exportation. « Passé ce délai, l’autorisation est considérée comme caduque », avertit le communiqué officiel.
Protéger les producteurs et stabiliser les prix
Au lendemain de cette annonce, le ministère en charge de l’Agriculture a animé un point de presse le 17 mars 2026 à Ouagadougou afin d’apporter des éclaircissements sur les motivations économiques de la mesure. Le directeur général des productions végétales, Prosper Zemba, a insisté sur le fait que la décision ne vise pas à pénaliser les producteurs, mais plutôt à sécuriser leurs revenus. « Cette mesure de suspension des exportations ne vise pas à s’attaquer aux intérêts des producteurs, mais plutôt à protéger leurs intérêts », a-t-il déclaré.
Selon lui, l’expérience des campagnes précédentes a révélé des déséquilibres dans la chaîne de commercialisation, notamment sous l’effet de certains intermédiaires. « Nous avons vu des années où des producteurs ont appelé à l’aide à cause des intermédiaires qui ont travaillé à faire chuter le prix de la tomate, où la caisse était vendue à 2 500 FCFA », a-t-il rappelé.
Dans cette perspective, la suspension des exportations vise, selon lui, à orienter prioritairement la production vers les unités industrielles nationales, notamment la Société burkinabè de transformation de tomate (SOBTO) et la Société Faso Tomate (SOFATO).
Réduire la dépendance aux importations
Au-delà de la régulation du marché, Prosper Zemba a indiqué que l’enjeu pour les autorités est également macroéconomique. Le Burkina Faso demeure fortement dépendant des importations de concentré de tomate. « Par an, c’est 5 milliards FCFA que le Burkina Faso perd en devises dans l’importation des concentrés de tomates », a-t-il souligné. Pour lui, ces ressources pourraient être réinjectées dans l’économie nationale si la transformation locale se renforce.
Dans son intervention, il a fait savoir que les statistiques du ministère montrent que la production nationale de tomate atteint environ 400 000 tonnes par an. Sur les cinq dernières années, la consommation nationale s’est établie autour de 376 200 tonnes. Pourtant, a poursuivi M. Zemba, les deux unités industrielles ont besoin d’un volume annuel estimé entre 100 000 et 120 000 tonnes de tomate fraîche pour assurer leur fonctionnement optimal. « Ce sont entre 20 et 25 % de la production nationale qui sont sollicités par ces deux unités industrielles », a-t-il précisé. Le reste de la production reste donc disponible pour la commercialisation sur les marchés locaux ou régionaux.
Le directeur général des productions végétales a également rappelé que cette mesure intervient dans un contexte de concertation avec les organisations professionnelles agricoles. À ses dires, des consultations ont notamment eu lieu le 19 janvier dernier avec les interprofessions de producteurs de tomates, au cours desquelles les acteurs s’étaient engagés à contribuer à l’approvisionnement des unités industrielles.
Le gouvernement mise ainsi sur la responsabilité collective des producteurs pour garantir le succès de la mesure. « Le message que nous avons à l’endroit des producteurs de tomates et surtout des responsables de leurs faîtières, c’est de pouvoir satisfaire leurs engagements pris lors de la réunion du 19 janvier », a lancé le directeur général des productions végétales, les invitant à travailler à l’approvisionnement des unités industrielles.
Il a toutefois laissé entendre que la décision pourrait être de courte durée si les objectifs d’approvisionnement sont rapidement atteints. « Si dans deux semaines nous avons pu collecter l’ensemble des besoins de ces deux unités, les autorités pourraient lever la suspension et permettre aux producteurs de vendre le reste de leur production à qui ils veulent », a conclu Prosper Zemba.
Par Léon Yougbaré


