L’endettement des États africains sur les marchés internationaux poursuit sa progression, porté par des besoins de financement toujours plus pressants. Selon les dernières estimations de S&P Global Ratings, les émissions de dette commerciale à long terme devraient atteindre 155 milliards de dollars en 2026 contre 140 milliards de dollars en 2025.
Dans un rapport récent, l’agence de notation met en avant une dynamique alimentée à parts presque égales par les remboursements de dettes arrivant à échéance et par la persistance de déficits budgétaires à financer. Autrement dit, les États africains empruntent à la fois pour honorer leurs engagements passés et pour soutenir leurs politiques publiques dans un contexte économique encore contraignant.
Cette tendance s’inscrit dans une trajectoire plus large d’alourdissement du stock de dette. D’ici fin 2026, la dette commerciale souveraine du continent devrait dépasser 1 200 milliards de dollar, représentant près de 45 % du produit intérieur brut, y compris les engagements à court terme. Une progression qui traduit, selon S&P, une expansion régulière du profil d’endettement africain, à mesure que les gouvernements cherchent à financer le développement tout en gérant leurs passifs existants.
Dans le détail, les données révèlent que l’augmentation attendue des emprunts reflète avant tout les besoins croissants des économies africaines. Le volume annuel d’émissions reste néanmoins modeste à l’échelle mondiale. L’emprunt médian des 27 États africains notés s’établit autour de 1,5 milliard de dollars, un niveau nettement inférieur à celui observé dans les économies avancées. Cette différence s’explique en grande partie par la taille plus réduite des économies africaines, mais aussi par leur accès limité aux marchés de capitaux.
Le financement concessionnel, provenant des partenaires multilatéraux et bilatéraux, continue d’ailleurs de jouer un rôle central. Ce type de ressources, souvent accordé à des conditions plus favorables, permet d’atténuer le recours à des emprunts commerciaux plus coûteux et de contenir le poids global de la dette.
Mais les contraintes structurelles restent importantes. L’accès aux marchés financiers internationaux demeure onéreux pour les États africains, confrontés à des coûts d’emprunt plus élevés que leurs homologues des autres régions. À cela s’ajoute une base d’investisseurs encore étroite et spécialisée, ainsi que des marchés financiers domestiques peu profonds, limitant les alternatives de financement local. Ces facteurs rendent les émetteurs africains particulièrement sensibles aux chocs extérieurs, notamment à la volatilité des marchés et au durcissement des conditions de liquidité.
Dans ce contexte, la prudence reste de mise, même si certains grands pays devraient intensifier leur recours à la dette en 2026. Le Nigeria et l’Angola devraient ainsi accroître leurs emprunts sous l’effet de pressions budgétaires liées notamment aux cycles électoraux, dans un environnement où les recettes attendues du secteur pétrolier et des réformes fiscales pourraient décevoir. De son côté, le Ghana amorce un tournant, avec une reprise attendue des dépenses d’investissement après les politiques d’austérité engagées en 2025.
Par Amhed Coulibaly


