Le lundi 28 juillet 2025, les autorités maliennes ont officiellement lancé une opération d’emprunt obligataire d’un montant cible de 100 milliards FCFA, par appel public à l’épargne sur le marché financier de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA). Cette initiative vise à financer des projets d’infrastructures majeurs inscrits au budget national de l’exercice en cours.
L’opération s’articule autour de deux tranches distinctes. La première vise un montant de 70 milliards FCFA, à une maturité de 7 ans, assortie d’un taux d’intérêt brut annuel de 6,55 %. Quant à la seconde, elle ambitionne de mobiliser 30 milliards FCFA, sur une durée de 5 ans, au taux de 6,35 %.
Contrairement aux bons du Trésor à court terme, cette émission repose sur des maturités plus longues, traduisant un besoin accru en ressources stables pour l’État. Chaque tranche bénéficie d’un délai de grâce sur le remboursement du principal : trois ans pour l’obligation à 7 ans, et deux ans pour celle à 5 ans. Durant cette période, seuls les intérêts sont versés, permettant à l’État de lisser son profil de dette et de préserver sa trésorerie à court terme.
Cette initiative s’inscrit dans la continuité d’une stratégie de financement public déjà amorcée. Le Mali a récemment levé 38,5 milliards FCFA en juillet 2025 sur le même segment, renforçant progressivement sa courbe de rendement souveraine à la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM). Les rendements y oscillent entre 6,20 % (échéance 2029) et 6,55 % (échéances 2031-2032), indiquant une certaine stabilité des attentes des investisseurs à long terme.
Pour cette nouvelle sortie du Trésor malien, les titres sont émis à leur valeur nominale unitaire de 10 000 FCFA et s’adressent aussi bien aux investisseurs institutionnels qu’aux entreprises et aux particuliers des huit pays membres de l’UEMOA. Ils sont accessibles jusqu’au 8 août 2025. L’opération est supervisée par SGI Mali, la Société de gestion et d’intermédiation agréée sur le marché régional, conformément aux standards réglementaires de l’UMOA.
Ce recours renouvelé au marché obligataire intervient dans un contexte budgétaire particulièrement tendu. En 2025, le Mali fait face à un déficit public estimé à 3,4 % du PIB, aggravé par des inondations dévastatrices, la fermeture temporaire de certaines exploitations minières et des besoins accrus en dépenses d’investissement public.
Pour couvrir ses besoins immédiats en liquidités, le Trésor malien a également sollicité le marché des titres à court terme. Ainsi, quelques jours avant l’émission obligataire, une adjudication de bons du Trésor à 12 mois via UMOA-Titres a permis de mobiliser près de 15 milliards FCFA à un rendement moyen pondéré de 8,98 %. Ce taux plus élevé traduit la prime de risque exigée pour le court terme, mais aussi la pression conjoncturelle sur les finances publiques.
Malgré les multiples défis, le Mali conserve une capacité notable d’accès aux marchés financiers régionaux. Son profil d’émetteur est désormais bien établi à la BRVM, où une quinzaine d’obligations souveraines sont actuellement cotées. Le succès répété de ces opérations confirme la confiance des investisseurs dans la signature souveraine du pays, tout en permettant au Trésor de diversifier ses sources de financement au-delà de l’aide extérieure ou des ressources fiscales volatiles.
Par David Yaméogo


