La bataille autour du graphite guinéen prend une tournure judiciaire internationale. La société minière Falcon Energy Materials, cotée à la Bourse de Toronto, a officiellement saisi l’arbitrage international, réclamant 100 millions de dollars, soit environ 60 milliards de FCFA, après la perte de son projet de graphite à Lola.
La procédure a été introduite devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), juridiction de référence pour les litiges entre États et investisseurs. Pour étayer sa plainte, l’entreprise évoque une violation du traité bilatéral d’investissement liant la Guinée aux Émirats arabes unis, cadre juridique sur lequel elle fonde sa demande d’indemnisation.
Le différend trouve son origine dans une décision radicale prise par les autorités guinéennes en mai 2025. Un décret présidentiel a alors révoqué plus de cinquante permis miniers à travers le pays, dont celui détenu par Falcon Energy sur le gisement de Lola. La société affirme ne pas avoir été formellement notifiée avant la publication du texte et dénonce une mesure contraire au Code minier guinéen.
Depuis, le dialogue est au point mort. Malgré plusieurs tentatives de règlement à l’amiable, aucune issue n’a été trouvée. « Il est apparu clairement que la Guinée ne verserait aucune indemnisation », a indiqué l’entreprise, qui assure avoir épuisé les voies de négociation avant de porter l’affaire devant l’arbitrage.
Pour mener cette bataille juridique, Falcon Energy s’est entourée du cabinet suisse LALIVE, spécialisé dans les contentieux internationaux complexes. La procédure s’annonce longue et coûteuse, mais la société affirme disposer des ressources nécessaires pour aller jusqu’au bout, après une récente levée de fonds auprès de ses actionnaires.
Aujourd’hui, c’est tout un projet industriel qui se retrouve à l’arrêt. Le site de Lola constituait le pilier de la stratégie du groupe, avec l’ambition de bâtir une chaîne de valeur intégrée dans les matériaux pour batteries. Le graphite extrait en Guinée devait alimenter une usine de transformation au Maroc, destinée à produire du graphite sphéronisé pour les batteries lithium-ion.
Avec des investissements estimés à plus de 250 millions de dollars, soit environ 150 milliards de FCFA, le projet visait un marché stratégique en pleine expansion. L’initiative de Falcon s’inscrivait dans une logique de diversification des sources d’approvisionnement pour les industriels occidentaux. Mais, cette ambition se heurte désormais à une réalité plus incertaine.
Par Bernadette W. Gansonré
Taux de change : 600 FCFA


