La Guinée améliore sa perspective de notation souveraine auprès de l’agence internationale Standard & Poor’s. Après avoir obtenu en septembre dernier une notation inaugurale de B+ avec perspective stable, le pays voit désormais cette perspective relevée à positive, tandis que les notes B+/B sont confirmées.
Cette notation constitue un signal encourageant pour la Guinée, car elle reflète une amélioration de la perception de son économie par les marchés financiers internationaux. Elle indique que le pays est capable de faire face à ses engagements financiers dans les conditions actuelles, même s’il présente encore certains risques.
Selon l’agence de notation, cette évolution reflète la solidité de plusieurs fondamentaux économiques du pays, notamment la vigueur du secteur minier, la progression rapide des recettes publiques, la maîtrise du déficit budgétaire et un niveau de dette publique relativement faible.
Les perspectives positives reposent également sur une amélioration plus rapide que prévu de la position extérieure de la Guinée. Les réserves de change ont fortement progressé au cours de l’année écoulée pour atteindre plus de 4,1 milliards de dollars, contre 1,5 milliard en 2024 et une estimation précédente de 2,2 milliards. Cette hausse est largement liée à la performance du secteur minier et aux flux importants d’investissements directs étrangers associés au projet de fer de Simandou.
Dans le même temps, les perspectives de croissance économique demeurent particulièrement favorables. L’expansion de la production minière, le développement rapide des capacités de raffinage et la réalisation de grands projets d’infrastructures devraient soutenir l’activité économique dans les années à venir. Standard & Poor’s anticipe ainsi une croissance moyenne du PIB réel d’environ 9,75 % sur la période 2026-2029, un niveau supérieur à celui de nombreux pays comparables.
La progression des recettes publiques constitue également un facteur important dans l’amélioration de la perception du risque souverain. En 2025, elles ont augmenté de 46 %, soutenues à la fois par les réformes fiscales et par la hausse des revenus tirés du secteur minier. Malgré cette progression, le ratio recettes/PIB reste encore relativement faible au regard des standards internationaux.
La situation budgétaire du pays reste toutefois globalement maîtrisée. Standard & Poor’s prévoit un déficit budgétaire moyen légèrement supérieur à 2 % du PIB entre 2026 et 2029. Dans le même temps, la dette publique demeure modérée. Après la révision à la hausse du produit intérieur brut à la suite d’un changement d’année de base statistique, elle est désormais estimée à environ 36 % du PIB, avec une projection de baisse autour de 32 % d’ici 2029.
L’amélioration du cadre macroéconomique est également soutenue par l’accumulation des réserves extérieures et la dynamique des exportations minières. Le secteur représente environ 90 % des recettes en devises du pays, ce qui contribue à renforcer la position extérieure, mais constitue également un facteur de vulnérabilité face aux fluctuations de la demande mondiale et des prix des matières premières.
Le projet minier de Simandou occupe une place centrale dans ces perspectives économiques. Entré en production au quatrième trimestre 2025, ce gisement de minerai de fer est estimé à 2,8 milliards de tonnes de ressources de haute qualité. Le projet, qui comprend également une ligne ferroviaire transguinéenne de 650 kilomètres et un port en eau profonde au sud de Conakry, représente un investissement total d’environ 20 milliards de dollars. La production devrait progressivement atteindre 120 millions de tonnes par an d’ici 2029.
La Guinée demeure également l’un des principaux producteurs mondiaux de bauxite et un producteur important d’or. La production de ces minerais devrait continuer à progresser grâce à de nouveaux projets et au développement des infrastructures de transport. Plusieurs projets industriels sont également en cours, notamment des raffineries de bauxite et une raffinerie d’or dont la mise en service est prévue à partir de 2027.
Malgré ces perspectives favorables, Standard & Poor’s souligne plusieurs défis structurels. Le niveau de développement du pays reste faible, avec un PIB par habitant estimé à environ 2 800 dollars en 2026. Les besoins en infrastructures et en services sociaux demeurent importants et l’économie reste peu diversifiée.
L’agence note également que les indicateurs de gouvernance restent relativement faibles, même si la transition politique devrait s’achever après les élections législatives et locales prévues en mai 2026, et que la dynamique de réformes engagée ces dernières années devrait se poursuivre.
Par ailleurs, l’économie guinéenne demeure exposée à certains risques extérieurs. Une hausse durable des prix du pétrole pourrait alourdir la facture des importations et exercer des pressions sur le budget et l’inflation. À l’inverse, l’augmentation des prix de l’or et de la bauxite pourrait soutenir les recettes d’exportation.
Dans ce contexte, le gouvernement a lancé le plan national de développement Simandou 2040, une stratégie d’investissement estimée à plus de 200 milliards de dollars. La première phase, prévue entre 2025 et 2030, doit mobiliser environ 65 milliards de dollars pour financer des infrastructures de transport, des projets énergétiques, des zones économiques spéciales et le développement agricole.
Selon Standard & Poor’s, la réussite de ce programme pourrait contribuer à lever plusieurs contraintes structurelles et soutenir les perspectives de croissance à long terme, à condition que son financement et sa mise en œuvre soient maîtrisés.
En définitive, cette notation pourrait faciliter l’accès du pays aux financements extérieurs et renforcer la confiance des investisseurs, notamment dans des secteurs stratégiques comme les mines, les infrastructures ou l’énergie.
Par Bernadette W. Gansonré


