Dans un contexte de forte pression budgétaire, Yaoundé s’ouvre davantage aux financements extérieurs pour sécuriser sa trésorerie, renforçant ainsi son ancrage sur les marchés financiers internationaux. Dans un décret signé le 19 mai 2025, le président Paul Biya a autorisé le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, à mobiliser jusqu’à 200 milliards FCFA (environ 345 millions de dollars) auprès d’investisseurs internationaux. L’objectif est de couvrir les besoins de trésorerie de l’État au titre de l’exercice en cours. Cette initiative, bien qu’ambitieuse, s’inscrit dans une trajectoire budgétaire marquée par la progression continue de la dette publique. Selon les données de la Caisse autonome d’amortissement (CAA), l’encours de la dette du secteur public s’élevait à 14 442 milliards FCFA à fin mars 2025, soit 44,7 % du PIB. Une hausse de 5,7 % sur un an, qui traduit le recours croissant à l’endettement comme levier de financement public.
Cette levée de fonds à l’international vient compléter une stratégie de mobilisation plus large sur le marché régional. En effet, le Trésor camerounais prévoit d’émettre cette année pour 1 130 milliards FCFA de titres publics sur le marché de la BEAC. Ce volume se répartit entre 750 milliards FCFA en Bons assimilables du Trésor (BAT) et 380 milliards FCFA en Obligations assimilables du Trésor (OAT). Pour le seul premier trimestre, les émissions prévues atteignent 230,4 milliards FCFA.
Mais cette stratégie se heurte à un double resserrement : celui de la politique monétaire sous-régionale et celui du cadre prudentiel bancaire. Avec une inflation persistante, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a durci sa politique, entraînant une flambée des taux d’intérêt. En octobre 2024, les BAT camerounais offraient un rendement moyen de 6,9 %, un niveau inédit depuis plus de dix ans. Ce renchérissement du coût du crédit accroît mécaniquement le service de la dette, réduisant la marge de manœuvre budgétaire de l’État.
Parallèlement, la nouvelle réglementation prudentielle de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), qui impose des pondérations de risque souverain allant jusqu’à 100 %, refroidit l’appétit des banques pour les titres d’État. Résultat : un climat de financement régional de plus en plus sélectif, où les États doivent ajuster leurs offres pour rester compétitifs face à des investisseurs plus prudents et exigeants. Dans ce contexte, l’option internationale s’apparente à une voie de diversification nécessaire, bien que plus exposée à la volatilité des marchés mondiaux. Pour le Cameroun, il s’agit de conjuguer besoin de liquidités immédiat et soutenabilité de la dette à moyen terme.
Par Léon Yougbaré


