Notation de crédit : « L’Afrique a besoin d’une notation qui reflète sa réalité », Dr Yemi Kale, économiste en chef du groupe Afreximbank

Les pays africains paient trop cher leur accès aux financements internationaux, et ce n’est pas toujours à cause de leurs fondamentaux économiques. C’est le constat sans détour posé par Dr Yemi Kale, économiste en chef du groupe Afreximbank, lors d’un échange avec la presse en marge des Assemblées Annuelles 2025 de la banque.

En présentant le rapport phare sur le commerce africain 2025, intitulé « Le commerce africain dans une architecture financière mondiale en mutation », Dr Kale a pointé du doigt les modèles de notation de crédit utilisés par les grandes agences internationales. Selon lui, ces modèles sont inadaptés au contexte africain et alimentent une perception exagérée du risque, qui se traduit par un renchérissement artificiel du coût du capital pour les économies du continent.

« Lorsqu’on augmente le coût des fonds que les banques africaines doivent mobiliser, et que ces banques doivent ensuite prêter aux États, cela devient un fardeau », a-t-il expliqué. Pour Kale, il est urgent que l’Afrique se dote de sa propre agence de notation, structurée autour de ses réalités économiques et institutionnelles. « L’Asie l’a fait. Il n’y a aucune raison que nous n’en soyons pas capables », a-t-il insisté.

Le projet d’une agence de notation africaine ne sera pas sans résistance, reconnaît le Dr Kale. Mais il reste convaincu que l’adoption progressive de cette alternative par les pays africains contraindra, à terme, les marchés mondiaux à lui accorder du crédit. « La crédibilité se construit avec le temps et la transparence », a-t-il affirmé.

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En attendant, l’Afrique peut diversifier ses sources de financement, en réduisant sa dépendance aux euro-obligations souvent coûteuses. Kale recommande de miser sur des partenariats stratégiques avec la Chine notamment et de mobiliser davantage les ressources locales. Il souligne également les efforts des institutions financières africaines pour lever davantage de capitaux et renforcer leur capacité de prêt.

Malgré les vents contraires de l’économie mondiale, Dr Kale se veut optimiste : « Le faible niveau d’intégration de l’Afrique dans le système financier mondial, longtemps considéré comme un handicap, devient aujourd’hui un atout. Les tensions géopolitiques et commerciales nous affectent moins directement. »

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Autre facteur de résilience : la montée en puissance du commerce intra-africain. Pour la première fois, selon lui, le Nigeria commerce davantage avec des pays africains qu’avec d’autres régions du monde. Une évolution qu’il juge prometteuse dans un contexte de mutation de l’ordre économique mondial. Le rapport 2025 d’Afreximbank se veut une boussole pour les États, les décideurs et les entreprises africaines, appelés à naviguer dans un environnement financier global en plein bouleversement.

Par Drissa Ouattara, Abuja ,Nigeria

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