Réassurance au Cameroun : avec un manque à gagner estimé à 119 milliards FCFA entre 2019 et 2023, le gouvernement défend un projet de loi visant à limiter les pertes de devises

Le gouvernement camerounais renforce son arsenal réglementaire pour limiter les pertes de devises dans le secteur de la réassurance. Le 23 juin 2025, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a présenté devant la Commission des finances et du budget de l’Assemblée nationale un projet de loi visant à instituer une Cession Légale Obligatoire sur les primes, cotisations et traités de réassurance. Objectif affiché : endiguer un manque à gagner évalué à 119 milliards FCFA sur la période 2019-2023, du fait d’un recours à la réassurance à l’international par les sociétés d’assurance opérant au Cameroun, jugé excessif. Ainsi, la nouvelle loi, si elle est adoptée, entend obliger les assureurs exerçant au Cameroun à céder une part déterminée de leurs primes ou cotisations à un organisme public de réassurance, à l’instar de ce que pratiquent d’autres marchés de la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (CIMA).

Actuellement, le recours massif à des réassureurs étrangers entraîne une fuite annuelle de devises estimée à 45 milliards FCFA, affaiblissant les capacités d’investissement domestique et la souveraineté financière de l’État. « Jusque-là, toutes les primes et contrats de réassurance étaient faits en faveur des entreprises étrangères. Vous pouvez comprendre qu’il y avait beaucoup d’argent qui partait à l’étranger. Ce que nous essayons de faire maintenant, c’est de retenir une partie de ces primes au Cameroun, d’où ce terme de cession légale », a souligné Louis Paul Motaze.

En plus de limiter les sorties de capitaux, la loi doit permettre à l’État camerounais de mieux surveiller l’activité du secteur des assurances, en ayant un droit de regard sur les traités souscrits. L’objectif à moyen terme est de favoriser le réinvestissement des capitaux collectés dans l’économie réelle, à travers des instruments de financement productifs. Le Cameroun, deuxième marché d’assurance de la zone CIMA, amorce ainsi un tournant stratégique dans la réappropriation de son épargne nationale, dans un contexte régional marqué par la recherche de marges de manœuvre budgétaires et de consolidation monétaire.

Par Léon Yougbaré

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