Commerce Afrique-Caraïbes : Pamela Coke-Hamilton et le Pr Benedict Oramah appellent à un changement de paradigme lors du Forum AfriCaribbean sur le commerce et l’investissement (ACTIF)

Dans un contexte de turbulences géoéconomiques et de fragmentation des chaînes d’approvisionnement mondiales, l’Afrique et les Caraïbes redécouvrent leur potentiel commun. Longtemps distantes sur le plan commercial malgré une histoire socioculturelle étroitement liée, les deux régions amorcent une reconfiguration stratégique de leurs échanges. Une dynamique incarnée par les initiatives de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) et du Centre du commerce international (ITC), qui placent le commerce interrégional à valeur ajoutée au cœur de la coopération Sud-Sud. C’est du moins ce que pensent Pamela Coke-Hamilton, directrice générale de l’ITC, et le professeur Benedict Oramah, président et président du conseil d’administration d’Afreximbank.

Aujourd’hui, les flux commerciaux entre l’Afrique et les Caraïbes ne représentent qu’une infime partie de leurs échanges extérieurs – autour de 6 %, selon les données croisées issues d’une étude menée par Afreximbank et l’ITC. Pourtant, les projections identifient une croissance potentielle de 2,1 milliards de dollars, soit environ 1 260 milliards FCFA, d’ici cinq ans. Cette évolution suppose toutefois, selon Pamela Coke-Hamilton et le professeur Benedict Oramah, une levée des barrières tarifaires, une harmonisation réglementaire ainsi qu’une montée en gamme de la structure des exportations.

Actuellement dominé par les matières premières brutes, le commerce entre les deux zones demeure sous-optimal. Face à cet état de fait, un changement de paradigme est nécessaire : il s’agit désormais d’investir dans des chaînes de valeur régionales, dans des secteurs où les complémentarités existent déjà, tels que les minéraux, les aliments transformés, les produits manufacturés, les transports, les voyages et les industries créatives. Cela suppose également des politiques industrielles coordonnées et un financement adéquat.

Des convergences stratégiques en gestation
L’Afrique progresse dans la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), considérée comme le levier le plus ambitieux d’intégration régionale depuis l’indépendance du continent. Elle offre aux États membres un meilleur pouvoir de négociation dans les enceintes multilatérales, tout en renforçant les liens Sud-Sud. Dans les Caraïbes, où 40 % des exportations sont dirigées vers les États-Unis, la montée des tarifs douaniers – désormais fixés à 10 % pour l’ensemble des pays de la zone – met les pays en situation de vulnérabilité, poussant les gouvernements à diversifier leurs débouchés. À cela s’ajoute la vulnérabilité structurelle de leurs économies insulaires, soumises aux chocs climatiques, aux fluctuations logistiques et à une dépendance aux importations. Cette conjoncture rend impératif le renforcement des relations commerciales avec le continent africain.

Afreximbank, catalyseur de la nouvelle convergence
Depuis l’ouverture de son bureau régional à la Barbade, Afreximbank joue un rôle pivot dans la création d’un corridor commercial Afrique-Caraïbes. Ce projet est soutenu par la mise en place du Centre africain du commerce (AATC) et de la future CARICOM Eximbank, filiale de la banque panafricaine dédiée au financement du commerce caribéen. Dans le même esprit, le Système de paiement et de règlement de la CARICOM (CAPSS), développé en partenariat avec les banques centrales caribéennes, vise à renforcer et améliorer l’efficacité des paiements intra-CARICOM en monnaies nationales. Son intégration avec le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) devrait réduire les coûts de transaction, renforcer l’efficacité des règlements transfrontaliers et encourager les investissements interrégionaux.

Par ailleurs, la faiblesse des infrastructures demeure l’obstacle principal à l’expansion des échanges entre les deux régions. Alors que 57 % du potentiel commercial non réalisé découle de contraintes logistiques selon les données de l’ITC, l’absence de liaisons maritimes et aériennes directes entre l’Afrique et les Caraïbes est un frein structurel, malgré leur proximité géographique (à peine 2 600 kilomètres). De plus, les données de la Banque mondiale indiquent que ces deux régions sont classées parmi les plus faibles au monde en termes d’efficacité des transports, car elles affichent un faible score à l’indice logistique.

Pour y remédier, Afreximbank dispose d’une facilité de crédit de 3 milliards de dollars, soit environ 1 800 milliards FCFA, en faveur des pays de la CARICOM. Cet accord vise à améliorer les infrastructures commerciales et la compétitivité des petites entreprises.

Textile, céramique, mode, design, artisanat, travail du bois… autant de secteurs où les synergies entre l’Afrique et les Caraïbes sont naturelles. Avec le programme Creative Africa Nexus (CANEX), Afreximbank entend doubler ses financements, passant de 1 à 2 milliards de dollars sur trois ans, pour structurer les écosystèmes créatifs africains et de la diaspora. Un fonds de capital-investissement de 500 millions de dollars destiné à l’industrie cinématographique vient compléter ce dispositif. Le potentiel culturel devient ici un levier de développement économique, mais aussi de diplomatie commerciale. L’objectif est clair : faire émerger un marché transatlantique des biens culturels, en valorisant les identités et le patrimoine commun.

Le Forum AfriCaribbean sur le commerce et l’investissement (ACTIF), qui se tient du 28 au 30 juillet 2025 à Saint-Georges (Grenade), devrait consolider cette dynamique. À travers cette coopération renforcée, les deux régions entendent bâtir un modèle alternatif, résilient et ambitieux, à l’image d’un monde en quête de nouvelles alliances.

Par David Yaméogo

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