La République démocratique du Congo (RDC) se trouve à la croisée des chemins économiques. Portée par la vigueur de son secteur minier, notamment dans l’exploitation du cuivre et du cobalt, l’économie congolaise affiche un taux de croissance robuste de 6,5 % en 2024. Cependant, cette dynamique ne suffit pas à impulser un développement équitable ni à répondre aux défis sociaux majeurs du pays. Tel est le constat dressé par le dernier rapport de la Banque mondiale intitulé « Réévaluer les incitations fiscales — Des résultats en deçà des promesses de croissance et d’équité ».
Le rapport souligne en effet que la croissance du PIB reste l’une des plus élevées du continent africain, bien qu’en léger retrait par rapport à la moyenne de 7,9 % enregistrée entre 2021 et 2023. Cette performance est principalement attribuable à l’essor du secteur extractif, qui continue de jouer un rôle moteur dans l’économie nationale.
Toutefois, cette dynamique n’a pas permis de réduire sensiblement la pauvreté ni de générer des opportunités d’emplois à grande échelle. Le contraste est d’autant plus marquant que la stabilité macroéconomique, saluée par l’institution de Bretton Woods, a été préservée grâce à une discipline budgétaire rigoureuse et à l’absence de recours au financement monétaire du déficit public. L’inflation, bien que toujours présente, a reculé à 8,6 % en juin 2025, témoignant d’un certain retour à la stabilité des prix.
Des incitations fiscales coûteuses et inefficaces
L’une des faiblesses structurelles identifiées par le rapport réside dans la gestion des incitations fiscales. Celles-ci, censées stimuler les investissements et la création d’emplois, ont souvent produit des effets limités tout en pesant lourdement sur les finances publiques. À ce jour, les recettes fiscales de la RDC représentent seulement 12,5 % du PIB, contre une moyenne de 16 % pour les pays d’Afrique subsaharienne.
Le manque à gagner fiscal induit par ces mesures est estimé à environ 5 % du PIB, soit près d’un tiers des recettes fiscales totales. Ce chiffre équivaut à trois fois le budget alloué au secteur de la santé, un écart révélateur de la faible efficacité de ces dispositifs. En outre, les avantages directs pour les ménages vulnérables restent marginaux, renforçant le sentiment d’iniquité dans la répartition des ressources publiques.
Face à cette situation, la Banque mondiale plaide pour une révision stratégique de la politique fiscale congolaise. Elle préconise à cet effet une rationalisation des incitations fiscales, avec pour objectif de renforcer l’efficacité de la collecte des recettes tout en assurant une meilleure équité dans l’effort fiscal. Cette réforme offrirait également la possibilité d’abaisser progressivement les taux d’imposition tout en maintenant des ressources suffisantes pour financer les services sociaux et les infrastructures.
Parmi les recommandations clés figurent la simplification de la politique fiscale, l’harmonisation des taux d’imposition, la substitution des incitations basées sur le profit par des incitations fondées sur les coûts, ainsi que l’amélioration de la transparence et de l’évaluation de ces mesures.
Par David Yaméogo


