Commerce : les réserves de change de l’Afrique estimées à 430,5 milliards de dollars en 2024

Après une période de fragilité marquée par la pandémie et les tensions géopolitiques, l’Afrique retrouve des marges de manœuvre financières. Selon le Rapport 2024 sur le commerce africain de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), le continent a enregistré une hausse significative de ses réserves de change, soutenue par une conjoncture internationale plus favorable et des politiques macroéconomiques relativement stables.

Les réserves africaines, qui avaient reculé de 2,6 % en 2022, se sont redressées de manière continue au cours des deux dernières années. Elles ont atteint 407,6 milliards de dollars en 2023, soit une progression de 1,8 %, avant de bondir de 5,6 % en 2024 pour s’établir à 430,5 milliards de dollars, équivalant à environ 258 300 milliards FCFA.

Cette reprise a été favorisée par plusieurs facteurs, notamment la stabilisation des prix mondiaux des matières premières, une meilleure performance des exportations et une amélioration des flux d’investissements étrangers. Toutefois, Afreximbank souligne que cette embellie n’est pas uniforme : certains pays continuent de subir une forte inflation et des tensions liées à l’endettement extérieur. La Libye domine le classement continental avec des réserves de 80,9 milliards de dollars (48 540 milliards FCFA) sur la période 2022-2024.

La fermeté des prix du pétrole, soutenue par les coupes de production de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et de ses alliés, a largement bénéficié aux pays africains producteurs d’or noir. En 2024, le Tchad s’est distingué par une progression spectaculaire de ses réserves, en hausse de 85 %. La République du Congo a suivi avec une augmentation de 60 %, tandis que la Guinée équatoriale et le Cameroun ont respectivement enregistré des croissances de 35 % et 30 %. De son côté, l’Algérie a consolidé sa position avec une hausse de 14 %, alors que l’Angola et la Libye ont connu des progressions plus modérées, de 4,5 % et 2 % respectivement.

Au-delà du pétrole, la dynamique a également concerné plusieurs pays non exportateurs. Le Cap-Vert a vu ses réserves croître de 24 %, tandis que la Tunisie a enregistré une impressionnante hausse de 30 %. Le Rwanda, le Maroc, l’Afrique du Sud et l’Ouganda ont aussi renforcé leurs positions, avec des augmentations respectives de 17 %, 13 %, 8,5 % et 9 %.

Sur le marché des changes, l’année 2024 a marqué une accalmie relative après la forte volatilité observée entre 2022 et 2023. Plusieurs devises se sont appréciées face au dollar américain, traduisant une amélioration des équilibres extérieurs. L’Algérie et le Kenya figurent parmi les meilleures performances, avec une appréciation respective de 1,32 % et 3,48 %. Le franc CFA, utilisé par 15 pays d’Afrique francophone et arrimé à l’euro, a également progressé légèrement de 0,04 %.

À l’inverse, de nombreux pays restent exposés à une forte dépréciation monétaire, alimentée par la faiblesse des réserves, des sorties de capitaux et le poids du service de la dette extérieure. En 2024, les baisses les plus marquées ont été observées au Nigeria (-131,81 % pour le naira), au Soudan du Sud (-131,10 %), au Zimbabwe (-55,59 %), en Égypte (-47,88 %), au Ghana (-28,58 %) et en Angola (-26,98 %).

Si la dynamique actuelle des réserves constitue un signal positif, Afreximbank insiste sur la nécessité de réformes structurelles pour consolider ces acquis. L’Afrique doit renforcer sa résilience face aux chocs externes – qu’ils soient liés aux fluctuations des matières premières, aux tensions géopolitiques ou au durcissement des conditions financières mondiales.

Par David Yaméogo

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