Banque africaine de développement : le Dr Sidi Ould Tah place son mandat sous le signe de la résilience et de la transformation

La Banque africaine de développement (BAD) a tourné une nouvelle page de son histoire avec l’entrée en fonction de son neuvième président, le Mauritanien Dr Sidi Ould Tah, élu le 29 mai 2025 lors des 60ᵉ Assemblées annuelles de l’institution à Abidjan. Avec plus de 76 % des voix, dont 72 % du collège régional, le nouveau dirigeant bénéficie d’une légitimité forte pour succéder au Nigérian Dr Akinwumi Adesina, qui a marqué la décennie écoulée par une série de réformes et de projets emblématiques en faveur du développement du continent.

La cérémonie de prestation de serment, organisée ce 1er septembre à Abidjan, siège de la BAD, a rassemblé plusieurs chefs d’État et de gouvernement, dont le président ivoirien Alassane Dramane Ouattara, le Premier ministre Robert Beugré Mambé, ainsi que le président de la Mauritanie. De nombreuses autorités financières et institutionnelles africaines ont également pris part à l’événement.

Dans son allocution, Ludovic Ngatsé, ministre délégué chargé du Budget du Congo-Brazzaville et président du Conseil des gouverneurs de la BAD, a insisté sur l’ampleur des défis auxquels fait face l’Afrique : insécurité liée au terrorisme, guerre commerciale et volatilité des matières premières, effets du changement climatique, crise énergétique, mobilisation des ressources financières et réduction de l’aide publique au développement, entre autres. « Si vous avez été porté à la tête de cette prestigieuse institution, c’est que vous l’avez mérité. Votre programme intitulé Les quatre points cardinaux a convaincu l’ensemble des gouverneurs qu’il est le mieux à même d’apporter des réponses concrètes aux incertitudes de notre temps », a déclaré M. Ngatsé, réaffirmant le soutien unanime des actionnaires.

Dans son discours d’investiture, le Dr Sidi Ould Tah a salué l’œuvre de ses prédécesseurs tout en soulignant la gravité des enjeux actuels. Pour lui, la BAD doit contribuer à un changement de paradigme en plaçant la paix au cœur des investissements : « Il n’y a pas de développement sans paix et il n’y a pas de paix sans développement », a-t-il martelé.

Conscient des pressions multiples – dette croissante, ralentissement de l’aide internationale, défis climatiques, retard dans l’atteinte des Objectifs de développement durable –, le nouveau président a proposé une approche fondée sur les quatre points cardinaux, une vision stratégique destinée à guider l’action de la Banque comme un compas oriente un navigateur.

Il a également insisté sur le rôle central de la jeunesse africaine, appelée à représenter une personne sur quatre dans le monde d’ici le milieu du siècle. « Notre continent est jeune, ambitieux et plein de potentiel. C’est cette énergie qui doit être exploitée comme moteur de notre transformation », a souligné le Dr Sidi.

Cent jours pour donner le cap
Le président de la BAD a décliné un agenda en quatre priorités pour ses cent premiers jours. Primo, écouter les parties prenantes (clients, partenaires, personnel de la Banque) afin d’adapter l’agenda aux réalités du terrain. Secundo, lancer des réformes internes pour fluidifier les opérations, réduire la bureaucratie et accroître l’efficacité. Tertio, renforcer les partenariats financiers, en particulier autour de la reconstitution du Fonds africain de développement (FAD), afin de mobiliser des capitaux à grande échelle. Enfin, quarto, accélérer les solutions concrètes pour l’emploi, l’autonomisation des jeunes et des femmes, ainsi que le développement industriel et financier.

Avec un capital de 318 milliards de dollars (environ 190 800 milliards FCFA) et un rôle central dans le financement du développement en Afrique, la BAD est attendue sur des dossiers structurants : industrialisation, sécurité énergétique, adaptation climatique et transformation locale des matières premières. Si le mandat du Dr Ould Tah s’annonce exigeant, il est porté par un mot d’ordre : agir dans l’urgence, avec unité et redevabilité, afin de transformer le potentiel africain en prospérité réelle.

Par Léon Yougbaré

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