La République centrafricaine (RCA) a enregistré une quasi-stabilité de son endettement public au deuxième trimestre 2025, selon le dernier bulletin statistique publié récemment. L’encours global de la dette atteint 873,07 milliards FCFA, contre 809,84 milliards un trimestre plus tôt. Quant au stock global, incluant l’encours et d’autres engagements – les prêts contractés mais pas encore décaissés, parfois certaines obligations assimilées –, il s’élève à 1 052,32 milliards FCFA. Comparé à son niveau des trois mois précédents (986,64 milliards FCFA), le stock global affiche une progression de 65,7 milliards FCFA.
Au 30 juin 2025, le taux d’endettement public du pays est estimé à 61,8 % du PIB, un niveau jugé préoccupant dans un contexte marqué par la fragilité des finances publiques et une dépendance accrue aux financements extérieurs. Au niveau de l’espace CEMAC, dont la Centrafrique est membre, les critères de convergence en matière d’endettement public sont fixés à 70 % du PIB.
Toutefois, le portefeuille de la dette centrafricaine reste majoritairement constitué de dette intérieure, qui représente 66,09 % du stock total, contre 33,91 % pour la dette extérieure. Cette configuration, bien que traduisant une mobilisation accrue des ressources régionales, expose le pays à un risque élevé de refinancement du fait de la concentration des maturités à court et moyen terme.
Au cours du deuxième trimestre de l’année, l’État a intensifié son recours au marché régional de la CEMAC. Après une faible levée de 1,1 milliard FCFA au premier trimestre, Bangui a mobilisé 65 milliards FCFA au deuxième trimestre via des Obligations du Trésor Assimilables (OTA).
Au niveau des financements extérieurs, les chiffres sur les décaissements affichent une envolée spectaculaire, passant de 1,86 milliard FCFA à 35,52 milliards FCFA au deuxième trimestre. Cette progression est principalement attribuable au décaissement du FMI, qui a apporté 34,92 milliards FCFA dans le cadre de la Facilité élargie de crédit (FEC), en soutien à la balance des paiements et aux dépenses publiques prioritaires.
Côté remboursement, les prévisions ont plus que doublé, passant de 13,84 milliards FCFA à 30,38 milliards FCFA au deuxième trimestre. La dette intérieure absorbe la plus grande part (87 %), traduisant la lourdeur des engagements liés aux titres publics. La part des créances extérieures dans les prévisions ressort à 13 %, dont 7 % pour les partenaires bilatéraux et 6 % pour les multilatéraux. Le remboursement effectif de la dette à fin juin 2025 s’établit à 77,49 % des prévisions.
Les arriérés de paiement demeurent un défi structurel : ils atteignent 178,46 milliards FCFA fin juin 2025, dont 2,3 milliards d’arriérés courants et le reste constitué d’impayés antérieurs ou en cours de négociation. Une accumulation qui fragilise la crédibilité de l’État vis-à-vis de ses créanciers bilatéraux et multilatéraux.
Si le coût moyen de la dette reste relativement faible, à 1,8 %, grâce à une structure quasi exclusivement à taux fixe, le profil de la dette demeure vulnérable. Le risque de refinancement lié à la dette intérieure et la dépendance croissante aux financements extérieurs, notamment auprès du FMI, accentuent la sensibilité de la RCA aux chocs économiques et financiers.
L’analyse de viabilité de la dette publique réalisée par le FMI en mai 2025 confirme un risque élevé de surendettement, tant extérieur que global. Malgré une qualification de la dette comme « viable », la marge de manœuvre budgétaire demeure étroite, avec un ratio service de la dette/recettes budgétaires de 30,57 % et un ratio service de la dette/exportations de 58,24 %.
Par David Yaméogo


