Masterclass sur l’éthique et la déontologie dans la Finance : Inoussa Boundaoné, Daouda Ouattara et Huguette Bama, trois voix d’expérience éclairent la relève du secteur bancaire et financier du Burkina Faso

Le Club Jeunes de la Banque et des Finances (JBF) a tenu, le samedi 13 septembre 2025 à Ouagadougou, la 5ᵉ édition de sa Masterclass du financier, un rendez-vous désormais attendu par les acteurs et étudiants du secteur. Placée sous le thème de l’éthique et de la déontologie dans la finance, l’activité a été marquée par un panel de haut niveau, animé par trois experts cumulant chacun plus de deux décennies d’expérience professionnelle. Trois axes ont structuré les échanges : le cadre réglementaire et les principes fondamentaux de la déontologie dans le secteur financier, l’éthique face aux dilemmes et enfin la construction d’une culture éthique durable au sein des institutions financières.

La première communication, assurée par Daouda Ouattara, directeur de la conformité Groupe à Coris Holding, a rappelé que l’éthique et la déontologie ne sont pas des options, mais des fondements pour la stabilité et la crédibilité du secteur. L’intervenant a passé en revue les principaux textes communautaires et nationaux encadrant les pratiques financières. Parmi eux figurent la Directive n°01/2016/CM/UEMOA ainsi que la circulaire 030 sur la gouvernance des établissements de crédit et institutions financières, qui impose notamment aux organes de gouvernance et au personnel d’agir « avec compétence, honnêteté et intégrité ».

Daouda Ouattara, directeur de la conformité Groupe à Coris Holding

Il a insisté sur l’obligation pour chaque institution de se doter d’un code interne d’éthique et de déontologie, assorti d’un régime de sanctions en cas de violation. « Quand il y a violation, on doit sanctionner », a-t-il martelé. À l’échelle régionale, le conférencier a également évoqué le Code CIMA, cadre principal du marché des assurances dans 14 pays africains, dont les principes reposent sur l’intégrité, la transparence, la confidentialité, la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.

Le deuxième axe du panel a été abordé par Inoussa Boundaoné, directeur général de la Banque Postale du Burkina et parrain de l’activité. Pour lui, les enjeux de l’éthique dans le secteur financier dépassent la simple conformité : ils englobent la transparence, la réputation, l’efficacité, la responsabilité sociétale et l’utilité économique. S’appuyant sur les célèbres citations de Warren Buffet, il a souligné que l’intégrité demeure la qualité la plus indispensable dans le recrutement et la gestion des équipes. « Perdre de l’argent pour l’entreprise, je comprendrai ; perdre un brin de réputation pour l’entreprise, je serai impitoyable », a-t-il rappelé.

Inoussa Boundaoné, directeur général de la Banque Postale du Burkina et parrain de l’activité

M. Boundaoné a également mis en garde contre l’« aveuglement volontaire » qui conduit certains à justifier des pratiques irrégulières sous prétexte que « tout le monde fait ça ». Parmi les facteurs favorisant les comportements non éthiques, il a pointé la cupidité, l’ambition démesurée et le conformisme, autant de risques qui minent la crédibilité du secteur financier.

Construire une culture éthique durable : l’approche V.E.R.T

La troisième intervention, portée par Huguette Bama/Ouili, experte en management et appui-conseil en développement d’affaires, a ouvert la perspective d’une éthique durable, intégrée dans la gouvernance des institutions. Selon elle, l’éthique ne doit pas être réduite à une conformité mécanique aux règles. « Le fait qu’une personne se conforme à des règles ne garantit pas sa compétence en éthique. Que ferait-elle en l’absence de règles claires ? », a-t-elle questionné.

Huguette Bama/Ouili, experte en management et appui-conseil en développement d’affaires

Elle a, en outre, plaidé pour l’intégration de l’éthique dans la formation continue, ainsi que la mise en place de dispositifs efficaces de traitement des alertes, incluant une réelle protection des lanceurs d’alerte. Au-delà du cadre légal déjà existant, mais peu appliqué, Mme Bama/Ouili a insisté sur la nécessité d’un engagement individuel et collectif à promouvoir un leadership Vertueux, Engagé, Responsable et Transmetteur de valeurs – le modèle V.E.R.T. Les valeurs, a-t-elle rappelé, sont les repères permettant d’analyser les actions et décisions, parmi lesquelles figurent la liberté, la justice, la transparence ou encore l’honneur.

Une vue des participants

À la suite des présentations, les trois experts ont échangé directement avec l’assistance, composée majoritairement de professionnels du secteur financier ainsi que d’étudiants. Les discussions, qui ont duré plus d’une heure, ont montré l’intérêt et l’actualité du thème, tant les préoccupations soulevées touchaient le quotidien des acteurs. Les questions ont porté aussi bien sur l’application pratique des textes que sur les dilemmes éthiques rencontrés au sein des institutions, confirmant la pertinence d’un tel cadre de dialogue entre générations. La 5ᵉ Masterclass du financier aura ainsi permis de mettre en lumière les défis et opportunités liés à l’éthique dans la finance burkinabè et régionale.

En guise de conclusion, Francis Paré, modérateur du panel et secrétaire permanent de la modernisation de l’administration et de la bonne gouvernance, a rappelé que la déontologie et l’éthique demeurent la boussole dans l’exercice de la profession en général et de la conduite du banquier en particulier. Selon lui, la déontologie doit être comprise en termes de devoirs et d’obligations, lesquels s’exercent non seulement vis-à-vis de l’organisation qui engage, mais aussi envers les collègues, les clients et la société dans son ensemble. L’éthique, en tant qu’élément moral, constitue un déterminant psychosociologique majeur de la déontologie professionnelle, d’après M. Paré. Elle confère à l’exercice des devoirs et à l’agissement des droits leur essence sociale et humaine, en les orientant vers la richesse et la préservation de l’intérêt général. « C’est cela qui doit être notre leitmotiv permanent en tant que professionnels, surtout du secteur bancaire, un secteur plein d’enjeux, mais aussi d’avenir », a-t-il conclu.

Par Léon Yougbaré

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