La République démocratique du Congo amorce un changement stratégique dans la commercialisation de son cuivre. À travers la société minière publique congolaise Gécamines, l’État a décidé de reprendre la main sur une partie des volumes issus de ses partenariats miniers, en exerçant son droit d’achat sur 100 000 tonnes de cuivre provenant de la production 2026 de la mine de Tenke Fungurume Mining (TFM).
Ce volume, équivalent à 20 % de la production de TFM, correspond à la participation de Gécamines dans le capital de la mine. Le cuivre ainsi acquis sera écoulé progressivement sur le marché américain au cours de l’année 2026, une orientation qui s’inscrit dans la dynamique des accords récents entre Kinshasa et Washington sur les matières premières stratégiques.
Cette opération marque une rupture avec les pratiques en vigueur depuis la fin des années 1990, période durant laquelle la commercialisation des métaux congolais était largement dominée par des opérateurs étrangers. En s’appuyant sur des consultations de marché compétitives menées fin 2025, Gécamines entend désormais mieux valoriser ses volumes, diversifier ses débouchés et accroître les retombées fiscales pour l’État.
Pour accompagner cette montée en puissance, Gécamines prévoit la création d’une filiale dédiée au négoce, Gécamines Trading. Cette structure aura pour mission de commercialiser directement une partie des productions issues des partenariats miniers. Le groupe international Mercuria a été retenu comme partenaire stratégique pour fournir un appui financier, logistique et technique à ce dispositif.
À terme, l’entreprise publique ambitionne de sécuriser des droits de vente pouvant atteindre 500 000 tonnes de cuivre et 40 000 tonnes de cobalt. Un objectif qui s’inscrit dans une stratégie de long terme visant à renforcer la transparence, la création de valeur locale et le contrôle public sur les ressources naturelles du pays.
Accord RDC-USA
Signé en fin 2025 dans un contexte international marqué par la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques, l’Accord économique entre la République démocratique du Congo et les États-Unis établit un partenariat stratégique de long terme articulé autour de trois piliers principaux. Il vise en premier lieu à renforcer la sécurité des minerais stratégiques à travers la mise en place d’une réserve d’actifs stratégiques, le Strategic Asset Reserve. Ce mécanisme instaure un cadre transparent de gestion des ressources minières et accorde aux investisseurs américains un droit de premier regard sur les projets intégrés à cette réserve, tout en garantissant aux États-Unis un accès sécurisé à des minerais essentiels tels que le cuivre, le cobalt et le germanium.
L’accord prévoit également la création d’une Strategic Minerals Reserve destinée à contribuer à la stabilisation des marchés et à encourager la transformation locale des minerais, dans une logique de création de valeur et de développement économique durable pour la République démocratique du Congo.
Sur le plan des infrastructures et de l’investissement, les États-Unis s’engagent à accompagner la modernisation du corridor Sakania–Lobito, le développement du projet hydroélectrique du Grand Inga, l’industrialisation des zones minières et la mise en place de nouveaux corridors d’exportation. Le partenariat prévoit par ailleurs une réforme du cadre fiscal et administratif afin de sécuriser les investissements, la création d’un guichet unique pour les opérateurs, ainsi que le renforcement de la lutte contre l’exploitation illicite des minerais et la formalisation du secteur artisanal.
À travers cet accord, la République démocratique du Congo est officiellement reconnue comme partenaire stratégique des États-Unis d’Amérique, une première dans l’histoire des relations entre les deux pays.
Par Leila Toé


