A l’approche de la troisième Edition de la Semaine de l’Épargne et de l’Investissement (SEI ), Christophe YAMEOGO, Directeur général du cabinet Finance & Investment Management (FIM Legacy ) nous livre à travers cette interview exclusive les grandes lignes de l’évènement qui se tiendra du 06 au 07 février 2026 à la Salle Internationale de Conférences de Ouaga 2000. À travers cet événement unique en son genre, il propose la première plateforme grand public du Burkina Faso entièrement dédiée à l’éducation financière, à l’épargne et à l’investissement.
Découvrez dans cette interview les grandes lignes de ce rendez-vous incontournable du monde de la finance au Burkina mais avant inscrivez-vous gratuitement à travers ce lien https://forms.gle/aPwd1thqPCXtVuRy7
Horonya Finance (HF) : La Semaine de l’Épargne et de l’Investissement revient pour une troisième édition. En quoi cet évènement peut-il être considéré comme un rendez-vous important dans le paysage économique au Burkina ?
Christophe YAMEOGO (CY) : La troisième édition de la Semaine de l’Épargne et de l’Investissement se tiendra les 6 et 7 février 2026. Et j’insiste bien sur le fait qu’il s’agit de la troisième édition : nous ne sommes plus à une première expérience. Aujourd’hui, nous parlons davantage de certitudes que de simples réflexions personnelles. En effet, les deux premières éditions nous ont permis de constater l’intérêt réel des populations pour les activités menées tout au long de la semaine, notamment à travers toute la pédagogie déployée et l’accessibilité des acteurs du monde financier, que le public a pu côtoyer durant quarante-huit heures.
Cette proximité a été particulièrement édifiante pour de nombreux participants. Elle a permis, pour les uns et les autres, de commencer par briser certains stéréotypes et idées reçues qu’ils entretenaient vis-à-vis de ces institutions financières, et d’aller plus loin en s’engageant concrètement. Certains ont ainsi souscrit à des produits d’assurance, d’autres ont ouvert des comptes-titres, investi dans des fonds communs de placement ou encore procédé à l’ouverture de comptes bancaires. C’est donc l’ensemble de ces éléments qui nous amènent à considérer que cette activité est aujourd’hui un événement majeur.

Par ailleurs, nous avons également eu l’opportunité de constater que, lors de la rencontre annuelle des acteurs de l’inclusion financière, la Semaine de l’Épargne et de l’Investissement est répertoriée auprès du ministère de l’Économie et des Finances comme étant l’une des activités majeures de promotion de l’éducation financière au Burkina Faso. Il s’agit là d’une reconnaissance que nous apprécions particulièrement, car elle nous donne l’énergie nécessaire pour poursuivre et renforcer davantage ce que nous avons déjà commencé.
HF : Quels sont les principaux objectifs que vous vous êtes fixés pour cette troisième édition ?
CY : Alors, lorsqu’on parle de la troisième édition, cela nous amène naturellement à aborder la question de son thème. Cette troisième édition a pour thème : « De l’épargne à la prospérité, bâtir aujourd’hui pour transmettre demain ».
Chaque jour, nous quittons nos domiciles, avec pour objectif de gagner votre vie. Et cela pour subvenir à nos besoins, soutenir nos familles et préparer l’avenir de nos enfants. Mais une question essentielle demeure sans réponse : que faisons-nous réellement de l’argent une fois gagné ? L’expérience montre que le véritable défi ne se réside pas uniquement dans la capacité à gagner de l’argent, mais surtout dans la manière de le gérer, de le faire fructifier et à terme, le transmettre à ceux pour qui nous nous battons au quotidien.
Il n’est donc pas rare de constater que certaines personnes, une fois arrivées à la retraite, rencontrent d’énormes difficultés financières. Lorsqu’il y a des départs, et quand je parle de départs, je parle de décès, on voit des familles se déchirer à cause de l’argent, à cause de l’héritage laissé. Cela signifie qu’à ce niveau, il existe beaucoup de choses que les gens ignorent, alors même que des dispositions auraient pu être prises pour éviter ce type de situations. L’objectif de la troisième édition est donc de montrer comment construire son patrimoine de sorte que, de son vivant, on puisse en bénéficier pleinement, en profiter comme il se doit, notamment durant ses vieux jours, si Dieu nous fait la grâce de vivre longtemps. Et qu’au moment de son départ, les ayants droit reçoivent ce qui leur revient, que ce soit en termes de valeur, d’argent ou de biens immobiliers, sans que cela ne devienne un facteur de division au sein de la famille. Voilà, en substance, les grandes lignes.
En plus des éléments habituels que nous abordons chaque année, nous allons revenir sur les fondamentaux de l’éducation financière. Nous parlerons des produits d’épargne, des supports d’investissement et nous aborderons également l’immobilier. Mais ici, nous mettrons un accent particulier sur l’immobilier à usage résidentiel, c’est-à-dire la maison d’habitation. Parce que c’est une préoccupation centrale pour le Burkinabè. Dès qu’il commence à travailler, on lui dit qu’il faut acheter un terrain et construire une maison. Le conseil, en soi, est pertinent. Cependant, sa mise en œuvre doit aujourd’hui être repensée en fonction des réalités actuelles.
Ce qui était vrai il y a dix, quinze ou vingt ans ne l’est plus forcément aujourd’hui. Or, beaucoup de personnes appliquent des conseils sans les adapter à leur époque. Et lorsqu’elles rencontrent des difficultés, elles concluent que le conseil n’était pas bon. En réalité, ce n’est pas le conseil qui posait problème, mais plutôt sa mise en œuvre, dans laquelle certains paramètres n’ont pas été pris en compte.

Ce sont précisément ces aspects que nous allons aborder, ainsi que les différentes façons de financer sa maison. Car il existe plusieurs mécanismes de financement. Et surtout, comment le faire sans que cela ne devienne une charge excessive ou une source d’épuisement pour la personne. Voilà, de manière globale, tout ce qui sera abordé au cours de ces deux jours pendant la Semaine de l’Épargne et de l’Investissement.
HF : Vous avez parlé des produits financiers. Peut-on en savoir un peu plus ?
CY : Au niveau des produits financiers, nous allons couvrir l’ensemble des aspects de la finance. Qu’il s’agisse des comptes d’épargne, des comptes courants, des comptes destinés aux entreprises, et bien d’autres encore. Tous ces produits seront abordés, d’autant plus que les banques, les institutions de microfinance et d’autres acteurs du secteur seront présents. Nous parlerons également des assurances, à savoir assurances retraite, assurances éducation, mais aussi les assurances liées à la responsabilité civile, à l’automobile, à l’habitation et autres.
En parlant de l’habitation, vous savez que la majorité des personnes financent la construction de leur maison à crédit. Mais combien sommes-nous, au Burkina Faso, à disposer d’une assurance qui protège notre maison en cas de sinistre ? Et même pas seulement en cas d’incendie, car l’assurance habitation ne couvre pas uniquement l’incendie. Elle couvre de nombreux autres risques, notamment le vol. Vous organisez une fête chez vous, un invité mange et, par la suite, souffre d’une intoxication alimentaire : c’est couvert par l’assurance. Mais beaucoup de gens ne le savent pas. Votre enfant joue avec celui du voisin et blesse accidentellement ce dernier : c’est également couvert par l’assurance. Ce sont donc des assurances qui coûtent parfois à peine 20 000 francs CFA par an. Pourtant, on peut contracter un crédit de 20 ou 50 millions de francs pour construire une maison. Et si un incendie survient, même s’il ne provient pas de chez vous, vous vous retrouverez sans rien pour reconstruire. Cela peut être évité en souscrivant simplement une assurance adaptée.
Avec environ 20 000 francs CFA par an, il est possible d’avoir une couverture équivalente à près de 25 millions de francs CFA. Vous voyez donc qu’il existe des solutions. Mais les gens les ignorent, tout simplement parce qu’ils ne savent pas que cela existe. Le but de la SEI est justement, d’apporter toutes ces informations au grand public.
L’idée est de montrer que pour chaque problème, il existe des solutions. Comme le disent les Mossé, il faut vendre sa maladie pour trouver un remède. Mais nous, nous n’attendons même pas que les gens vendent leur maladie. Nous analysons les situations, que les gens vivent qui auraient pu être gérer autrement, nous recherchons les solutions et nous les proposons. Afin d’aider les gens à ne plus vivre ce type de situations.
HF : Concrètement, quelles activités sont prévues cette année pour toucher un public encore plus large ?
CY : Comme à l’accoutumée, nous aurons plusieurs types d’activités. Il y aura des panels, des masterclass, ainsi que des focus partenaires, au cours desquels les partenaires viendront présenter leurs différentes solutions. Nous aurons également ce que nous appelons le clou de l’événement : le meet-up, consacré au partage d’expériences.
Lors de ce moment, nous travaillons à faire intervenir de grandes personnalités, des personnes qui ont derrière elles 25, 30 ou 35 années de parcours, qui ont accompli des choses significatives et qui viendront partager leur expérience avec la jeunesse. L’objectif est d’inspirer les jeunes, de les amener à rechercher l’excellence et de leur montrer que l’effort et la persévérance finissent par payer. Ce sera donc le moment fort de l’événement.
Ce sont là les activités traditionnelles de la Semaine de l’Épargne et de l’Investissement. Cette année encore, nous aurons également des ateliers simultanés, organisés en petits groupes, avec des profils de participants bien spécifiques. En marge des autres activités, il y aura des formations ciblées destinées à des groupes particuliers, autour de thématiques précises.
Nous envisageons aussi, toujours selon les conditions de mise en œuvre, des activités dédiées aux enfants, notamment des formations à leur intention pendant le déroulement de l’événement. Tout cela est déjà prévu dans le programme de cette année, sous réserve bien sûr des ajustements liés à l’organisation.
HF : Cette nouvelle édition apporte-t-elle des innovations particulières par rapport aux précédentes, notamment en matière de produits financiers ou d’éducation financière ?
CY : Oui, il y a effectivement des innovations. Par exemple, nous avons invité l’Office national d’identification (ONI) afin qu’il prenne part à l’événement. L’objectif est de permettre à ceux qui le souhaitent de renouveler leur pièce d’identité ou d’en établir une nouvelle. Lorsqu’on parle de bourses, de banques, d’assurances et d’autres services financiers, l’un des premiers documents exigés est la pièce d’identité. Or, malheureusement, beaucoup de personnes n’en disposent pas. Nous avons donc sollicité l’ONI pour répondre à ce besoin concret.
Par ailleurs, cette année, nous prévoyons également la présence des FinTech. Les deux premières éditions n’avaient pas permis de les intégrer, mais cette année, certains acteurs ont déjà donné leur accord de principe. Leur participation apportera une dimension supplémentaire et rendra l’événement encore plus intéressant.
Nous avions également travaillé sur la présentation d’une application de gestion financière, permettant aux utilisateurs de noter leurs dépenses, d’établir leur budget et de mieux suivre leurs finances, d’autant plus que le téléphone est aujourd’hui un outil que nous avons constamment avec nous. Malheureusement, l’application n’est pas encore prête. Nous sommes donc en stand-by sur ce volet, avec l’espoir de tout mettre en œuvre pour que l’année 2026 soit la bonne.
L’objectif est que, lors de la prochaine édition, cette application puisse être mise à la disposition du public. Elle est pensée avec deux versions : une version gratuite et une version premium qui offre l’accès à des fonctionnalités supplémentaires.
HF : L’année dernière, vous avez intégré la finance familiale, est-ce que cela a été bien accueilli par les participants ?
CY : Oui, et cette année encore, nous y reviendrons. Chaque année, il y aura toujours une thématique liée à la famille, parce que c’est tout le sens même de l’expression « bâtir pour transmettre ». Quand on parle de bâtir pour transmettre, on ne parle pas d’un individu isolé, on parle de la famille. C’est vraiment le cœur du sujet.
Cette année, nous allons donc encore aborder la question de la famille, avec un accent particulier mis sur la transmission. L’année dernière, nous avions parlé de la finance de couple, et cela avait suscité énormément de réactions dans la salle. Les échanges ont été tellement nourris que nous avons eu du mal à les clôturer. Ce n’était donc pas un sujet simple, mais il a clairement touché un point sensible et réel.
Cette année, nous revenons sur ces questions, et les programmes détaillés seront communiqués dans les jours à venir. Nous espérons, en tout cas, susciter autant d’engouement que lors de l’édition précédente.
HF : Quels mécanismes concrets seront mis en avant pour aider les participants à passer de la sensibilisation à l’action, notamment en matière d’épargne ou d’investissement ?
CY : Déjà, lorsque les personnes prennent part à l’événement, nous prenons soin de recueillir leurs contacts et toutes les informations nécessaires. Cela nous permet justement de pouvoir les recontacter par la suite et de poursuivre l’accompagnement. C’est d’ailleurs l’un des fondements mêmes de la Semaine de l’Épargne et de l’Investissement. L’objectif est de pouvoir assurer un suivi, mais aussi de mesurer l’impact réel de toutes les actions que nous menons auprès des participants. Nous avons la conviction que, cette année encore, les populations répondront massivement présentes, et que nous pourrons ainsi atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés.
HF : Des stands d’exposition sont-ils à nouveau prévus cette année ? Si oui, quelles sont les modalités ?
CY : Absolument. Comme chaque année, cet événement ne peut pas se faire sans les partenaires. Nous tenons d’ailleurs à les remercier pour leur soutien et leur accompagnement. Même si nous attendons toujours davantage d’eux, il ne faut pas minimiser ce qu’ils font déjà. C’est beaucoup, car sans leur appui, nous n’aurions même pas pu réaliser ce qui a déjà été accompli. Nous leur disons donc merci, tout en les invitant à faire encore un peu plus, car cela nous permettra, nous aussi, d’aller plus loin.
Il y aura effectivement des stands. Le stand classique est proposé à 500 000 francs CFA hors taxes. En plus de cela, nous avons mis en place plusieurs formules de sponsoring, sous forme de packages. Nous avons un package co-hôte ou co-organisateur, au montant de 20 millions de francs. Un deuxième niveau de package à 10 millions, un troisième à 3 millions et un un quatrième à 1 million 500 mille de francs. Ce dernier donne droit, en plus du stand, à de la visibilité, à une participation aux panels et à d’autres avantages que nous offrons à nos partenaires. Voilà, de manière globale, les différentes offres de participation. Mais le pack d’entrée reste le stand classique à 500 000 francs CFA.
HF : Y a-t-il des critères pour les entreprises ?
CY : Bien sûr, je pourrais me contenter de dire : vous avez l’argent, je prends. Mais ce n’est pas notre logique. Il y a des types d’entreprises que nous n’accepterons pas, notamment celles qui proposent des produits ou des services qui ne sont pas conformes à nos valeurs, ou dont les pratiques vont à l’encontre de ce que nous défendons. Ce n’est pas qu’une question d’argent. Nous travaillons aussi à laisser un impact positif et à mener un véritable combat contre toute forme d’arnaque. Tout ce qui peut induire les populations en erreur ou les amener dans de mauvaises situations n’a pas sa place à la Semaine de l’Épargne et de l’Investissement.
HF : Les conditions de participation pour le public restent-elles inchangées ou des ajustements ont-ils été apportés pour cette édition ?
CY : La participation est gratuite. Il suffit simplement de s’inscrire. Nous invitons vraiment les populations à s’inscrire massivement, parce que c’est pour elles que nous organisons cet événement. S’il n’y a pas de participants, l’activité n’a aucun sens. C’est justement parce que les gens viennent, et surtout parce qu’ils viennent en grand nombre, que l’événement prend tout son sens.
J’invite donc chacun à convier ses mamans, ses papas, ses tontons, ses cousines, ses petites sœurs, ses nièces, bref, tout le monde. Durant cette édition, nous sommes en train de travailler à intégrer un clin d’œil particulier à l’endroit des personnes du troisième âge. Il s’agira notamment de celles qui sont proches de la retraite ou déjà à la retraite, afin d’aborder avec elles les questions financières qui les concernent et de voir ce qui peut être fait concrètement.
Il y aura donc une session spécifique dédiée à ces personnes, car nous nous sommes rendu compte que c’est un véritable défi pour elles. Elles ont souvent l’impression d’être laissées pour compte. Pourtant, nous allons tous, un jour ou l’autre, arriver à ce stade de la vie. C’est un souhait que nous partageons tous. Cette édition leur accordera donc une attention particulière.
HF : Avec le recul, quel bilan faites-vous de l’édition précédente en termes d’impact et de retombées concrètes ?
CY : S’agissant du bilan de la deuxième édition, nous avons enregistré environ 2 000 visiteurs sur les deux jours. En ligne, nous avons comptabilisé près de 5 000 personnes connectées en cumulé, avec une forte participation de la diaspora burkinabè.
En termes de partenaires présents, nous avons accueilli 19 entreprises. Cela traduit la crédibilité qu’a progressivement acquise l’événement. À la première édition, il n’y avait que 7 partenaires. Passer à 19 lors de la deuxième édition représente quasiment un triplement, ce qui montre qu’après la première organisation, nous avons su donner un véritable gage de confiance.
Cela a permis à ceux qui étaient sceptiques au départ de nous rejoindre. Nous remercions également tous ceux qui ont pris part à l’événement, que ce soit lors de la première ou de la deuxième édition. Leur mobilisation a largement contribué au crédit dont bénéficie aujourd’hui la Semaine de l’Épargne et de l’Investissement.

En tant qu’organisateur, je suis profondément reconnaissant de l’intérêt que les partenaires portent à cette activité. Il est vrai qu’à la base, c’est une idée que nous avons portée, mais je suis convaincu que je ne suis pas le seul à y avoir pensé. D’autres n’ont peut-être pas eu le courage d’affronter les nombreux défis liés à l’organisation d’un tel événement. Par la grâce de Dieu, nous avons tenu bon malgré ces défis. Nous continuons donc d’avancer avec la certitude que les choses iront toujours mieux et toujours plus haut.
HF : Quelles difficultés avez-vous rencontrées lors de l’organisation et du déroulement de l’édition précédente et quels enseignements en avez-vous tirés pour cette nouvelle édition ?
CY : Sur le plan du déroulement, nous n’avons pas rencontré de difficultés majeures. Nous avons pu mettre les participants, les partenaires et les panélistes dans de bonnes conditions. Les différents panélistes et intervenants ont été remarquables. Ils ont pleinement joué le jeu et donné le meilleur d’eux-mêmes. Nous leur en sommes très reconnaissants, car c’est la qualité de leurs interventions qui donne envie au public de revenir lors des prochaines éditions. Avec les moyens dont nous disposions, nous avons également réussi à assurer l’ensemble des commodités nécessaires, notamment la restauration, le rafraîchissement et la prise en charge sanitaire pour répondre aux besoins des participants. À ce niveau, c’est véritablement l’une des plus grandes réussites de cette organisation.
Au niveau des difficultés, les défis restent essentiellement financiers. Organiser une telle activité demande énormément de ressources. Je comprends parfaitement les partenaires, parce qu’ils ont une logique de rentabilité. Lorsqu’on dépense de l’argent, les dirigeants veulent savoir ce que cela a rapporté. Et quand on n’est pas en mesure de justifier clairement les retombées, cela devient compliqué. C’est donc compréhensible que certains hésitent.
Les budgets ne sont pas encore à la hauteur de ce que nous souhaiterions. Mais nous avons foi en ce que nous sommes en train de construire et en tout l’écosystème que nous développons, sur cinq, dix ou quinze ans. Aujourd’hui, notre ambition est de bâtir une véritable communauté S.E.I. L’objectif est qu’à partir de la cinquième édition, nous puissions dire que nous avons une communauté de 100 000 personnes, puis 200 000, 300 000, et pourquoi pas un million de personnes qui suivent l’activité et interagissent autour d’elle. Quand on exprime cette vision, certains sont surpris, mais c’est clairement notre ambition.
Les défis sont donc financiers, mais en parallèle, nous travaillons à développer des initiatives pour pérenniser et renforcer ce que nous faisons.
HF : Quels sont les enseignements que vous avez tirés de la SEI 2 ?
CY : En ce qui concerne les enseignements tirés des éditions passées, ils concernent principalement les partenaires. Il s’agit surtout de mieux prendre en compte leurs attentes. Comme je l’ai déjà dit, lorsqu’un partenaire s’engage financièrement, il s’attend à un certain nombre de retombées.
Il faut donc d’abord s’assurer que le public sera présent. Et par la grâce de Dieu, à chaque édition, les participants sont venus massivement. C’est d’ailleurs ce qui nous a permis de gagner en crédibilité. Car organiser un événement et se retrouver avec une salle vide, c’est perdre immédiatement en crédibilité auprès des partenaires. Nous travaillons donc à ce que les salles soient pleines et à ce que les partenaires soient satisfaits.
Là où nous avons encore des progrès à faire, c’est sur les outils de mesure de l’impact direct. C’est-à-dire, après l’événement, quelles actions concrètes les participants ont posées : ouverture de comptes, démarrage d’une épargne, investissement, etc. Nous réfléchissons actuellement à des solutions pour interroger nos communautés après les activités, afin de savoir ce qu’elles ont réellement mis en pratique. Cela nous permettra d’avoir des données chiffrées et de pouvoir démontrer clairement l’impact de nos actions.
Ainsi, nous pourrons dire aux partenaires, voilà à quoi a servi votre engagement. Même si, dans l’immédiat, le retour financier n’est pas direct, voici les résultats obtenus, voici les changements observés. Parce qu’aujourd’hui, il y a encore des personnes qui entendent parler de la bourse sans savoir où aller pour ouvrir un compte-titres, ni même ce qu’est réellement un compte-titres. Aujourd’hui, au moins, les gens commencent à avoir l’information, et c’est ce travail que nous continuons à faire.
Même vous, en tant que salarié, savez-vous par exemple que lorsque vous prenez un crédit, le taux est négociable ? Est-ce que vous savez que vous pouvez discuter le taux d’intérêt ? Quand on vous dit que le crédit est à tel taux, est-ce que vous savez que vous pouvez dire que cela ne vous convient pas et demander autre chose ? Beaucoup de gens l’ignorent. Pourtant, le taux se négocie. Comment choisissez-vous une banque ? Connaissez-vous les critères à analyser ? Il y a pourtant des critères bien précis.
HF : En quoi la Semaine de l’Épargne et de l’Investissement contribue-t-elle aujourd’hui à renforcer l’inclusion financière au Burkina Faso ?
CY : Avec la Semaine de l’Épargne et de l’Investissement, nous avons annoncé que cette année, les FinTech seront présentes. Avec l’arrivée du mobile money, le taux d’inclusion financière s’est considérablement amélioré. Aujourd’hui, presque tout le monde utilise le mobile money. Mais cette utilisation a aussi introduit de nouveaux risques, ainsi que de nouveaux défis. En même temps, il existe des solutions intégrées à ces outils.
Par exemple, toutes les plateformes de mobile money disposent aujourd’hui d’applications, et dans ces applications, il existe des fonctionnalités permettant d’épargner. Si vous avez du mal à épargner, il y a ce qu’on appelle le « coffre ». Vous ouvrez un coffre, vous le bloquez jusqu’à une date donnée, et chaque fois que vous avez 100 francs ou 200 francs, vous les mettez dedans. À la fin de l’année, vous serez surpris du montant accumulé.
Le coffre ne génère pas d’intérêts, et c’est normal. Pour servir des intérêts, on entre dans la catégorie des produits financiers, avec des règles et une réglementation très stricte. Pour cela, il faut un partenariat avec une institution financière agréée. Ce n’est donc pas la question des intérêts qui est centrale ici, mais plutôt la capacité à se constituer une épargne.
C’est ce type d’information que nous essayons d’apporter sur l’utilisation intelligente des outils digitaux. Aujourd’hui, avec un compte de paiement, vous n’avez même plus besoin d’aller à la banque pour déposer ou retirer de l’argent : tout peut se faire avec le téléphone. Les choses sont facilitées, mais combien de personnes savent réellement qu’on peut effectuer un dépôt bancaire via son téléphone ? Beaucoup pensent le savoir, mais en réalité, la grande majorité ne le maîtrise pas.
C’est pour cette raison que nous venons mettre en lumière ces informations. Nous ne les inventons pas, elles existent déjà, mais nous les diffusons largement afin que les populations sachent ce qui est possible et puissent faire des choix éclairés.
HF : Pour cette édition, quelles sont vos attentes ?
CY : Avant tout, notre première attente est une participation massive. C’est vraiment notre leitmotiv. Cette activité est pensée pour le grand public. Que vous soyez salarié, commerçant, artisan, professionnel libéral ou entrepreneur, cette activité est la vôtre. Elle vous donne l’opportunité de rencontrer tout l’écosystème financier : banques, assurances, institutions de microfinance et bien d’autres acteurs.
Nous aborderons des thématiques importantes, et parmi les innovations majeures de cette édition, il y aura les ateliers simultanés. Ces ateliers permettront de traiter des problématiques très spécifiques. Par exemple, pendant l’événement, nous organiserons des ateliers dédiés aux mécanismes de financement, notamment comment se faire financer, et surtout, qu’est-ce que le banquier regarde lorsqu’il analyse un dossier de financement. C’est un point qui freine énormément beaucoup d’entrepreneurs, parce qu’ils ne comprennent pas toujours le langage de la banque. Ils se disent souvent : « J’ai un bon projet, mais la banque ne veut pas me financer », ou encore « On me demande une garantie ». Or, ce n’est pas uniquement la garantie qui est déterminante. Avant de financer un projet, la banque analyse d’abord la cohérence du projet. Elle s’intéresse aussi au promoteur : est-il crédible ? Quel est son parcours ? Quel est son historique ? Tous ces éléments sont examinés avant l’octroi d’un crédit.
Il arrive que certaines personnes aient de bons projets, mais qu’on leur refuse le financement parce que leur réputation financière est déjà compromise. Toute la place sait qu’elles ne remboursent pas leurs crédits. Dans ces conditions, pourquoi la banque prendrait-elle le risque de leur donner de l’argent ? Il y a donc de nombreux paramètres, au-delà même du dossier technique, qui sont pris en compte.
Récemment encore, j’ai partagé des informations sur le financement et la mobilisation de ressources à destination des jeunes entrepreneurs et des étudiants. Par moments, on en riait, tant certaines incohérences étaient flagrantes, y compris chez des personnes déjà en activité. Et ensuite, elles s’étonnent que la banque refuse de les financer. Mais quand une banque finance, elle veut s’assurer que vous maîtrisez votre activité.
Est-ce que vous connaissez réellement votre business ? Est-ce que vous en maîtrisez tous les éléments ? Comprenez-vous le circuit de vos revenus ? Savez-vous comment vous gagnez votre argent, quelles sont vos charges, et si un financement va réellement vous aider ou, au contraire, vous mettre en difficulté ? Parce que, parfois, un prêt peut créer plus de problèmes qu’il n’en résout. Et tout cela, la banque est capable de le percevoir à travers l’analyse de votre dossier.
Par exemple, vous avez un compte d’entreprise. Lorsqu’on analyse vos relevés, on constate des dépenses personnelles réglées avec la carte de l’entreprise : des paris, des achats sans lien avec l’activité. Et ensuite, vous demandez à la banque de vous accorder un crédit. Rien qu’à travers cette analyse, la banque voit une mauvaise gestion. Dans ces conditions, elle ne vous financera pas, car elle estime que vous n’avez pas la capacité de gérer les ressources qu’on vous confierait.
Il faut comprendre que l’argent que la banque vous prête ne lui appartient pas entièrement. Elle le mobilise soit auprès de la banque centrale, soit à partir de l’épargne des déposants. Elle ne peut donc pas se permettre de prendre des risques inconsidérés. Elle doit s’assurer que l’argent reviendra. C’est pour cela qu’elle provisionne les risques. Après tout, la banque est une entreprise et elle doit faire des bénéfices.

C’est la même logique pour tout le monde. Quand vous travaillez, l’argent que vous percevez correspond à votre bénéfice. Chacun travaille pour son intérêt, que ce soit l’entreprise, le salarié ou l’entrepreneur. L’essentiel est donc de comprendre les règles du jeu. Une fois que ces règles sont comprises, les choses deviennent beaucoup plus simples pour tout le monde.
HF : À long terme, quelle place la Semaine de l’Épargne et de l’Investissement ambitionne-t-elle d’occuper au Burkina et au-delà ?
CY : À long terme, notre première ambition est d’institutionnaliser la Semaine de l’Épargne et de l’Investissement. Nous souhaitons que l’État devienne partie prenante de cette activité, afin qu’elle prenne une dimension nationale, à l’image d’événements comme la SAMAO et d’autres grandes manifestations soutenues par l’État. C’est clairement un objectif que nous poursuivons. Nous sommes d’ailleurs en train de travailler sur une proposition que nous comptons soumettre au ministère concerné, et nous verrons ce qu’il en sera.
Nous avons également l’ambition de dupliquer cette activité dans d’autres pays. Des discussions sont déjà en cours avec plusieurs pays. Si Dieu le veut, peut-être qu’à l’horizon de la cinquième édition, nous aurons déjà expérimenté l’événement ailleurs. Nous ne pouvons pas encore annoncer les pays concernés, car les échanges sont toujours en cours. Mais, comme toujours, nous avançons pas à pas, et la suite dépendra de ce que Dieu décidera.
HF : Nous arrivons à la fin de notre interview. Quel message souhaitez-vous adresser aux futurs participants à l’approche de cette troisième édition ?
CY : Ce que je voudrais dire, tout simplement, c’est : ne vous contentez pas qu’on vous raconte l’événement. Faites l’effort de venir. Vous ne le regretterez pas. Au contraire, cela peut littéralement vous sauver la vie. Et je pèse mes mots.
Venir à la Semaine de l’Épargne et de l’Investissement, c’est un peu comme aller consulter un médecin. Cela peut vous sauver la vie, mais aussi préserver l’avenir de votre descendance. Parce que vous y recevrez des informations sur des aspects que vous ignorez peut-être aujourd’hui, et qui, s’ils ne sont pas maîtrisés, peuvent être source de désarroi au sein des familles.
J’invite donc massivement les populations à venir participer. N’hésitez pas à inviter tout le monde, vos proches, vos amis, votre famille, et même tout le village s’il le faut. Si vous pouvez venir avec tout le village, venez avec tout le village, il n’y a aucun problème. Venez rencontrer les partenaires, parce qu’ils sont là pour vous. Ils seront disponibles pour vous écouter, vous orienter et vous conseiller. Donc n’hésitez surtout pas à venir.
Réalisée par Bernadette W.Gansonré


