Forum sur l’investissement souverain 2026 : la COGEF mobilise le secteur privé burkinabè

Ouagadougou a abrité, ce vendredi 6 février 2026, la cérémonie d’ouverture du Forum sur l’investissement souverain (FIS), organisé par la Confédération générale des entreprises du Faso (COGEF), dans le cadre de ses Journées 2026. Placée sous le thème « Souveraineté économique du Burkina Faso et investissement productif : enjeux et orientations stratégiques », la rencontre se positionne comme un jalon structurant dans l’opérationnalisation du paradigme de souveraineté économique porté par les autorités nationales, avec le secteur privé comme bras armé de la transformation productive.

Dans son discours, le président de la COGEF, Idrissa Nassa, a rappelé la transformation institutionnelle du patronat burkinabè, devenu en avril 2025 la Confédération générale des entreprises du Faso. Cette évolution de dénomination consacre, selon lui, une ambition stratégique qui vise à fédérer l’ensemble des forces productives nationales autour d’un agenda de compétitivité, de création de valeur ajoutée locale et de reconquête de la souveraineté économique. Le FIS se veut ainsi un dispositif catalyseur de l’investissement productif, conçu comme levier structurant de la transformation structurelle de l’économie burkinabè.

Transformer localement pour mieux impacter

Le président de la COGEF a également rappelé la nécessité d’un investissement productif « responsable et transformateur », orienté vers la transformation locale des ressources, la substitution aux importations, la promotion du contenu local et l’intégration dans les chaînes de valeur régionales et continentales. « La souveraineté économique se construit par des choix courageux, des partenariats gagnant-gagnant, une alliance stratégique et une confiance mutuelle entre l’État et le secteur privé national », a-t-il déclaré.

Idrissa Nassa, Président de la COGEF

À l’en croire, le forum est conçu comme une plateforme de dialogue multi-acteurs réunissant opérateurs économiques, institutions financières, autorités publiques, partenaires régionaux et investisseurs. L’objectif opérationnel, aux dires d’Idrissa Nassa, est double : d’une part, lever les contraintes structurelles qui entravent l’investissement productif ; d’autre part, orienter les flux d’investissement vers des secteurs à fort effet d’entraînement, notamment l’agro-sylvo-pastoral, l’agro-industrie, les mines et leur transformation, l’énergie, l’industrie manufacturière, les infrastructures, l’économie numérique et les services à haute valeur ajoutée.

Idrissa Nassa a, par ailleurs, dressé un diagnostic des vulnérabilités structurelles de l’économie burkinabè, encore fortement dépendante de l’exportation de matières premières brutes et exposée aux chocs exogènes. « Cette réalité impose aujourd’hui un changement de paradigme fondé sur la promotion de l’investissement productif, la transformation locale des ressources, la structuration des filières et des chaînes de valeur et une mobilisation accrue du secteur privé burkinabè pour la reconquête de notre souveraineté économique », a-t-il indiqué.

Prononçant le discours officiel d’ouverture du Premier ministre, patron de l’événement, le ministre de l’Économie et des Finances, Aboubakar Nacanabo, a inscrit le FIS dans une séquence historique de résilience économique et de reconquête de la souveraineté nationale. Malgré un environnement sécuritaire contraint et des incertitudes géopolitiques persistantes, le Burkina Faso affiche, selon lui, des fondamentaux macroéconomiques robustes. À titre d’exemple, l’économie nationale a enregistré, en 2025, une croissance de 6,5 %, avec une inflation contenue à -0,5 %, traduisant une dynamique de stabilisation des prix et de consolidation de l’activité économique.

Sur le plan sectoriel, le ministre a mis en exergue la performance agricole, avec plus de 7 millions de tonnes de céréales produites et plus d’un million de tonnes de riz, assurant un taux de couverture des besoins alimentaires estimé à 126,6 %. Dans le secteur minier, les recettes d’exportation aurifère ont dépassé 2 900 milliards FCFA, contribuant à un excédent de la balance commerciale de près de 2 000 milliards FCFA. Ces indicateurs, selon le Dr Aboubakar Nacanabo, témoignent de la capacité de l’économie nationale à absorber les chocs et à maintenir une trajectoire de croissance.

Aboubakar Nacanabo, ministre de l’Économie et des Finances

Au-delà des performances conjoncturelles, le ministre a mis l’accent sur l’enjeu stratégique de la maîtrise des chaînes de valeur, notamment dans l’or, avec l’annonce d’une raffinerie nationale appelée à renforcer la transformation locale et la captation de valeur ajoutée. « Si le Burkina tient économiquement aujourd’hui, c’est aussi grâce à son secteur privé. Vous investissez, vous créez des emplois, vous innovez. Votre résilience est patriotique », a-t-il lancé aux acteurs du secteur privé.

Pour le ministre Nacanabo, il est nécessaire pour le secteur privé de s’inscrire dans la doctrine de souveraineté économique actuelle : produire ce que le pays consomme, transformer localement ce qu’il extrait, valoriser ce qu’il cultive et financer son développement par des ressources internes. La souveraineté économique est ainsi présentée comme un processus de production et de financement endogènes, et non comme une proclamation politique.

Le FIS 2026 ambitionne, dans cette perspective, de générer des engagements d’investissement concrets, de faire émerger de nouveaux champions nationaux et d’accélérer la création d’unités industrielles à fort impact socio-économique. Le secteur privé s’est engagé, sous l’impulsion de la COGEF, à investir prioritairement dans la transformation agro-sylvo-pastorale (coton, karité, anacarde, sésame, céréales, élevage), la valorisation locale des ressources minières, les matériaux de construction et le développement de capacités industrielles nationales. L’objectif affiché est de basculer progressivement d’une économie d’exportation de matières premières brutes vers une économie de valeur ajoutée, intégrée aux chaînes de valeur régionales.

Par Léon Yougbaré

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