Au Nigeria, les autorités fiscales veulent mieux capter les revenus du vaste secteur informel. Le gouvernement a instauré un nouveau dispositif basé non plus sur les bénéfices, mais sur le chiffre d’affaires, avec une taxe fixée à 1 % pour les entreprises réalisant plus de 12 millions de nairas (environ 4,92 millions de FCFA) de revenus annuels.
Portée par des règlements signés par le ministre des Finances Wale Edun, cette réforme vise à simplifier un système fiscal jugé peu adapté aux réalités des petites structures. Désormais, les entreprises dont le chiffre d’affaires annuel ne dépasse pas ce seuil restent exonérées, tandis que celles qui le franchissent s’acquittent d’un prélèvement proportionnel à leurs revenus, indépendamment de leur niveau de profit.
À travers cette approche, les autorités cherchent avant tout à élargir l’assiette fiscale et à améliorer la mobilisation des recettes publiques. En s’appuyant sur un taux forfaitaire appliqué directement au chiffre d’affaires, le dispositif entend intégrer davantage d’opérateurs informels, souvent exclus du système en raison de l’absence de comptabilité formelle.
Mais cette réforme soulève déjà des préoccupations. En taxant les revenus plutôt que les bénéfices, elle pourrait pénaliser les entreprises à faibles marges, notamment les petits commerçants, qui risquent de supporter une pression fiscale proportionnellement plus élevée que des structures plus rentables.
Sur le terrain, la mise en œuvre s’annonce complexe. Une grande partie des activités informelles repose encore sur des transactions en espèces, sans systèmes comptables structurés. Cette réalité complique l’évaluation fiable du chiffre d’affaires et laisse planer un risque de sous-déclaration, susceptible de fragiliser l’efficacité du dispositif.
Autre point de friction : la multiplicité des prélèvements au niveau local. De nombreux entrepreneurs dénoncent déjà des charges fiscales qui se superposent entre autorités nationales et collectivités territoriales. Sans une meilleure coordination, ces taxes cumulées pourraient freiner l’adhésion au nouveau régime.
Le gouvernement mise par ailleurs sur la digitalisation pour renforcer la transparence et le suivi des activités économiques. Toutefois, l’accès encore limité aux outils numériques dans le secteur informel pourrait ralentir cette transition.
Des expériences similaires menées dans des pays comme le Kenya et l’Inde montrent que ce type de réforme peut effectivement élargir la base fiscale. Mais leur succès repose sur des administrations solides et un accompagnement soutenu des contribuables, deux conditions qui seront déterminantes pour le Nigeria dans la durée.
Par Drissa Ouattara


