RDC : la Banque centrale abaisse son taux directeur à 13,5 % et renforce le contrôle des devises

La Banque centrale du Congo (BCC) a décidé, lors de la réunion de son Comité de politique monétaire (CPM) du 9 avril 2026, d’abaisser son taux directeur de 150 points de base, le ramenant de 15 % à 13,5 %. Cette décision intervient dans un contexte de net reflux de l’inflation et s’accompagne d’une réforme structurelle sur la gestion des devises étrangères.

La décision du CPM, présidé par le gouverneur André Wameso Nkualoloki, reflète une amélioration sensible du profil inflationniste de la République démocratique du Congo. À fin mars 2026, l’inflation en glissement annuel s’établissait à 2,2 %, contre 10,1 % à la même période de l’année précédente, soit une décélération de près de huit points en douze mois.

C’est dans cet espace ouvert par le recul des prix que la banque centrale a choisi d’agir. En abaissant son taux directeur, elle entend soutenir le crédit à l’économie tout en maintenant ce qu’elle qualifie de « taux d’intérêt réel largement positif », estimé à 11,3 points de pourcentage par rapport à l’inflation courante. En cohérence avec cet ajustement, le taux appliqué aux facilités de prêt marginal — le guichet de dernier recours pour les banques commerciales — recule également, passant de 19 % à 17,5 %.

Les coefficients de réserves obligatoires, en revanche, demeurent inchangés : 10,5 % pour les dépôts à vue en monnaie nationale et 11,5 % pour les dépôts à vue en devises. Le comité a par ailleurs décidé d’introduire une maturité de six mois pour le Bon BCC, instrument permettant à la banque centrale de piloter la liquidité bancaire avec une granularité accrue.

Sur le plan macroéconomique, la BCC projette une croissance du PIB de 6,2 % en 2026, contre 5,8 % en 2025, portée par le dynamisme du secteur extractif et par la bonne tenue des activités hors mines. Le franc congolais, de son côté, affiche une évolution contrastée : légèrement apprécié de 0,04 % sur le marché parallèle, il s’est en revanche déprécié de 3,08 % sur le marché officiel depuis le début de l’année, les cours s’établissant respectivement à 2 287,71 francs et 2 309,38 francs congolais pour un dollar américain.

Le comité n’occulte pas les risques. La persistance de la hausse des prix pétroliers, alimentée par les tensions au Moyen-Orient, le ralentissement du commerce mondial et la montée des mesures protectionnistes constituent autant de facteurs susceptibles de peser sur les finances publiques congolaises, sur le prix à la pompe et, in fine, sur la stabilité des réserves de change.

La mesure la plus structurante de cette réunion concerne la refonte du régime de change. À compter du 9 avril 2027, soit dans exactement douze mois, la BCC s’arrogera l’exclusivité de l’importation physique des billets en devises étrangères. Aucune banque commerciale ne sera plus habilitée à procéder à ces importations en son propre nom.

Parallèlement, à la même date, toute transaction en espèces en monnaies étrangères, quel qu’en soit le montant, sera interdite sur le territoire national. Les opérations devront impérativement transiter par virement, chèque ou tout autre instrument de paiement bancaire dématérialisé.

La BCC justifie cette réforme par trois objectifs : sécuriser les approvisionnements en billets, lutter contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, et harmoniser les procédures de change à l’échelle nationale. Cette mesure représente un tournant dans un pays où la dollarisation de l’économie reste très prononcée et où les transactions en cash en dollars demeurent courantes, y compris dans le secteur formel.

Enfin, le comité a confirmé que la banque centrale a d’ores et déjà commencé à accumuler de l’or brut d’origine artisanale, dans le cadre d’un partenariat avec DRC Gold Trading, en vue de sa transformation en or monétaire.

Cette décision vise trois objectifs essentiels, à savoir la diversification des réserves internationales du pays, le renforcement de la crédibilité de la politique monétaire et la constitution d’un coussin d’amortissement face aux chocs externes. La RDC, dont le sous-sol recèle d’importantes ressources aurifères, entend ainsi tirer parti de sa dotation naturelle pour consolider sa position monétaire.

Par Léon Yougbaré

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