À l’occasion des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD), organisées du 25 au 29 mai à Brazzaville, le Burkina Faso a présenté son initiative de « diaspora bonds », un mécanisme destiné à transformer les transferts de la diaspora en investissements structurants.
Cette présentation a eu lieu lors du dialogue de haut niveau sur la société civile, les philanthropies et la diaspora comme accélérateurs stratégiques de la Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement (NAFAD). Modéré par Luther T. Yaméogo, responsable en chef des partenariats et du plaidoyer à la Division Société civile et engagement communautaire du Groupe de la Banque africaine de développement, ce dialogue a été animé par Didier Acouetey, conseiller spécial du président du Groupe de la Banque et coordonnateur de la Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement (NAFAD), Souleymane Nabolé, conseiller technique chargé du programme budgétaire de mobilisation des ressources au ministère de l’Économie et des Finances du Burkina Faso, Fatoumata Sidibé Diarra, cofondatrice de Mansah Think Tank, et Serah Makka, directrice exécutive de ONE Campaign.
Selon Souleymane Nabolé, les ressortissants burkinabè vivant à l’étranger, les amis du Burkina Faso ainsi que les investisseurs intéressés pourront désormais contribuer directement au financement de projets jugés structurants pour l’économie nationale. Une initiative qui vise à faire passer la diaspora d’une logique d’assistance familiale à une logique d’investissement productif.
Parmi les projets ciblés figurent notamment l’autoroute Ouagadougou-Bobo-Dioulasso, des infrastructures hydroélectriques, des unités agro-industrielles ainsi que plusieurs projets industriels.
Le gouvernement burkinabè indique avoir volontairement fixé un ticket d’entrée accessible, à partir de 10 000 FCFA, afin de permettre au plus grand nombre de participer au financement du développement national.
Pour la première phase de l’initiative, les autorités ambitionnent de mobiliser 125 milliards de FCFA en 2026 puis 115 milliards de FCFA supplémentaires en 2027, soit un objectif total de 240 milliards de FCFA sur deux ans.
Pour Souleymane Nabolé, cette stratégie ambitionne de renforcer la souveraineté économique et financière du Burkina Faso à travers une mobilisation accrue des ressources internes.
Le conseiller technique a également mis en avant plusieurs réformes engagées par les autorités afin d’améliorer les performances de mobilisation des recettes publiques. Parmi elles figurent la digitalisation de l’administration fiscale, la généralisation des télé-déclarations et télépaiements, ainsi que l’informatisation du système de collecte des recettes publiques.
Les autorités ont aussi développé des outils numériques destinés à rapprocher l’administration fiscale des citoyens. C’est notamment le cas de la plateforme Faso Arzêka, qui permet le paiement des taxes même à partir de téléphones mobiles classiques via SMS.
Au niveau de la douane, le Burkina Faso affirme avoir renforcé les dispositifs de suivi des marchandises et réduit les contacts physiques dans les procédures afin de limiter les risques de fraude.
Le pays a également procédé à des réformes juridiques touchant notamment le code des impôts et le code minier, dans un contexte où l’exploitation aurifère constitue une source importante de revenus pour l’économie nationale.
Souleymane Nabolé a par ailleurs évoqué le Fonds de soutien patriotique, présenté comme un autre instrument majeur de mobilisation interne des ressources. Il a indiqué que ce mécanisme a permis de mobiliser environ 1 milliard de dollars entre 2023 et décembre 2025 pour soutenir les priorités nationales.
En transformant les transferts de la diaspora en investissements structurants, le pays met en œuvre de manière concrète les principes défendus dans le cadre de la Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement (NAFAD), notamment la mobilisation accrue des ressources internes du continent en vue de financer son propre développement.
Pour rappel, le Burkina Faso a officiellement lancé, le mercredi 6 mai 2026, son premier Diaspora Bond dénommé « Emprunt Patriote ». L’opération est pilotée par Vista Group Holding, qui intervient en tant qu’arrangeur et structurant.
Par Bernadette W. Gansonré


