NAFAD : diaspora, société civile et philanthropies au cœur de la nouvelle stratégie de financement de l’Afrique

En marge des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), tenues du 25 au 29 mai en République démocratique du Congo, un dialogue de haut niveau a réuni Didier Acouetey, conseiller spécial du président du Groupe de la BAD et coordonnateur de la NAFAD, Souleymane Nabolé, conseiller technique au ministère de l’Économie et des Finances du Burkina Faso, Fatoumata Sidibé Diarra, cofondatrice du Manssah Think Tank, et Serah Makka, directrice exécutive de ONE Campaign, autour de la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD).

Modéré par Luther T. Yaméogo, responsable en chef des partenariats et du plaidoyer à la Division Société civile et engagement communautaire du Groupe de la Banque africaine de développement, l’échange, centré sur le thème « La société civile, les philanthropies et la diaspora comme accélérateurs stratégiques de la NAFAD », visait à définir les conditions concrètes de mise en œuvre de la NAFAD afin de transformer la diaspora, la société civile et les philanthropies en moteurs effectifs du financement du développement africain.

Selon Didier Acouetey, conseiller spécial du président du Groupe de la BAD et coordonnateur de la NAFAD, le principal défi du financement du développement en Afrique reste la fragmentation des interventions. « Nous avons aujourd’hui une multiplicité d’acteurs qui interviennent, mais sans suffisamment de coordination ni de complémentarité », a-t-il souligné.

Une vue des participants

Cette fragmentation, à l’entendre, limite la capacité du continent à transformer les ressources disponibles en impact réel. Elle est d’autant plus critique que les besoins de financement restent considérables, notamment pour les PME africaines, dont le déficit d’accès au financement dépasse aujourd’hui 300 milliards de dollars.

Dans cette perspective, la NAFAD est pensée comme une architecture de mise en cohérence, visant à relier banques de développement, fonds de garantie, investisseurs institutionnels, société civile et diaspora dans un même cadre fonctionnel. La Banque africaine de développement y occupe un rôle central de catalyseur. « La BAD doit être le point d’ancrage de la mobilisation des ressources », a-t-il insisté.

De son côté, Souleymane Nabolé a axé son intervention sur la mise en œuvre concrète, en présentant l’expérience du Burkina Faso comme un cas pratique d’opérationnalisation des principes de la NAFAD. Pour lui, la véritable question n’est plus seulement celle de la mobilisation des ressources, mais celle de leur transformation en instruments d’investissement productif.

C’est dans cette logique que s’inscrit le lancement des diaspora bonds. « Nous sommes passés d’une logique de transferts familiaux à une logique d’investissement dans le développement national », a-t-il expliqué. Ces obligations permettent à la diaspora et aux amis du Burkina Faso de financer directement des projets structurants, allant de l’autoroute Ouaga-Bobo aux centrales hydroélectriques, en passant par les infrastructures agro-industrielles et les unités de transformation.

L’innovation repose également sur un principe d’accessibilité, avec un ticket d’entrée fixé à 10 000 FCFA, afin d’élargir la participation au-delà des investisseurs institutionnels. Le programme prévoit une mobilisation de 125 milliards de FCFA en 2026, puis 115 milliards de FCFA en 2027, soit un total de 240 milliards de FCFA sur deux ans.

Outre les diaspora bonds, Souleymane Nabolé a insisté sur la capacité des États africains à mobiliser davantage leurs ressources internes, en complément des mécanismes innovants comme les diaspora bonds, tout en soulignant l’importance de structurer ces ressources de manière efficace grâce à la digitalisation. Il a notamment cité des plateformes comme Faso Arzêka, qui permettent le paiement des taxes par SMS.

Les panélistes

Intervenant à son tour, Fatoumata Sidibé Diarra, cofondatrice du Manssah Think Tank, a axé son intervention sur une perspective institutionnelle et sociale. Pour elle, la NAFAD ne pourra réussir sans une appropriation réelle par les citoyens africains. « Tant que les populations ne se reconnaissent pas dans les mécanismes de financement du développement, les dispositifs resteront technocratiques », a-t-elle averti.

Elle a également insisté sur le rôle majeur de la société civile, qu’elle considère comme un acteur de redevabilité et de remontée des besoins réels des populations. Dans cette logique, la diaspora et les philanthropies apparaissent comme des relais essentiels entre les institutions financières et les communautés locales.

Fatoumata Sidibé Diarra a aussi rappelé que les enjeux du développement africain ne se limitent pas aux instruments financiers. Ils comprennent des dimensions sociales majeures telles que l’emploi des jeunes, l’autonomisation des femmes, l’accès aux services essentiels et la souveraineté alimentaire.

Enfin, Serah Makka, directrice exécutive de ONE Campaign, a élargi le débat au cadre global du financement international. Selon elle, l’architecture financière mondiale héritée des accords de Bretton Woods ne reflète plus les réalités du continent africain. « Les règles actuelles ont été conçues dans un contexte historique où l’Afrique n’avait pas la même souveraineté économique qu’aujourd’hui », a-t-elle rappelé.

Elle a également souligné que les mécanismes modernes d’évaluation du risque, renforcés après la crise financière de 2008, restent peu adaptés aux économies africaines. Cette inadéquation contribue à limiter l’accès du continent aux capitaux mondiaux, malgré l’existence de ressources internes importantes.

Serah Makka a affirmé que l’Afrique dispose pourtant de plus de 4 000 milliards de dollars d’actifs dans ses fonds de pension et fonds souverains, alors que ses besoins de financement sont estimés à environ 400 milliards de dollars par an. Le véritable enjeu réside donc dans la capacité à mieux canaliser ces ressources vers des investissements productifs, notamment dans les infrastructures, le capital humain et l’intégration régionale.

Cette réflexion rejoint l’ambition globale de la NAFAD, qui vise à mieux articuler les instruments existants plutôt qu’à créer une nouvelle institution. Dans un contexte marqué par une pression démographique croissante, avec près de 15 millions de jeunes entrant chaque année sur le marché du travail, la NAFAD apparaît ainsi comme une tentative de réponse structurée à un défi multidimensionnel.

Par Bernadette W. Gansonré.

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