Le Ghana prépare une nouvelle phase d’expansion de son système électrique afin d’éviter une résurgence du « dumsor », ces coupures récurrentes d’électricité qui ont lourdement affecté l’économie du pays durant la dernière décennie. Face à une demande énergétique en forte progression, le gouvernement prévoit d’ajouter 3 000 mégawatts (MW) de capacités de production d’ici à 2030.
L’annonce a été faite par le ministre des Finances, le Dr Cassiel Ato Forson, lors de la table ronde d’entreprises Ishmael Yamson and Associates 2026 à Accra. Pour lui, la sécurité énergétique constitue une condition indispensable à la transformation économique du pays. « On ne peut pas s’industrialiser dans l’obscurité », a déclaré le ministre, rappelant que les coupures de courant coûtent chaque année près de 25 milliards de dollars aux économies africaines.
L’urgence est d’autant plus grande que la consommation d’électricité progresse rapidement. La demande de pointe est passée d’environ 3 500 MW en janvier 2025 à près de 4 300 MW aujourd’hui, portée par la reprise de l’investissement et l’intensification des activités économiques.
Selon les projections officielles, les besoins pourraient atteindre 6 150 MW à l’horizon 2030. Un scénario qui mettrait sous pression les infrastructures existantes. Le Ghana dispose actuellement d’une capacité installée d’environ 5 200 MW, dont seulement 4 800 MW sont considérés comme réellement disponibles.
Sans investissements supplémentaires, le pays pourrait épuiser sa capacité fiable dès 2027, faisant planer le risque d’un retour des pénuries d’électricité qui ont marqué l’économie ghanéenne pendant plusieurs années.
Pour éviter ce scénario, le gouvernement mise notamment sur la construction d’une centrale à gaz de 1 200 MW, dont le lancement a été annoncé en mai par le président John Mahama.
Cette infrastructure, développée conjointement par les ministères de l’Énergie et des Finances, devrait renforcer la stabilité du réseau et accroître la disponibilité de l’électricité. Elle permettra également d’augmenter la consommation nationale de gaz naturel et d’améliorer la résilience du système énergétique face aux pics de demande.
À terme, Accra envisage même de dégager des excédents exportables vers certains pays voisins, notamment le Burkina Faso, dans un contexte d’intégration croissante des marchés énergétiques ouest-africains.
Un investissement estimé à 10 milliards de dollars
Le coût global de cette transformation énergétique n’a pas encore été officiellement dévoilé. Toutefois, il est estimé qu’environ 10 milliards de dollars seront nécessaires pour financer les nouvelles capacités de production, les infrastructures de transport d’électricité ainsi que les solutions hors réseau.
Le défi ne concerne pas uniquement la production. Le réseau de distribution demeure l’un des principaux points faibles du secteur. En 2024, la compagnie nationale d’électricité a perdu près de 32 % de l’énergie achetée, son plus mauvais résultat depuis plus de vingt ans.
Parallèlement, l’entreprise affiche une dette estimée à 68 milliards de cédis ghanéens, tandis que le Fonds monétaire international anticipe un déficit de financement de 2,2 milliards de dollars pour le secteur énergétique en 2025.
Le gouvernement entend également réduire la dépendance du pays aux centrales thermiques, qui représentent actuellement près de 70 % des capacités installées et exposent le réseau aux fluctuations de l’approvisionnement en gaz.
Ainsi, 30 % des 3 000 MW supplémentaires prévus d’ici à 2030 devraient provenir des énergies renouvelables. Cette diversification est considérée comme essentielle pour renforcer la sécurité énergétique du pays tout en accompagnant les objectifs climatiques.
Par ailleurs, avec l’avancement du marché intégré porté par le West African Power Pool (WAPP), les pays capables de produire des surplus d’électricité pourraient bénéficier de nouvelles recettes à travers les exportations d’énergie.
Par Leila Toé


