SIBA 2026 : Léopold Ouédraogo, Expert des marchés financiers, retrace l’évolution de la BRVM et ses ambitions pour l’avenir

Ouagadougou a accueilli du 5 au 6 juin 2026 la deuxième édition du Salon international de la bourse africaine (SIBA), placée sous le thème « Marchés financiers et inclusion financière : Comment rapprocher la bourse de la population ». À cette occasion, une conférence inaugurale a été animée par Léopold Ouédraogo, expert des marchés financiers, président du comité scientifique du SIBA, qui a proposé une lecture structurée de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), allant de sa naissance historique à ses perspectives de transformation à l’horizon 2025-2030.

Les marchés financiers trouvent leur origine au XVIIe siècle avec l’essor des grandes compagnies commerciales européennes. Selon Léopold Ouédraogo, à cette époque, les expéditions maritimes vers l’Asie et d’autres régions du monde nécessitaient des capitaux importants et exposaient les investisseurs à des risques élevés, notamment les naufrages, la piraterie ou les pertes commerciales.

C’est dans ce contexte qu’est apparue une innovation majeure : la mutualisation du capital et du risque. En permettant à plusieurs investisseurs de financer collectivement une même activité, la bourse a donné naissance au principe d’actionnariat. Ce mécanisme a profondément transformé l’économie mondiale en rendant possible le financement de projets de grande envergure.

Au fil du temps, ce modèle s’est étendu à l’industrialisation, aux chemins de fer, aux infrastructures énergétiques, aux télécommunications, puis aujourd’hui aux technologies numériques et à l’intelligence artificielle. La bourse est ainsi devenue un instrument central de transformation économique et de création de richesse.

Naissance de la Bourse régionale des valeurs mobilières

Abordant le cas africain, il a rappelé que l’expérience régionale a commencé avec la création de la Bourse des valeurs d’Abidjan (BVA) en 1976, première initiative structurée de marché boursier dans la sous-région.

Cette première bourse nationale a constitué une étape fondatrice avant que ne s’impose la nécessité d’une intégration. En effet, face à la faible taille des marchés nationaux et aux contraintes de liquidité, les États ont progressivement pris conscience de l’importance d’un marché commun capable de mutualiser les économies et d’élargir la base d’investisseurs.

Cette réflexion a conduit à la décision historique de 1993 de créer un marché financier régional unifié au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. C’est ainsi qu’est née la Bourse régionale des valeurs mobilières de l’UEMOA en 1996, dont les activités ont officiellement démarré en septembre 1998.

Cette bourse commune aux huit pays de l’UEMOA, à savoir le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo, constitue aujourd’hui une architecture financière intégrée unique au monde.

Elle repose sur une logique de mutualisation régionale qui permet de dépasser les limites des marchés nationaux souvent étroits et peu liquides, afin de favoriser la mobilisation de l’épargne et le financement des économies.

Les grandes étapes de modernisation du marché régional

Léopold Ouédraogo a ensuite retracé les principales évolutions du marché financier régional depuis son lancement en 1998. Parmi les dates clés, il a évoqué le démarrage des activités de cotation en 1998, le passage à la cotation quotidienne en 2001, puis à la cotation en continu en 2013, marquant une modernisation importante du système de négociation.

Il a également mentionné l’intégration progressive du marché dans les indices internationaux en 2014, ainsi que l’élargissement de sa structure avec la création de nouveaux compartiments dédiés aux entreprises à fort potentiel de croissance.

Ces évolutions ont permis de renforcer la transparence, la fluidité des transactions et la confiance des investisseurs, tout en améliorant la visibilité du marché régional à l’échelle internationale.

Une progression remarquable des performances financières de 1998 à aujourd’hui

La capitalisation boursière, estimée à environ 836 milliards de FCFA en 1998, a connu une progression spectaculaire pour atteindre aujourd’hui des niveaux dépassant les 16 000 milliards de FCFA pour les actions et environ 28 000 milliards de FCFA pour les obligations.

Cette évolution s’accompagne d’une hausse significative des transactions, passant de 58 527 transactions en 2015 à 239 421 opérations annuelles. Elle traduit également une amélioration de la confiance des investisseurs et une dynamique soutenue des entreprises cotées.

L’indice boursier régional affiche par ailleurs des performances moyennes élevées sur le long terme, estimées à plus de 30 % par an selon les périodes analysées.

La BRVM compte 47 sociétés cotées sur le segment des actions, avec une diversification progressive : 34 en Côte d’Ivoire, 3 au Burkina Faso, 3 au Sénégal, 3 au Bénin, 2 au Togo, 1 au Mali et 1 au Niger.

La bourse dans le financement de l’économie réelle

Le président du comité scientifique du SIBA a insisté sur la fonction économique fondamentale de la bourse, qui consiste à transformer l’épargne en investissements productifs. Il estime que lorsqu’une entreprise s’introduit en bourse ou émet des obligations, elle mobilise des ressources financières à long terme qui lui permettent de financer son expansion, d’améliorer ses infrastructures et de renforcer sa compétitivité.

En retour, les investisseurs deviennent actionnaires et bénéficient des performances des entreprises à travers les dividendes et la valorisation des actions. Ce mécanisme permet de transformer une épargne passive en richesse productive au service de l’économie réelle.

À l’horizon 2025-2030 : une BRVM plus verte, plus digitale et plus inclusive

À l’horizon 2025-2030, la BRVM ambitionne de se transformer en un marché financier plus moderne, plus accessible et pleinement aligné sur les enjeux de développement durable et d’inclusion financière.

L’expert Léopold Ouédraogo reçoit un trophée honorifique en reconnaissance de son immense contribution à la vulgarisation de la bourse.

Cette nouvelle phase de développement vise à bâtir une bourse régionale verte, digitale et inclusive, capable de répondre aux défis économiques, sociaux et environnementaux de la sous-région.

Dans cette perspective, la BRVM entend renforcer la digitalisation de ses services afin de faciliter l’accès des investisseurs, notamment des jeunes et des petites et moyennes entreprises, aux instruments financiers. Cela permettra de réduire les barrières à l’entrée et de simplifier les opérations boursières grâce aux technologies numériques.

Elle souhaite également intégrer davantage les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans le fonctionnement du marché, en encourageant le financement de projets durables et respectueux de l’environnement. Cette orientation vise à aligner la place financière régionale sur les standards internationaux en matière de finance verte.

Enfin, cette vision à moyen terme met un accent particulier sur l’inclusion financière. Il s’agit d’élargir la base des investisseurs, de renforcer la culture boursière au sein des populations et de permettre une meilleure participation des citoyens à la création de richesse.

Par Leila Toé

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Inscription à notre Newsletter

Sur le même sujet