Alors que le Nigeria cherche de nouvelles sources de financement pour soutenir son économie, le Fonds monétaire international (FMI) exprime des réserves sur un projet d’accord financier pouvant atteindre 5 milliards de dollars, soit environ 2 800 milliards FCFA. L’institution de Bretton Woods estime que cette opération pourrait exposer le pays à des risques en matière de transparence et de gestion de la dette.
Le projet, approuvé en avril par le Sénat nigérian, prévoit un accord avec la banque First Abu Dhabi Bank. Il repose sur des instruments financiers complexes, notamment des swaps de rendement total, qui permettraient au gouvernement de mobiliser jusqu’à 5 milliards de dollars pour refinancer des dettes existantes et financer des infrastructures.
Pour le représentant résident du FMI au Nigeria, Christian Ebeke, ce type de mécanisme soulève des interrogations. Selon lui, les conditions de ces opérations sont souvent difficiles à évaluer et moins transparentes que celles des emprunts souverains classiques.
L’institution recommande plutôt au Nigeria d’explorer des options plus conventionnelles, telles que les émissions d’euro-obligations ou les financements concessionnels, lorsqu’ils sont disponibles. Cette position intervient dans un contexte où plusieurs pays africains, notamment Sénégal et Angola, se tournent également vers des mécanismes innovants pour accéder aux marchés internationaux de capitaux.
Cette mise en garde contraste avec l’évaluation globalement positive du FMI sur l’économie nigériane. Dans son dernier rapport au titre de l’Article IV, le Fonds salue les réformes engagées depuis 2023 sous la présidence de Bola Ahmed Tinubu.
La suppression des subventions aux carburants, la réforme du marché des changes et le resserrement de la politique monétaire ont contribué à améliorer la stabilité macroéconomique du pays. Le FMI estime que ces mesures ont renforcé la crédibilité des politiques publiques et favorisé le retour de la confiance des investisseurs.
L’un des résultats les plus visibles concerne les réserves de change. Selon la Banque centrale du Nigeria, elles atteignent désormais près de 50 milliards de dollars, soit environ 28 000 milliards FCFA, leur niveau le plus élevé depuis dix-sept ans.
Malgré ces avancées, le FMI souligne que les retombées positives des réformes restent encore peu perceptibles pour une grande partie de la population. La pauvreté demeure élevée et l’insécurité alimentaire continue d’affecter des millions de Nigérians. L’institution relève ainsi un décalage croissant entre l’amélioration des indicateurs macroéconomiques et les conditions de vie des ménages.
Le Fonds appelle également les autorités à réduire leur dépendance aux investissements de portefeuille, souvent volatils, au profit d’investissements directs étrangers plus stables et susceptibles de soutenir durablement la croissance.
Par Drissa Ouattara


