SIBA 2026 : Ascent Capital explique comment les banques d’affaires peuvent élargir l’accès au financement des entreprises

Au deuxième jour du Salon international de la bourse africaine (SIBA), dont la deuxième édition s’est tenue du 5 au 6 juin 2026 à Ouagadougou, la banque d’affaires Ascent Capital a animé une masterclass destinée aux entrepreneurs et chefs d’entreprise sur un thème au cœur des préoccupations économiques du continent : « Recherche de financement : et si la solution était une banque d’affaires ? »

La session a été conduite par Yves André Angaman, spécialiste financier en conseil et investissements et Responsable de la salle de marché chez Ascent Capital, un établissement présent à Casablanca, Dakar et Abidjan.

Avant d’aborder la question du financement, le conférencier a posé les bases conceptuelles en expliquant ce qu’est une banque ainsi que son rôle. Dans sa fonction originelle, a-t-il précisé, la banque est un intermédiaire entre les agents à capacité de financement – les épargnants – et ceux qui ont des besoins de financement, qu’il s’agisse des ménages, des entreprises ou de l’État. « Elle collecte donc l’épargne du public et finance l’économie à travers l’octroi de crédits », a-t-il détaillé, ajoutant que la banque a aussi pour rôle de gérer les moyens de paiement et de participer à la création monétaire en se refinançant auprès de la banque centrale.

Typologies de banques

Mais toutes les banques n’exercent pas les mêmes activités. Yves André Angaman a distingué trois grandes catégories. D’abord, il a cité les banques commerciales ou de détail qui collectent l’épargne, distribuent du crédit et assurent les paiements courants.

Ensuite, les banques d’investissement ou d’affaires, elles, interviennent sur des opérations de haut de bilan : fusions-acquisitions, levées de fonds, introductions en bourse, structuration de projets pour les États ou les grandes entreprises. « La différence avec les banques commerciales, c’est que les banques d’affaires ne collectent pas de dépôts et n’offrent pas systématiquement du crédit », a clarifié le spécialiste financier. Il a enfin relevé les banques universelles qui cumulent à la fois la banque de détail et celle d’affaires.

Ce rappel typologique, selon le conférencier, n’était pas anodin. Il éclaire, dit-il, un parcours du financement rendu complexe par l’histoire économique de la sous-région. Pour Angaman, les économies africaines ont hérité d’un modèle d’endettement issu du capitalisme d’État colonial, où l’État contrôlait le transport, l’énergie, l’industrie et l’agro-industrie.

La mauvaise gestion de ces structures a conduit au surendettement et, in fine, aux Programmes d’ajustement structurel (PAS) imposés par le FMI et la Banque mondiale dans les années 1990, qui ont contraint les États à basculer vers un modèle libéral. « Mais on n’était pas préparé », a-t-il martelé.

En effet, le capitalisme libéral repose sur trois piliers, à savoir le capital, le capital humain et la technologie. Or, le Responsable de la salle de marché chez Ascent Capital souligne que l’épargne était faible, la valorisation des ressources naturelles (or, pétrole) imparfaite et les lacunes en capital humain réelles.

Un secteur bancaire inadapté à la réalité économique locale

Aujourd’hui encore, Yves André Angaman reconnaît que les contraintes réglementaires internationales pèsent sur l’accès au financement. Les normes prudentielles de Bâle I, II et III, appliquées par les banques de l’UEMOA, impliquent des exigences strictes à l’ouverture de compte : justification de revenus, fourniture de documents, connaissance du client.

« Nous sommes aujourd’hui dans un système capitaliste où nos banques sont obligées d’absorber des principes d’ordre international », a-t-il indiqué, avant d’affirmer que ces critères excluent de facto une large part de la population. Conséquence : le taux de bancarisation dans l’espace UEMOA peine à dépasser les 20 %.

Or, selon le dernier recensement général des entreprises, 96,5 % des unités économiques évoluent dans le secteur informel. Ces acteurs, sans revenus réguliers ni comptabilité formelle, sont structurellement éjectés du circuit bancaire classique. « Demander à ces personnes (acteurs informels NDLR), à l’ouverture d’un compte, d’être capables de fournir certains éléments, c’est les éjecter du circuit de financement », a conclu M. Angaman.

C’est précisément dans cet espace de défaillance que la banque d’affaires entend jouer un rôle alternatif, en proposant des solutions de structuration financière adaptées aux entreprises qui cherchent à croître sans nécessairement passer par le crédit bancaire traditionnel.

Par Léon Yougbaré

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