SIBA 2026 : Rayangniwendé Abdoul Rasaky Kaboré, Directeur général et promoteur de Burkina Mine, explique pourquoi l’ouverture du capital d’une entreprise est un choix stratégique

À l’occasion de la deuxième édition du Salon international de la bourse africaine (SIBA), tenue du 5 au 6 juin 2026 à Ouagadougou sous le thème « Marchés financiers et inclusion financière : comment rapprocher la bourse de la population ?», M.Rayangniwendé Abdoul Rasaky Kaboré, directeur général et promoteur de Burkina Mine, a partagé son expérience lors d’un panel consacré à la création d’entreprise et à l’ouverture du capital. À travers son parcours d’entrepreneur dans le secteur minier, il a mis en lumière les opportunités qu’offre l’ouverture du capital pour financer la croissance des entreprises, tout en soulignant les exigences de gouvernance et de structuration qu’elle implique.

Selon Rayangniwendé Abdoul Rasaky Kaboré, l’ouverture du capital constitue un outil puissant de mobilisation des ressources financières nécessaires au développement des entreprises. Il a illustré son propos à travers l’exemple du projet Gnimi, présenté comme le premier projet d’exploitation minière de la société au Burkina Faso.

Après évaluation des ressources, ce projet vise un chiffre d’affaires prévisionnel de 78 milliards de FCFA. D’importants investissements ont déjà été réalisés dans les travaux d’exploration ainsi que dans le développement des activités au Burkina Faso et dans la sous-région.

Ces investissements auraient été impossibles à réaliser par une seule personne. « C’est à travers l’ouverture du capital que nous avons obtenu ces résultats », a-t-il affirmé.

Soulignant que cette démarche a permis à son entreprise de réunir les ressources nécessaires pour lancer ses activités et poursuivre son expansion au-delà des frontières burkinabè. Grâce à une base solide d’actionnaires, l’entreprise a pu renforcer sa capacité financière et envisager son déploiement à l’échelle régionale.Si l’ouverture du capital présente de nombreux avantages, l’entrepreneur a toutefois mis en garde les jeunes promoteurs contre toute précipitation.

La recherche de financement ne doit jamais constituer le premier réflexe. Avant d’accueillir de nouveaux investisseurs, il estime indispensable de structurer son entreprise, de clarifier sa vision et de mettre en place des mécanismes de gouvernance solides. « Il ne faut pas se précipiter pour prendre l’argent parce qu’il y a de l’argent disponible », a-t-il insisté.

Le presidium du panel

La principale question à résoudre avant toute ouverture du capital concerne la gouvernance de l’entreprise. Lorsqu’ un investisseur entre au capital, il devient copropriétaire de la société et participe aux décisions stratégiques. Des divergences peuvent alors apparaître entre les fondateurs et les nouveaux actionnaires sur l’orientation à donner à l’entreprise.

Pour illustrer ce risque, Abdoul Rasaky Kaboré a évoqué I’ hypothèse d’une entreprise réalisant un bénéfice de 9 milliards de FCFA. Certains actionnaires pourraient souhaiter distribuer immédiatement les profits, tandis que d’autres préféreraient les réinvestir dans la croissance de l’entreprise. Sans règles clairement établies, ces divergences peuvent conduire à des situations de blocage.

Ouvrir son capital sans perdre le contrôle

Le directeur général de Burkina Mine a également tenu à déconstruire une idée reçue largement répandue chez les entrepreneurs africains : ouvrir son capital ne signifie pas nécessairement perdre le contrôle de son entreprise. Il a cité l’exemple de plusieurs géants mondiaux de la technologie dont les fondateurs détiennent aujourd’hui une part minoritaire du capital tout en conservant la maîtrise stratégique de leurs entreprises grâce à des mécanismes de gouvernance adaptés.

Pour lui, il est tout à fait possible de devenir minoritaire au capital tout en gardant le contrôle de la société, à condition de mettre en place les outils juridiques et organisationnels appropriés dès le départ. « L’essentiel consiste à définir clairement les règles du jeu avant l’entrée des investisseurs », a-t-il déclaré.

Choisir les bons investisseurs

L’intervenant a aussi insisté sur la nécessité de sélectionner soigneusement les investisseurs appelés à entrer au capital d’une entreprise. « On n’ ouvre pas son capital à tout le monde », a-t-il résumé.

Le choix d’un investisseur doit dépendre du niveau de maturité de l’entreprise et de ses besoins réels. Certains partenaires peuvent apporter de l’expertise, du réseau ou des compétences techniques, parfois plus utiles que des ressources financières.Il a notamment évoqué les différentes formes d’ouverture du capital, allant du cercle familial aux investisseurs institutionnels, en passant par les partenaires stratégiques. Chacune de ces options implique des exigences particulières en matière de gouvernance, de transparence et de gestion.

L’arrivée d’un investisseur institutionnel modifie profondément le fonctionnement d’une entreprise, notamment à travers les obligations de reporting, les contrôles de gestion et les exigences de transparence.

La bourse, une étape qui se prépare sur plusieurs années

Le thème du panel portant également sur les marchés financiers, Abdoul Rasaky Kaboré a évoqué la perspective d’une introduction en bourse. L’entreprise qu’ il dirige envisage d’intégrer la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), mais ce projet est planifié sur une période de cinq à sept ans.Cette préparation est nécessaire pour satisfaire aux nombreuses exigences réglementaires, financières et organisationnelles imposées aux sociétés cotées.«On n’intègre pas la bourse du jour au lendemain », a-t-il rappelé.

Une vue des participants au panel

La mise en conformité avec les normes de gouvernance, la production régulière d’informations financières, la mise en place de mécanismes de contrôle interne et le respect des obligations de transparence représentent des coûts importants.D’après lui, une entreprise doit prévoir plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de millions de FCFA pour répondre aux exigences liées à une éventuelle introduction en bourse.

Le défi particulier des entreprises minières et des start-up

Le panéliste a également attiré l’attention sur les difficultés rencontrées par certains secteurs d’activité, notamment les mines et les start-up.

Dans le secteur minier, les besoins en capitaux apparaissent dès les premières phases de recherche et d’exploration, bien avant que les projets ne génèrent des revenus. Il a cité l’exemple du projet minier de Kiaka, pour lequel près de 33milliards de FCFA ont été investis dans les travaux de recherche. Or, les mécanismes actuels du marché régional ne permettent pas toujours aux entreprises en phase précoce de mobiliser facilement les capitaux dont elles ont besoin.

Il a ainsi plaidé pour une réflexion sur l’adaptation des mécanismes de financement afin de permettre aux investisseurs prêts à assumer davantage de risques d’accompagner les start-up et les entreprises innovantes dès leurs premières étapes de développement.

Le responsable a par ailleurs souligné qu’aucune société minière de la sous-région n’était encore cotée à la BRVM, ce qui pousse souvent les entreprises du secteur à se tourner vers des places financières internationales comme celles de Toronto ou de Londres pour mobiliser des capitaux.

Un outil pour financer des ambitions de long terme

Pour terminer, Abdoul Rasaky Kaboré a encouragé les entrepreneurs ayant des ambitions de croissance à envisager l’ouverture du capital comme une solution de financement adaptée aux projets de long terme.

L’ouverture du capital permet de mobiliser des ressources susceptibles d’accompagner des projets sur dix, quinze ou vingt ans. L’enjeu est avant tout de construire des entreprises solides, transparentes et bien gouvernées afin d’attirer durablement les investisseurs. « Si vous êtes dans une logique de croissance et de développement à long terme, l’ouverture du capital est un outil qu’il faut sérieusement considérer », a-t-il conclu.

Par Bernadette W.Gansonré

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