En marge de la cérémonie d’ouverture de la 16e Assemblée générale annuelle de la Fédération interafricaine des assureurs-conseils (FIAC), tenue ce mercredi 10 juin 2026 à Ouagadougou, Osée Gaétan Quenum, administrateur directeur général de RAYNAL Assurances, a animé la conférence inaugurale sur le thème de la rencontre : « Le rôle du courtage d’assurance dans l’élargissement de l’accès et l’amélioration du taux de pénétration ».
Devant plusieurs centaines de courtiers venus des 14 marchés de la CIMA, de la Guinée et du Ghana, le conférencier a dressé un état des lieux sans complaisance de l’inclusion financière en Afrique et de la contribution marginale du secteur des assurances.
Osée Gaétan Quenum a d’emblée posé un cadre conceptuel, estimant que l’inclusion financière est un terme « galvaudé et souvent assez réduit ». S’appuyant sur l’étymologie latine du mot – inclusio, dérivé de includere, soit « fermer à l’intérieur » –, il a rappelé que l’inclusion financière ne saurait se limiter à la possession d’un compte bancaire. « Nous sommes dans une acception assez réductrice qui a tendance à ramener l’inclusion à la seule possession d’un compte bancaire », a-t-il insisté.
Il a ainsi cité la définition de la Banque mondiale comme référence. L’institution de Bretton Woods, dit-il, définit l’inclusion financière comme « la possibilité pour les individus et les entreprises d’accéder à une gamme complète de produits et services financiers (transactions, épargne, crédit, mais aussi assurance) adaptés à leurs besoins et proposés par des prestataires fiables ».
Ramenée à l’échelle sous-régionale, Osée Gaétan Quenum a indiqué que l’UEMOA retient une définition voisine, précisant explicitement que l’accès aux comptes bancaires et au crédit doit s’accompagner de l’accès aux produits d’assurance et aux solutions de paiement numérique.
Au niveau de l’Afrique centrale, l’administrateur directeur général de Raynal Assurances a souligné que la stratégie régionale d’inclusion financière de la CEMAC 2025-2029, validée en décembre 2023, articule quant à elle trois piliers : l’accès, c’est-à-dire la proximité physique du service ; l’utilisation, entendue comme la capacité effective et régulière à recourir au service ; et enfin la qualité, soit l’adéquation de l’offre aux besoins des clients.
Un déficit structurel aggravé par l’absence de l’assurance
Les chiffres présentés par le conférencier démontrent l’ampleur du retard africain en matière d’inclusion financière. En 2021, a-t-il rappelé, la Banque mondiale relevait qu’environ 57 % des adultes dans les pays francophones d’Afrique subsaharienne ne disposaient pas de compte bancaire, contre une moyenne mondiale de 25 %. À l’échelle continentale, le taux d’inclusion financière de l’Afrique s’établissait en 2022 à 45 %, loin derrière l’Amérique du Nord à 98 %, l’Europe à 75 % ou encore l’Asie et l’Amérique du Sud à 60 %.
Dans la zone UEMOA, a poursuivi le conférencier, des progrès ont été enregistrés ces dernières années. Le taux d’inclusion financière est passé de 47 % en 2016 à 72,3 % fin 2023, se traduisant par 196 millions de nouveaux comptes. Pourtant, a-t-il souligné, le document-cadre adopté par le Conseil des ministres de l’UMOA en avril 2025 relève que le secteur des assurances n’a pas contribué à cette progression. « Le référentiel de l’UEMOA précise que, malgré un nombre élevé d’assureurs dans la zone, le secteur demeure peu concurrentiel, avec un système de tarification peu avantageux pour la clientèle et une faible qualité des prestations », a précisé M. Quenum.
La situation est encore plus préoccupante dans la zone CEMAC, où le taux d’inclusion financière ne ressortait qu’à 32 % fin 2023. Les populations les plus vulnérables affichent des taux particulièrement bas, à savoir 13 % pour les femmes, 12 % pour les jeunes de 15 à 24 ans et 11 % pour les populations rurales. « La stratégie régionale d’inclusion financière de la CEMAC 2025-2029 précise que les acteurs du secteur des assurances dans la région sont, à ce jour, faiblement impliqués dans l’inclusion financière », a-t-il affirmé.
Des obstacles structurels persistants
Le conférencier a identifié plusieurs freins à l’inclusion financière en Afrique. Pour lui, le manque de moyens financiers constitue la barrière la plus significative, citée par 81 % des Africains francophones, contre 52 % à l’échelle mondiale.
Ensuite, le coût élevé des services financiers touche 22 % de cette population, contre 17 % au niveau mondial. À ces barrières s’ajoutent la distance entre les institutions financières et les populations, qui concerne 29 % des cas, ainsi que le déficit de documentation officielle, qui touche 28 % des personnes concernées. « Et il y a d’autres obstacles, notamment la confiance même envers les institutions financières », a conclu M. Quenum.
Par Léon Yougbaré


