Autoroute Ouagadougou-Bobo-Dioulasso, modernisation de l’aéroport international de Bobo-Dioulasso, complexes immobiliers, Mémorial Thomas Sankara et parc urbain Bangr-Weogo, académie technologique, souveraineté numérique, nouvelles capacités de production électrique et industrie textile militaire : depuis 2024, le Burkina Faso a engagé une série de chantiers structurants destinés à transformer ses infrastructures et à renforcer ses capacités productives. Portés par l’État, en partenariat avec des opérateurs privés nationaux et internationaux, ces dix projets couvrent des secteurs aussi stratégiques que la mobilité, l’énergie, le numérique, l’industrie, l’immobilier, le tourisme et le capital humain. Panorama de dix chantiers appelés à redessiner le visage du Pays des Hommes intègres dans les prochaines années.
Malgré un contexte marqué par la lutte contre le terrorisme, le Burkina Faso poursuit la mise en œuvre de plusieurs projets de développement structurants, disséminés sur l’ensemble du territoire. Entre infrastructures, industrie, numérique, éducation et aménagement urbain, ces initiatives traduisent la volonté des autorités de maintenir une dynamique de transformation économique malgré les contraintes du moment. Horonya Finance revient sur dix d’entre eux qui pourraient, à terme, contribuer à redessiner les équilibres économiques du pays.
Pris individuellement, chaque projet répond à un besoin spécifique. Ensemble, ils dessinent les contours d’une stratégie visant à renforcer la souveraineté économique, améliorer la compétitivité nationale et créer les conditions d’une croissance davantage portée par les investissements productifs.
L’autoroute Ouaga-Bobo, colonne vertébrale d’un futur réseau national
Le projet emblématique reste l’autoroute Ouagadougou-Bobo-Dioulasso, longue de 332 kilomètres. L’ouvrage, conçu selon les standards internationaux, sera une autoroute moderne et écologique de deux fois quatre voies, à accès contrôlé. Le projet prévoit également la réalisation d’échangeurs routiers à certains stratégiques dans le but de faciliter les entrées et les sorties et réduire les accidents.
Financée sur ressources nationales, cette infrastructure doit fluidifier les échanges entre les deux principaux pôles économiques du pays, réduire les coûts logistiques et renforcer le corridor vers la Côte d’Ivoire, s’inscrivant dans un corridor stratégique de 601,7 kilomètres.
Au-delà de cet axe, les autorités affichent leur ambition de constituer progressivement un véritable réseau national d’autoroutes reliant les chefs-lieux de région. Déjà, le financement de la première tranche de ce projet, à hauteur de 200 milliards FCFA, a été bouclé au 30 juin 2026.
79 milliards FCFA pour moderniser l’Aéroport international de Bobo-Dioulasso
La logique de constitution d’un réseau national d’autoroutes se prolonge avec un projet de modernisation du réseau aéroportuaire. En effet, le gouvernement burkinabè a engagé un vaste chantier de modernisation de l’Aéroport international de Bobo-Dioulasso. Objectif : renforcer les infrastructures de transport au Burkina Faso en dotant la deuxième ville du pays d’une plateforme aéroportuaire conforme aux standards internationaux.
Dans le détail, le projet comprend la réalisation d’une nouvelle aérogare d’une capacité d’au moins 1,5 millions de passagers par an. Il est également prévu la réhabilitation de la piste d’atterrissage et des voies de circulation, ainsi que la réalisation d’une voie parallèle. L’installation d’une centrale solaire photovoltaïque, la réhabilitation et l’extension des infrastructures de fret et l’aménagement de plusieurs dans la ville de Sya complètent les différents chantiers inscrits dans ce gigantesque projet.
Mais ce n’est pas tout. Le gouvernement, dans sa volonté de faire de cet aéroport un véritable hub sous-régional, a engagé une deuxième phase consistant à développer des infrastructures extra-aéronautiques. Elle représente un investissement de 200 milliards FCFA.
Cette deuxième phase comprend la construction d’un hôtel de standing international, d’un centre de conventions, d’un complexe touristique. Elle prévoit également la réalisation d’un centre médical aéronautique et la mise en place d’un réseau de mobilité interne.
15 milliards FCFA pour affranchir l’armée des fournisseurs étrangers
L’autre axe majeur concerne la transformation locale. À Logofoursso, près de Bobo-Dioulasso, deuxième ville du Burkina, le complexe industriel textile des forces armées, baptisé TEXFORCES-BF ambitionne de transformer 2 160 tonnes de coton par an afin de produire 1,26 millions de tenues pour les forces de défense et, à terme, répondre à une demande régionale.
Au-delà de l’autonomie recherchée, le projet, dont la pose de la première pierre est intervenue le 26 avril 2024, devrait favoriser la création de 600 emplois directs et 15 000 emplois indirects.
Avec ce projet, ce sont des milliards d’économie qui seront réalisés par le Burkina Faso, autrefois dépensés dans l’achat des tenues militaires à l’étranger. Le complexe, bâti sur 9 hectares, a nécessité un investissement de 15 milliards FCFA, dont 10 milliards de fonds propres et 5 milliards à trouver.
319 MW pour doper l’électrification du Burkina
Dans le secteur énergétique, deux projets gigantesques sont en cours de réalisation pour une capacité totale de 319 MW. L’objectif affiché est de renforcer les capacités nationales de production, de contribuer à la stabilisation du réseau de la SONABEL et de réduire la dépendance aux importations d’électricité.
Le premier projet majeur concerne la centrale thermique de 200 MW annoncé par le groupe émirati Mark Cables FZE pour un investissement estimé à 180 millions d’euros, soit 118,1 milliards FCFA. Il sera réalisé selon un modèle BOT (Build-Operate-Transfer), combinant conception, financement, exploitation puis transfert de l’infrastructure.
Le projet présente également une dimension régionale. Mark Cables a été admis au Système d’échanges d’énergie électrique ouest-africain (WAPP) lors de son Assemblée générale du 24 janvier 2026 à Lomé. Cette intégration inscrit potentiellement la future centrale dans une dynamique plus large d’interconnexion et d’échanges d’électricité à l’échelle ouest-africaine.
119 MW attendus de la centrale développée par le turc Aksa Energy
Le second projet énergétique emblématique en cours de réalisation au Burkina concerne la centrale thermique de 119 MW développée par la société turque Aksa Energy. En effet, la société a signé un contrat d’achat d’électricité avec la Société nationale d’électricité du Burkina Faso (SONABEL) pour une durée de vingt ans.
Une production électrique plus stable est susceptible de réduire les contraintes pesant sur l’industrie, les services et les investissements privés, alors que l’accès à une énergie fiable demeure l’un des principaux déterminants de la compétitivité économique.
Au-delà donc de la stratégie d’expansion du groupe turc sur le continent africain, cette initiative va impacter profondément le secteur énergétique burkinabè, dans un contexte où les autorités burkinabè amplifient les initiatives visant à accroitre les capacités de production nationale.
Avec Aksa Energy et Mark Cables, le Burkina Faso voit ainsi se multiplier les projets destinés à accroître ses capacités de production. Au-delà de la réponse à l’urgence énergétique, ces deux projets vont impacter durablement l’économie burkinabè.
L’Académie technologique du Faso, pépinière des compétences stratégiques
Autre élément cher aux autorités burkinabè : un capital humain de qualité. L’Académie technologique du Faso, dont la première phase représente un investissement de 37,4 milliards FCFA, doit former des ingénieurs dans les domaines des mines, de l’énergie, du nucléaire, du digital, de la cybersécurité, de l’aéronautique, de la métallurgie, de la mécanique, de la chimie et des télécommunications.
L’objectif affiché est de réduire la dépendance aux compétences étrangères dans ces secteurs jugés stratégiques pour le développement national. Rattachée à la Présidence du Faso, cette école qui vise à former les élites de demain s’inscrit dans le cadre de l’Initiative présidentielle pour une éducation de qualité pour tous (IPEQ). Elle sera bâtie sur une superficie de 60 hectares dans la commune rurale de Pabré, au nord de la capitale.
Des datacenters pour zéro donnée à l’extérieur
Parallèlement, les investissements dans les infrastructures numériques traduisent une volonté affirmée des autorités burkinabè pour une véritable souveraineté digitale. Cette orientation s’est matérialisée par l’inauguration, le 23 janvier 2026 à Ouagadougou, de deux datacenters modulaires de l’administration publique.
Dotées d’une capacité de stockage estimée à environ 3 000 téraoctets, soit dix fois les capacités existantes, ces infrastructures permettent désormais d’héberger plus de 7 000 machines virtuelles et d’offrir à chaque ministère entre 100 et 300 serveurs virtuels pour ses plateformes numériques. Avec ces performances, le Burkina Faso se positionne désormais parmi les trois pays les mieux dotés de la sous-région en matière de stockage de données.
Au-delà de l’aspect technologique, l’enjeu est également économique et stratégique. L’État a investi près de 16 milliards FCFA dans ces infrastructures opérées par des ingénieurs nationaux, dans le cadre d’une politique de dématérialisation progressive de l’administration publique.
À moyen terme, ce choix est présenté comme rentable, avec des économies estimées à près de 30 milliards FCFA sur cinq ans, grâce à la réduction des coûts d’hébergement des données à l’étranger. Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie plus large visant à garantir que les données publiques restent hébergées sur le territoire national, tout en accélérant la modernisation des services administratifs.
Ouaga 2000, chantier des tours : Burkindi et Zafara changent l’horizon de la capitale
La capitale concentre plusieurs projets immobiliers et urbains de grande ampleur. Le Burkindi Business Center, lancé officiellement le 29 octobre 2024, constitue l’un des projets immobiliers les plus ambitieux jamais engagés au Burkina Faso, avec un investissement global estimé à environ 320 milliards FCFA.
Porté dans le cadre d’un partenariat entre l’État burkinabè et la société Kastor Africa de l’homme d’affaires burkinabè Joseph Zagre, ce complexe s’inscrit dans une stratégie de modernisation du tissu urbain et de renforcement de l’attractivité économique de la capitale.
Implanté sur une superficie de 4,6 hectares au cœur de Ouaga 2000, le projet vise à structurer un véritable quartier d’affaires intégré. Il comprend notamment une tour principale de 35 étages, le plus haut du pays, baptisée Tour Burkindi, ainsi que 14 immeubles de 15 niveaux et un centre commercial de trois étages. L’ensemble doit offrir environ 400 bureaux, conçus pour répondre aux standards internationaux en matière d’espaces de travail.
Au-delà des surfaces de bureaux, le complexe intègre plusieurs infrastructures de services destinées à créer un environnement professionnel complet : salles de réunion, galerie d’exposition, trois salles de sport, un centre de santé, une salle de banquet, trois restaurants, ainsi qu’un parking souterrain d’une capacité de 300 places. Une configuration qui traduit une volonté de faire du site un pôle multifonctionnel combinant activités économiques, services et commodités.
Zafara Plazza, un morceau de ville face au Monument des Héros Nationaux
À quelques mètres de Burkindi Business Center, Zafara Plazza s’impose comme un projet urbain d’un nouveau genre, conçu non pas comme un simple ensemble immobilier, mais comme un véritable morceau de ville intégré. Édifié sur un terrain de 13 498 m² face au Monument des Héros Nationaux, le complexe développe environ 48 000 m² de surface construite et s’élève jusqu’à 83 mètres de hauteur, dans l’un des axes les plus emblématiques de Ouagadougou.
Pensé comme un écosystème complet, le projet superpose les fonctions résidentielles, tertiaires, commerciales, hôtelières et culturelles afin de créer une intensité urbaine inédite dans la capitale burkinabè. Il comprend notamment 225 appartements haut standing, répartis entre cinq résidences-jardins et une tour signature, des bureaux modulables, un hôtel de standard international, une galerie commerciale ouverte, une salle polyvalente de 400 places ainsi que de vastes espaces de stationnement totalisant 324 places.
L’architecture du projet met l’accent sur l’intégration environnementale et le confort urbain. Près de 3 375 m² d’espaces verts, soit environ 25 % du site, sont consacrés aux jardins de pleine terre, patios plantés et toitures végétalisées, faisant de la nature un élément structurant du projet.
Sur le plan résidentiel, les appartements, allant de 114 à 203 m², sont conçus selon des standards internationaux, avec des volumes généreux, des loggias ou terrasses, la climatisation et des solutions de domotique. Les résidences s’organisent autour de patios paysagers et d’espaces de détente, tandis que la tour principale domine Ouaga 2000 et constitue un signal urbain visible à l’échelle de la capitale.
Le volet tertiaire et hôtelier est structuré autour d’une tour de 20 étages, accueillant bureaux et hôtel de haut standing. Les plateaux de bureaux modulables visent aussi bien les sièges régionaux de groupes internationaux que les entreprises locales en croissance, avec des équipements de connectivité avancée et des services de sécurité et de gestion intégrés. L’hôtel, situé dans les étages supérieurs, comprendra des chambres et suites de standard international, un restaurant panoramique ainsi qu’un rooftop avec piscine à débordement, appelé à devenir l’un des éléments iconiques du projet.
Zafara Plazza intègre également le futur siège social de la Société nationale d’aménagement des terrains urbains (SONATUR), partenaire institutionnel du projet. Porté par le groupe panafricain Reliance West Africa en partenariat avec la SONATUR, le projet ambitionne de repositionner Ouagadougou comme une capitale urbaine moderne et attractive, capable d’accueillir des investissements immobiliers de standard international.
Mémorial Thomas Sankara : le futur pôle culturel et touristique relié au poumon vert en pleine mue
Sur le plan touristique et culturel, le gouvernement mise sur la construction du Mémorial Thomas Sankara et la réhabilitation du Parc urbain Bangr-Weogo pour embellir davantage la capitale. Le Mémorial Thomas Sankara, conçu par l’architecte brukinabè Francis Kéré, lauréat du prix Pritzker, ambitionne de devenir un équipement culturel et touristique de dimension internationale, renforçant ainsi l’attractivité de la capitale et son positionnement sur la scène patrimoniale et mémorielle africaine, voire mondiale.
Estimé à 177,5 milliards FCFA, ce complexe monumental est porté par l’État burkinabè, qui prévoit d’en financer 60 %. Les 40 % restants devront être mobilisés auprès des partenaires techniques et financiers, du secteur privé, de la diaspora et des citoyens. Lancé dans une dynamique de mobilisation de ressources en mai 2025, le projet traduit la volonté des autorités de faire de la mémoire du père de la révolution d’août 1983 un levier de rayonnement culturel et d’attractivité internationale.
Le mémorial s’étendra sur 14 hectares et comprendra une tour de 87 mètres, un mausolée, une maison des mémoires, un musée, une bibliothèque, une médiathèque, des espaces d’exposition ainsi qu’une salle polyvalente de 1 100 places. L’ensemble sera complété par des ateliers d’innovation, des espaces commerciaux et un parc paysager dédié à la mémoire de la Révolution.
En outre, le projet prévoit la liaison du Mémorial au parc Bangr-Weogo via un téléphérique. L’objectif de cette composante est de renforcer l’intégration du site dans le tissu urbain et touristique de Ouagadougou.
Par ailleurs, des actions de réhabilitation sont prévues sur le site du parc, s’inscrivant dans une dynamique de modernisation et de valorisation du patrimoine naturel de la capitale. Il s’agira de moderniser les infrastructures existantes au sein du par cet de créer de nouveaux espaces adaptés aux familles, aux jeunes et aux visiteurs.
Parallèlement à ces infrastructures, des aménagements structurants seront réalisés, notamment un terrain de football, un parcours sportif de 21 kilomètres, des passerelles touristiques, un pont emblématique et une passerelle de jonction avec l’hôtel Silmandé.
En fin, le site du parc accueillera une mare aux hippopotames, un enclos pour les éléphants et un croco-parc, dans une logique de valorisation écologique. Des logements immersifs écologiques et un obélisque dédié aux forestiers viendront compléter cet ensemble, renforçant la dimension éducative et patrimoniale du projet. L’objectif principal de ce projet est de faire du poumon vert de Ouagadougou un véritable pôle intégré d’écotourisme, de loisirs, de détente et de préservation de la biodiversité.
Pris dans leur ensemble, ces investissements poursuivent un objectif commun. Celui de renforcer les infrastructures physiques, développer les capacités industrielles, moderniser les services publics, soutenir l’innovation et améliorer l’attractivité du territoire.
Par Léon Yougbaré


